Les élections européennes se dérouleront du 6 au 9 juin.
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Politique

Climat : qu'a fait l'UE depuis 2019 ?

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Depuis 2019, le climat, à travers le Pacte vert, ou "Green Deal", a été érigé en priorité par l’Union européenne. Quelles sont les mesures les plus marquantes ? Quels défis reste-t-il encore à relever ? A quelques jours des élections européennes, ID fait le bilan avec Caroline Français-Marsal, responsable Europe du Réseau Action Climat France – fédération des associations impliquées dans la lutte contre le changement climatique. 

"Être le premier continent neutre pour le climat d’ici 2050", telle est l’ambition de l’Union européenne depuis 2019, avec le Pacte vert, ou Green Deal. Une feuille de route ambitieuse et inédite mais aussi "perfectible à de multiples égards", comme le note le Réseau Action Climat France (RAC-F) dans un bilan publié le 9 avril dernier. Alors que les élections européennes ont lieu du 6 au 9 juin prochain, retour sur les avancées mais aussi les fragilités de l’action climatique européenne avec Caroline Français-Marsal, responsable Europe de RAC-F. 

Quel regard portez-vous sur le mandat européen qui s’achève ? 

Ces cinq dernières années ont été assez exceptionnelles par rapport aux précédentes mandatures européennes de par la place qui a été donnée au climat par la Commission européenne. Plusieurs lois ont été adoptées, à commencer par la loi climat européenne qui fixe un objectif de 55 % de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour 2030 par rapport à 1990. De ce texte découle tout un ensemble de règlements et de directives, rassemblés dans ce que l’on appelle le paquet "Fit for 55". Elles viennent transformer les différents secteurs de l’économie afin d’atteindre cet objectif global de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

Cet article est extrait de notre dossier spécial : "Européennes 2024 : un rendez-vous pour l'écologie et le climat ?". A découvrir ici !

Quelles mesures vous paraissent particulièrement marquantes ? 

Parmi les transformations actées sur les différents secteurs, on peut parler de l’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables à déployer pour 2030 ou encore de la fin de vente des voitures thermiques d’ici 2035, qui concerne les nouvelles voitures essence, diesel mais aussi hybrides. Des lois inédites au niveau européen ont également été adoptées sur la lutte contre la déforestation importée. Un règlement interdit notamment la vente de certains produits issus de la déforestation importée sur le marché européen, ce qui inclut, entre autres, le caoutchouc, des produits issus du bois, le cacao...Ce texte permet ainsi de répondre à la problématique des émissions importées de l’UE. On peut enfin évoquer cette proposition de loi sur la restauration de la nature – un texte en cours de négociation qui vise à imposer des objectifs contraignants pour restaurer 20 % des terres et des mers au sein des Etats membres. 

En quoi la progression des extrêmes, décrite dans les sondages, menace-t-elle ces différentes avancées ? 

Au niveau européen, nous avons en effet une percée historique des partis d’extrême droite, représentées par les groupes Identité et démocratie, où siège le RN, et Conservateurs et réformistes européens, où siège Reconquête. En parallèle, il y a un maintien du Parti populaire européen (PPE), qui est le premier parti majoritaire dans l'hémicycle européen mais aussi celui qui s'est largement opposé à toute ambition sur l’environnement. Les députés issus de ce parti ont par exemple rejeté le règlement sur la restauration de la nature, ou encore l’élimination durable des pesticides
C’est assez inquiétant car on se retrouve dans une configuration où les partis majoritaires dans l’hémicycle s’opposent frontalement à l’ambition environnementale, et proposent même pour certains d’entre eux de détricoter les avancées qui ont été actées sous ce mandat. Dans son programme, le RN ne cache pas par exemple sa volonté d’abolir le Pacte vert européen ou encore de demander des pauses règlementaires sur l’environnement. Ces dynamiques sont déjà présentes et pourraient s'accentuer ces cinq prochaines années.  

Envie d'aller plus loin ?

L’observatoire des élus en Europe passe à la loupe l’action des députés français au Parlement européen par rapport aux grandes législations européennes en faveur du climat. A découvrir ici

Quels sujets souhaiteriez-vous voir émerger sous la prochaine mandature ? 

L’ambition européenne a été inédite sous ce mandat mais reste insuffisante si l’on se réfère aux recommandations des scientifiques et à la trajectoire de + 1,5°C inscrite dans l’accord de Paris. Pour tenir ce cap, il aurait fallu par exemple fixer un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 65,5 % contre les 55 % aujourd’hui proposés. Pour les énergies renouvelables, il aurait également fallu viser 50 % au lieu de 42,5 %.  

Par ailleurs, le Green Deal, tel qu’il a été acté, reste très imparfait, notamment sur la question de la PAC qui a besoin d’être réformée afin d’être compatible avec la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité. Cela peut se faire en réformant la logique d’octroi des subventions aux agriculteurs. Au lieu d’être attribuées en fonction de la la taille de l’exploitation - ce qui favorise les grandes superficies, elles pourraient être allouées selon le nombre d’emplois créés par exploitation. 

Dans un rapport publié en décembre 2023, le Réseau Action Climat met aussi en lumière l'enjeu du financement des transformations écologiques... 

Cela doit devenir une priorité. Aujourd’hui, de nombreux textes impliquent des transformations majeures jusqu’à 2030. Or, nous manquons d’investissements publics et privés. En parallèle, nous avons un certain nombre d’Etats membres, dont la France, qui risquent de se retrouver en situation de déficit excessif et donc qui ne pourront plus s’endetter pour investir. Par ailleurs, les Etats ne se sont pas encore accordés pour taxer davantage ceux qui polluent le plus. Résultat, nous sommes face à un mur. La question de la sobriété devrait être également davantage traitée, en ajoutant par exemple un objectif de réduction de notre empreinte matérielle. 

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