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ISR : mode d'emploi (1/3)

©Nat Mikles

Avec environ 546 milliards d'euros sous gestion à fin décembre 2019 et une multiplication des initiatives de place et réglementaires, l'Investissement Socialement Responsable a désormais définitivement quitté sa niche pour s’installer dans le paysage financier « mainstream ». Pourtant, il peine encore à s’imposer auprès des particuliers et ce malgré une offre de plus en plus riche et variée, en raison principalement d’un défaut de pédagogie et de lisibilité.

De quoi parle-t-on ?

L’investissement socialement responsable (ISR) désigne la prise en compte de facteurs dits « extra-financiers » dans les décisions d’investissements. Plus concrètement, il s’agit de sélectionner les valeurs dans lesquelles on investit non plus au seul regard de l’analyse financière classique, mais également selon leur comportement en matière de développement durable.

L’Association Française de la Gestion Financière (AFG) et le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) définissent l’ISR comme suit :

L’ISR est un placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. En influençant la gouvernance et le comportement des acteurs, l’ISR favorise une économie responsable.

Quels sont les critères extra-financiers ?

  • Critères environnementaux : concernent l’impact direct ou indirect de l’activité d’une entreprise sur l’environnement. Sont par exemple pris en compte les politiques d’économie d’énergie ou de gestion des ressources et des déchets, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre.
  • Critères sociaux : concernent l’impact direct ou indirect de l’activité de l’entreprise sur l’ensemble de ses parties prenantes. Le respect des droits des salariés, la gestion des ressources humaines ou la qualité du dialogue social sont ainsi concernés.
  • Critères de gouvernance : portent sur la manière dont l’entreprise est dirigée, administrée et contrôlée. Ils recouvrent notamment les mesures anti-corruption, la relation avec les actionnaires, la rémunération des dirigeants ou encore l’équilibre des pouvoirs.

Peut-on faire de l'ISR sur toutes les classes d'actifs ? Sur toutes les tailles de capitalisation ?

Sophie Rahm, responsable ESG d’Aviva Investors France : 

L’intégration des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) dans les processus d’investissement a connu depuis plusieurs années un essor considérable en France et en Europe non seulement auprès des investisseurs professionnels mais aussi des particuliers. Les fonds ISR proposés aux épargnants, qui ne cessent de gagner en popularité, sont de plus en plus nombreux et variés en termes de classes d’actifs. Il est ainsi possible de faire de l’ISR sur toutes les classes d’actifs cotées traditionnelles à savoir les actions, les obligations, le crédit et le monétaire. En effet, l’ISR trouve sa source dans les pratiques ESG des sociétés cotées ou des Etats et la mise à disposition de ces informations auprès des investisseurs.

En ce qui concerne les actifs non-cotés tel que les actifs immobiliers ou les infrastructures, l’intégration des critères ESG dans les décisions d’investissement est beaucoup plus récente. Les méthodes de sélection ISR qui ont été développées sont différentes de celles employées par les actifs cotés. Mais on observe néanmoins une volonté de convergence. Pour preuve, un Label ISR immobilier a été lancé très récemment, déclinaison du Label ISR adaptée aux spécificités des fonds immobiliers. On note par ailleurs que les grandes capitalisations boursières ont tendance à investir et s’investir beaucoup plus sur les questions ESG. La volonté d’informer les investisseurs sur la réalité des pratiques ESG y est généralement claire. Cependant, de plus en plus d’entreprises de petite et moyenne capitalisation font le choix de s’aligner sur le type et la qualité des informations fournies par les grandes sociétés, afin de rester dans la cible des investisseurs potentiels.

Comment sont évalués les émetteurs en matière d’ESG ?

L’évaluation extra-financière peut être effectuée en interne, par les gestionnaires d’actifs selon des modèles propriétaires, ou réalisée par des agences de notation indépendantes. Ces dernières, apparues dans les années 90, évaluent et notent les émetteurs sous le prisme de leurs pratiques ESG, en se basant sur des données publiques, des études de terrain ou encore des rencontres avec les parties prenantes, selon un référentiel qui leur est propre, ce qui peut parfois donner lieu à des différences de notation pour une même valeur d’une agence à une autre.

On peut citer par exemple Vigeo Eiris, filiale de l’agence de notation Moody’s, Ethifinance, MSCI, Sustainalytics ou ISS-oekom. Certaines sociétés de gestion utilisent également les données fournies par les agences qu’elles pondèrent ensuite selon des méthodologies-maison.

Pourquoi trouve-t-on parfois des valeurs pétrolières dans des fonds ISR ?

Grégoire Cousté, Délégué général du Forum pour l’Investissement Responsable :

Parce qu’il existe plusieurs approches de l’investissement responsable. Certains investisseurs anticipent l’après pétrole et décident de se retirer des énergies fossiles, ils font le choix d’entreprises qui apportent des solutions et donc on ne trouvera pas de valeur pétrolière dans leur portefeuille. D’autres utilisent leur pouvoir d’investisseur au travers de l’engagement actionnarial pour exercer une influence positive sur les entre- prises. À ce titre, ce qui s’est passé à l’occasion de l’assemblée générale de Total cette année est exemplaire : deux actions ont été menées par des groupes d’investisseurs afin de pousser la « Big Oil » française à accélérer son indispensable transformation. La première action menée par l’initiative internationale Climate Action 100+ a poussé Total au travers du dialogue actionnarial à prendre une série d’engagements en faveur du respect des accords de Paris. La seconde initiative a porté une résolution lors de l’assemblée générale du géant pétrolier pour aller plus loin encore. Le score de cette résolution avec près de 17 % de vote - plus de nombreuses abstentions - montre clairement l’attente des investisseurs responsables pour atteindre une vraie neutralité carbone. Ce processus d’engagement est un levier puissant pour l’investissement responsable, il doit se renforcer. Le FIR y a pris sa part cette année avec une campagne de questions écrites lors des assemblées générales des sociétés du CAC 40, afin de mesurer leur responsabilité et les pousser à adopter les meilleures pratiques, que ces entreprises soient pétrolières ou pas.

Quelles sont les différentes approches de l’ISR ?

Selon son objectif de gestion et sa philosophie, chaque fonds définit des critères pour déterminer son univers d’investissement. En fonction de la nature de ces critères, on distingue généralement les approches suivantes :

  • Best-in-class : les fonds retiennent les émetteurs ayant les meilleures pratiques ESG au sein de chaque secteur d’activité. Sont exclus les émetteurs les moins bien notés, sans biais sectoriel;
  • Exclusion : les fonds éliminent de leur univers d’investissement certains secteurs ou entreprises en raison de leur activité. On distingue l’exclusion normative, qui concerne les émetteurs qui ne respectent pas certaines normes ou conventions internationales, (droits de l’homme, convention de l’OIT, Pacte Mondial...) et l’exclusion sectorielle, qui touche ceux dont le secteur d’activité est jugé néfaste pour la société ou l’environnement. Des secteurs comme ceux du charbon et des énergies fossiles, de l’armement ou du tabac peuvent ainsi être exclus pour des raisons éthiques ou environnementales ;
  • Best-in-universe : ne sont sélectionnés que les émetteurs les mieux notés, indépendamment de leur secteur d’activité. Certains secteurs peuvent ainsi être intégralement écartés ;
  • Approche thématique : consiste à investir dans des entreprises actives sur des secteurs liés au développement durable, tels que les énergies renouvelables, l’eau ou la santé.
  • Engagement actionnarial : consiste, pour les investisseurs, à influencer le comportement des entreprises en favorisant l’adoption de pratiques responsables par le biais d’un dialogue avec les entreprises et d’une participation active aux assemblées générales ;
  • Impact Investing : désigne, selon le Global Impact Investing Network (GIIN), des « investissements faits dans les entreprises, les organisations et les fonds avec l’intention de générer des impacts environnementaux et sociaux en même temps qu’un rendement financier ».

Un fonds peut-il mixer plusieurs approches différentes ?

Responsable ISR chez Ecofi Investissements : 

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) intègre les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans l’analyse financière pour proposer des placements qui concilient performance économique, impact social et/ou environnemental. Les pratiques varient considérablement d’une société de gestion à l’autre et les notions ne sont pas toujours compréhensibles pour l’investisseur... Alors, comment choisir ses placements financiers en fonction de ses convictions ?

On peut se baser sur Eurosif, organisation européenne de référence sur l’ISR, qui définit 7 stratégies :

  • Sélection ESG 
  • Exclusions sectorielles 
  • Exclusions normatives 
  • Engagement
  • Intégration ESG 
  • Thématique ESG 
  • Impact Investing 

Ces stratégies peuvent être utilisées seules, ou combinées pour plus d’engagement.
Pour être plus concrets, si on prend l’exemple d’Ecofi, 100 %* des fonds ouverts appliquent les 5 premières stratégies :

« Sélection ESG » des émetteurs afin de filtrer les mieux notés ; « Exclusions sectorielles » : charbon, tabac, jeux d’argent ; « Exclusions normatives » : armements controversés, entreprises implantées dans des paradis fiscaux et impliquées dans des controverses (incidents majeurs tels que pollution, atteinte aux droits de l’Homme...) ; « Engagement », avec une politique de vote systématique et de dialogue constructive ; « Intégration ESG » car nos gérants ont accès à l’ensemble de l’analyse ESG. Et nous allons au-delà puisque notre processus ISR est intégré systématiquement en amont des décisions d’investissement. La « Thématique ESG » quant à elle est appliquée pour nos fonds ISR qui investissent sur des thé- matiques de croissance durable pour l’Homme et la Planète. Enfin, à travers nos fonds solidaires et de partage, nous appliquons la stratégie d’« Impact investing », avec également une mesure d’impact pour nos fonds ISR.

*Hors certains fonds indexés et fonds à gestion déléguée

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