L’acide trifluoroacétique (TFA) est l'un des PFAS les plus répandus. Il est présent dans notre eau du robinet, mais aussi dans notre alimentation.
©Pexels
Santé

TFA : pourquoi ce polluant éternel très présent dans l’eau du robinet est-il dangereux ?

Avec la nouvelle conclusion de l’Agence européenne des produits chimiques sur le TFA comme substance "probablement toxique pour la reproduction", ce polluant éternel est de nouveau au cœur de l’actualité. Retour sur les conséquences de cette molécule omniprésente dans notre quotidien.  

836 787. C'est le nombre de tonnes de PFAS utilisés par an en Europe en 2020, selon les chiffres d'une étude de l'Office international de l'eau publiée en février 2026. Parmi les substances qu’on retrouve, l’acide trifluoroacétique (TFA), un des polluants éternels les plus répandus. Il est présent dans notre eau du robinet, mais aussi dans notre alimentation.

Cette substance, qui correspond à la plus petite molécule de la famille des PFAS, se déplace très rapidement dans l'environnement. Elle est désormais officiellement classée comme "toxique pour la reproduction suspecté" par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA). L'agence souligne également qu'elle est "très persistante et très mobile", ce qui peut entraîner "une contamination diffuse et très durable des ressources en eau".

Un polluant qu'on retrouve partout 

Cette évaluation inquiète car la population européenne est de plus en plus touchée par cette substance. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait annoncé en décembre avoir détecté du TFA dans 92 % des échantillons d’eau analysés. 

Pour rappel l’acide trifluoroacétique est un micro-polluant qui rentre dans la catégorie des PFAS appelés aussi "polluants éternels". La principale source de pollution au TFA est un groupe de réfrigérants fluorés utilisés depuis la fin des années 80 dans la fabrication des réfrigérateurs. Il a initialement été utilisé car il n’endommage pas la couche d’ozone. Néanmoins, il se disperse à l’échelle mondiale et se dépose en grande partie dans les océans, contaminant l’eau de pluie. On le retrouve aussi dans les pesticides selon l’UBA, l’agence de l’environnement allemande. Les pesticides PFAS sont épandus de manière ciblée sur les cultures, ce qui entraîne une contamination du sol et des eaux souterraines.   

Il est également présent dans notre alimentation quotidienne. Une récente étude organisée par PAN Europe sur les céréales du petit-déjeuner, le pain ou les pâtes a montré que sur 66 produits, près de 82% contenaient du TFA. D’autres campagnes de mesures menées par des ONG ont montré une haute teneur de la molécule dans les jus de fruits, les compotes pour enfant et certains légumes. Pourtant, l’Union européenne n’a pas encore fixé de limite maximale de résidus pour cette substance, alors que l’alimentation reste la première source d’exposition devant l’eau potable. 

La plus petite molécule des PFAS 

Par sa taille, le TFA est très mobile et circule très rapidement dans le sol et dans l’eau. Il peut se former par la dégradation de certains herbicides, comme le flufénace déjà classé perturbateur endocrinien par l'autorité européenne de sécurité des aliments.      

En France, la détermination des seuils sanitaires concernant le TFA est débattue. On applique la valeur déterminée par les autorités allemandes qui ont fixé une limite de 60 µg/l dans l’eau potable. D’autres autorités sanitaires des États membres ont des seuils moins élevés. Par exemple, les Pays-Bas ont calculé ce seuil pour le TFA à 2,2 µg/l, soit une limite 27 fois inférieure à celle choisie par la France. 

La Commission européenne doit désormais statuer sur la classification du TFA comme substance "présumée reprotoxique". La décision pourrait avoir de grosses conséquences sur des pesticides actuellement autorisés qui contiennent la molécule.  

 Quels risques sur la santé humaine ?  

Les effets du TFA ne sont documentés qu’à travers un nombre restreint d’études animales. Un rapport de l'Agence européenne des produits chimiques menée en 2021 et 2024 avait montré que des lapereaux exposés au TFA in utero présentaient des malformations de l’oeil et de la rétine à la naissance.

L'Autorité européenne de sécurité des aliments montre dans une autre étude que sur deux générations de rats, le TFA touche la thyroïde (baisse de l’hormone thyroïdienne T4). En outre, une diminution du nombre de leucocytes dans la rate a été observée chez les rongeurs exposés au TFA en période pré et postnatale pour toutes les doses testées. Des modifications dans le sperme ont enfin été retrouvées chez des rats mâles directement exposés au TFA ou exposés in utero ou via le lait maternel. Pour le moment, les études ne montrent pas de lien entre le cancer et le TFA.