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Politique

Energies fossiles : les émissions de méthane largement sous-estimées

©geckoz/Shutterstock

Il faut urgemment s’attaquer aux rejets de méthane, émis lors de la production d’énergies fossiles en quantité massive et très sous-estimées, a réclamé mercredi l'Agence internationale de l'énergie (AIE), afin de lutter contre le réchauffement, tout en récupérant du gaz.

Selon le Global Methane Tracker 2022 de l'AIE, les émissions de méthane liées aux secteurs du pétrole, gaz et charbon sont reparties à la hausse, avec +5 % en 2021 - sans toutefois retrouver leur sommet de 2019. Dans les faits, elles sont aussi environ de 70 % supérieures aux chiffres transmis par les Etats à l'ONU, ajoute l'Agence, qui appelle à "plus de transparence" et à "des mesures plus fortes et immédiates" pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique.

Le méthane (CH4) a généré environ 30 % du réchauffement mondial depuis la Révolution industrielle. Sa durée de vie dans l'atmosphère est plus courte (une dizaine d'années) que celle du CO2, mais son pouvoir réchauffant bien supérieur : "limiter ces émissions aurait donc un effet rapide pour le réchauffement", plaide l'AIE. L'effort serait payant : réduire les émanations de méthane dues aux activités humaines de 30 % d'ici la fin de cette décennie équivaudrait pour le climat de 2050 à faire passer tout le secteur des transports à zéro émission net.

Dizaines de milliards évaporés

Aujourd'hui, le secteur des énergies fossiles est à 40 % responsable de ces émissions de méthane, par les rejets ou fuites liés à leur extraction ou leur transport. Si en 2021 tout le CH4 rejeté avait pu être récupéré puis vendu, le marché aurait ainsi bénéficié de 180 milliards de mètres cubes de gaz naturel supplémentaires, a calculé l'AIE. Soit l'équivalent de tout le gaz nécessaire au secteur électrique en Europe, et plus qu'il n'en faut pour apaiser la crise actuelle de l'énergie.

"C'est une déperdition stupéfiante de gaz, une année où le marché est si contraint", a souligné devant la presse Tim Gould, l'économiste en chef de l'AIE. "Et c'est plus de 40 milliards de dollars en valeur qui s'évapore dans l'air". Pourtant "aux prix actuels élevés du gaz, quasiment toutes les émissions liées aux opérations gazières et pétrolières dans le monde pourraient être évitées pour un coût net nul", en s'attachant à les empêcher ou à les récupérer, souligne le directeur de l'agence, Fatih Birol.

Le rapport constate tout de même un petit effort : la reprise des émissions de méthane en 2021 n'a pas suivi complètement le fort rebond des énergies. Incorporant les études scientifiques des émissions, il se base notamment sur des données satellitaires de plus en plus pointues, pays par pays. L'an dernier a vu "d'importantes émissions" notamment au Texas et dans certaines régions d'Asie centrale, le Turkmenistan générant à lui seul un tiers des vastes épisodes repérés par satellite en 2021, pointe ainsi le bilan. Relativement peu de fuites majeures ont en revanche été détectées sur les grands champs pétroliers et gaziers terrestres du Moyen-Orient. Le suivi satellitaire est plus difficile pour les régions équatoriales, l'offshore ou les hautes latitudes (incluant les champs russes), du fait des conditions météorologiques et atmosphériques. Mais les données s'améliorent, et sont multiples, aériennes, terrestres.

Les grands émetteurs ne pourront pas échapper aux regards extérieurs. C'est pourquoi nous encourageons toutes les compagnies, tous les pays à regarder ce sujet de près."

"La transparence va s'imposer", souligne Tim Gould. "Les grands émetteurs ne pourront pas échapper aux regards extérieurs. C'est pourquoi nous encourageons toutes les compagnies, tous les pays à regarder ce sujet de près". "Des pays ont montré qu'il est possible d'agir" contre les rejets, relève Christophe McGlade, auteur principal du rapport, citant en meilleurs élèves la Norvège ou les Pays-Bas. Sans les égaler forcément, "chacun peut progresser" avec "des normes plus rigoureuses", des technologies déjà éprouvées, des réglementations par exemple sur le torchage, dit-il. "On voit que des compagnies prennent cela plus au sérieux. Mais pour nous, une approche 'zéro tolérance' serait un excellent pas en avant".

A la COP26 de l'ONU à Glasgow en novembre, un engagement à réduire les émissions de méthane de 30 % d'ici 2030 a été présenté. Mais sur les cinq principaux émetteurs du fait de leurs activités dans les fossiles - Chine, Russie, Iran, Inde, USA - seul ce dernier l'a à ce jour signé, relève l'AIE.

Avec AFP. 

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