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Entretiens

Julien Lefournier : "Le désinvestissement est une illusion, les fonds verts aussi"

Julien Lefournier, consultant Indépendant, co-auteur de L'illusion de la finance verte.
©Dupif Photo Paris

Dans cet entretien, Julien Lefournier, consultant Indépendant et co-auteur de L'illusion de la finance verte, lance des pistes pour permettre au système financier de répondre efficacement aux enjeux de la transition écologique.

Le système financier tel qu’il existe aujourd’hui peut-il répondre aux enjeux de transition écologique ?

D’un point de vue systémique, la finance ne peut pas être verte. On fonctionne en mode pensée magique en plaquant sur la finance des désirs, mais la réalité des marchés financiers aujourd’hui ce n’est pas du tout ça : le trading à haute fréquence représente environ 60% du volume sur les marchés actions. Il y a la finance telle qu’on aimerait qu’elle soit et la finance telle qu’elle est. Si la finance verte, c’est le financement d’actifs verts, alors il existe bien une finance verte. Mais la finance peut-elle être un catalyseur, un accélérateur de la transition ? Non. Il n’y a pas d’incitation à faire bien de la part du marché. Car, passer du business as usual à un monde décarboné, ça a un coût qui n’est pas assumé par le marché, lequel est dans une logique de maximisation du rendement ajusté du risque.

Quid des actions menées par les acteurs financiers qui ont mis au point des stratégies d’investissement durable, comme l'exclusion de secteurs polluants ? Peuvent-elle faire évoluer le marché dans le bon sens ?

La question est systémique : en tant qu’ensemble, a-t-on avancé avec des fonds verts, sachant qu’à côté, le marché continue d’investir en masse dans des actions d’entre- prises polluantes ? Que le shadow banking a pris des proportions incroyables ? Le désinvestissement est une illusion. Les fonds verts aussi. On le voit avec le label ISR, qui est actuellement en refonte. Il y a ici une situation de type double contrainte : plus on est exigeant sur la sélection des investissements, plus on réduit son espérance de rendement ajusté du risque par rapport à ceux qui n'ont pas ces contraintes supplémentaires - ici, les fonds non labellisés. Le paradoxe est résolu en faveur de la préservation de l’espérance de rendement, de sorte qu'on maximise le nombre de fonds éligibles, et le verdissement apparent de la finance.

La finance doit-elle prendre sa part de ce surcoût de la transition ?

Oui, la finance devrait prendre sa part dans cet effort de guerre - et il s’agit bien d’une guerre. Aujourd’hui, une entreprise qui ne produit pas "proprement" est avantagée par le système, grâce à des coûts de production et d’investissement moins élevés. Une finance qui se décrèterait verte devrait assumer une part du surcoût subi par les bons élèves, qui est aujourd’hui assumé par les consommateurs et le financement public, c’est-à-dire le contribuable.

Que faire pour que ce verdissement ne soit pas qu’apparent ?

Pour faire évoluer le système, il faut changer les règles du jeu pour tout le monde : ça s’appelle la réglementation. Encore faut-il qu’elle soit efficace. SFDR, CSRD, la taxonomie verte de l’Union européenne font partie d’une mythologie de la pensée néo- libérale. On exige de l’information, comme si cela suffisait à changer le monde. L’information est bien sûre nécessaire, mais pas suffisante. Il faut mobiliser nos politiques économiques, monétaires et fiscales, et contraindre le marché. Pendant qu’on discute, l'atmosphère se remplit de gaz à effet de serre.

 

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