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Les jardins du trèfle rouge à Ungersheim : l'insertion à travers le maraîchage bio

Les travailleurs des jardins du trèfle rouge en train de cueillir de la salade de pourpier destinée aux paniers bios de la semaine.
©Elodie Horn/ID

Les jardins du trèfle rouge d'Ungersheim accueillent des personnes sans emploi afin de leur permettre de reprendre le chemin du travail.

Aydemir Kynas fait partie des 50 personnes en insertion professionnelle auprès des Jardins du trèfle rouge en Alsace. « Ça va faire un an que je travaille ici, j'aime beaucoup ce qu'on y fait. D'ailleurs je regrette même de ne pas avoir connu le maraîchage avant », affirme-t-il, tout en cueillant de la salade de pourpier. La structure est implantée sur deux sites : à Sentheim, dans l'aire urbaine mulhousienne et Ungersheim, un petit village entre Mulhouse et Colmar. Aydemir Kynas, comme 24 autres personnes, vient 4 jours par semaine, 6 heures par jour, travailler sur les huit hectares que composent les jardins du trèfle rouge d'Ungersheim.

Le retour à l'emploi pour des personnes éloignées du marché du travail

Lucile Zwingelstein, chargée du projet, précise que le but de l'insertion à travers le maraîchage bio est de lever les freins qui empêchent le retour vers une activité professionnelle. « Il s'agit de personnes éloignées du marché du travail, qui sont au RSA ou au chômage longue durée. Les Jardins du trèfle rouge servent de tremplin pour découvrir d'autres activités professionnelles. Ils peuvent aussi effectuer des stages lors de leur contrat. Le but n'est pas forcément qu'ils trouvent du travail dans cette voie mais surtout qu'ils reprennent confiance en eux », souligne-t-elle.

Bien qu'ils soient minoritaires, certains travailleurs du trèfle rouge, comme Marie Geiger, n'ont pas de formation. Ce midi, elle déjeune avec ses autres collègues au sein des locaux administratifs des jardins du trèfle rouge. A tour de rôle, chacun cuisine tous les jours pour les autres, s'occupe du ménage ou du maraîchage. Inscrite à la mission locale, elle a découvert les Jardins grâce à sa famille et a décidé de postuler, comme dans n'importe quel emploi, avec un CV et sa lettre de motivation. Pour la jeune femme de 19 ans, les Jardins représentent aussi un outil social. A chaque contrat de 6 mois, renouvelable quatre fois au maximum, un objectif est mis en place avec une des salariées présente sur le site. « L'objectif que je me suis fixée est d'obtenir mon permis. Pour le moment, je viens en navette de la ville d'à côté, où j'habite », précise Marie Geiger qui travaille depuis 8 mois au sein des jardins du trèfle rouge.

Des terrains municipaux passés de l'agriculture conventionnelle à bio

Les personnes de plus de 50 ans peuvent avoir accès à un contrat plus long. C'est ce qu'espère Philippe Georges qui, à 60 ans, était en recherche d'emploi depuis 2011. « Je suis assez polyvalent, j'ai eu beaucoup d'emplois différents. Mais avec l'âge, je n'arrivais plus à trouver une autre place. J'étais jardinier amateur mais je n'avais jamais pensé à faire ce travail. Finalement ça me plaît, c'est valorisant », souligne Philippe Georges qui espère pouvoir rester aux jardins du trèfle rouge jusqu'à sa retraite. Il cultive désormais quotidiennement ces terres municipales qui étaient en agriculture conventionnelle avant de passer en agriculture biologique grâce aux jardins du trèfle rouge.

Les jardins du trèfle rouge ont été implantés en 2011 dans la commune d'Ungersheim, par la volonté du maire Jean-Claude Mensch. Cette dernière est « en transition » pour réussir à être autonome, en énergie et en ressources alimentaires. Le cœur du métier des Jardins du trèfle rouge est de vendre des paniers de légumes bio. Ils sont distribués dans 450 foyers dans tout le sud Alsace. « Nous produisons pas moins de 40 tonnes de légumes par an, rien qu'à Ungersheim avec 10 tunnels de plantation », précise Lucile Zwingenstein.

Vers l'autonomie alimentaire du village

Le maire de ce village de 2000 âmes a contacté l'association en 2011 pour que les légumes produits sur place permettent l'accès à l'autonomie alimentaire du village. Pendant plusieurs années, ils ont fourni 50 % des légumes frais de la cantine scolaire. « Comme ils avaient besoin de produits plus transformés, nous les fournissons moins actuellement », nuance Lucile Zwingenstein. Une partie des légumes produits par l'association servent aussi à la conserverie municipale. « Elle produit et vend des conserves sur place. Pour compléter la production des Jardins, un nouveau champ de deux hectares va être exploité, toujours en agriculture biologique », précise Jean-Claude Mensch. Une régie agricole s'occupe par ailleurs de produire quelques légumes et de gérer la transition toujours opérée dans ce village d'Alsace. Quant aux légumes les plus abîmés, afin de ne rien gâcher, ils sont distribués aux travailleurs qui souvent n'ont pas accès à ce type de produits.