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Finance : le durable s'invite dans les formations académiques

©Nathanaël Mikles

Les futurs professionnels se forment bien différemment des générations précédentes sur les questions de durabilité. La pression s’intensifie pour intégrer les enjeux ESG dans l’exercice de leurs métiers. Le dialogue entre conseillers financiers et clients change. Les aspirations des épargnants, plus séduits par l’investissement responsable (IR), se confirment. Universités et écoles intègrent davantage ces nouvelles règles du jeu dans leurs programmes, bien que des progrès demeurent à accomplir.

Pour préparer les acteurs de la finance, la banque, l’assurance et la gestion de patrimoine de demain, les établissements supérieurs intègrent un peu plus chaque année le développement durable, la RSE, les critères extra-financiers et l’ISR dans leurs parcours, à des degrés très différents : formations diplômantes et certifiantes, modules, cours, conférences, notions, MOOC (Massive Open Online Course) ou SPOC (Small Private Online Course). Dans le secteur purement financier, de nouveaux métiers plus proches des enjeux de responsabilité se développent.

Les établissements pionniers mettent sur la voie de l’ESG

Créée en 2007, l’Initiative de Recherche Finance Durable et Investissement Responsable est l’une des premières au niveau mondial. Codirigée par Sébastien Pouget de l’Université Toulouse 1 Capitole et Patricia Crifo de Polytechnique (hébergée à l’Institut Louis Bachelier), elle jouit d’une réputation internationale. Cette initiative a infusé dans l’ensemble du Master de Finance de l’Université Toulouse-Capitole, joint entre Toulouse School of Management et Toulouse School of Economics. Il comprend trois spécialités : Financial Markets and Risk Evaluation, Corporate Finance et Finance and Information Technology. "En lien avec la finance responsable, les étudiants se destinent principalement vers la gestion de portefeuilles ou l’analyse intégrant éléments financiers et extra-financiers. Nous observons un nombre important de stages sur ces questions et c’est un domaine qui attire de plus en plus nos étudiants", décrit Sébastien Pouget. La finance responsable est intégrée dans le cursus standard, enseignée par des académiques et des professionnels. Par exemple, en Master 2, dans le cadre du cours Asset Management and Trading, il y a 6h sur les stratégies d’IR avec cas pratique ; en Psychology of Finance, 3h sur les motivations pour l’IR ; en Financial Analysis, 6h sur l’analyse ESG des entreprises ; en Advanced Corporate Finance, 6h sur la quantification de l’exposition aux risques climatiques ; en Derivatives, 6h sur la régulation et ses enjeux, les produits structurés responsables et le greenwashing.

A l’Université de Paris-Dauphine, de nombreuses formations sont directement concernées par les concepts de durabilité et les notions extra-financières, qu’ils soient plus généralistes ou spécialisés. La chaire Finance & Développement Durable de Dauphine/Polytechnique, créée en 2007 par Jean-Michel Lasry et Pierre-Louis Lions, fait également partie des pionnières. Hébergée à l’ILB, elle travaille sur la gestion du risque climatique dans les portefeuilles d’investissement, entre autres. Dauphine pilote également les chaires : Économie du climat, Comptabilité écologique, Finance des Marchés d’énergies.

Un SPOC Éthique, Responsabilité Sociale, Développement Durable est désormais obligatoire pour les étudiants de tous les cursus. Sophie Schiller, professeur de droit privé, dirige notamment les Master 2 Droit du patrimoine professionnel et l’Executive Master Compliance. Membre de la Commission des sanctions de l’AMF, elle a participé à la rédaction la loi Pacte et de la loi relative au devoir de vigilance. "Ces formations ne sont pas directement concernées par l’IR, mais les enjeux ESG sont transverses. Ils sont abordés en particulier sous l’angle de la conformité extra-financière", précise-t- elle.

KEDGE Business School, pionnière en Europe, est la seule actuellement à avoir été aussi loin dans l’intégration approfondie de la durabilité en finance, dans un diplôme. Le MSc Sustainable Finance a été créé en 2016 par Christophe Revelli, titulaire de la chaire Finance reconsidérée : aborder le développement économique durable de KEDGE/ CANDRIAM. "Nous enseignons, au sein de programmes génériques Finance/Économie, les sujets de finance durable depuis une dizaine d’années en modules spécifiques. Nous avons des chaires sur le sujet, un centre de recherche dédié, un réseau international PoCFin, et nous sommes coordinateurs du SDSN France en Finance Durable (Le réseau des solutions pour le développement durable)", rappelle l’enseignant-chercheur. "Nous avons décidé de créer un Master totalement dédié aux enjeux ESG pour trois raisons : la transformation des métiers financiers autour des enjeux de durabilité et la croissance du marché de la finance durable ; notre expertise en recherche qui nous a poussés à proposer également des contenus pédagogiques ; notre propre responsabilité d’enseignants de former les générations d’étudiants aux enjeux sociétaux du monde de demain, être innovants et remettre en question notre manière d’enseigner la finance", résume-t-il. Les principaux métiers ciblés : analyste intégré / ESG, corporate governance analyst, sustainability risk advisor, auditeur environnemental ou social, gérant de portefeuilles durables / ISR, investisseur d’impact, consultant en stratégie ESG, analyste et recherche en structuration de green/sustainable bonds... Les enseignants sont des chercheurs et des professionnels.

Un nombre important d’enseignants-chercheurs en finance de l’IAE Clermont Auvergne sont membres de la chaire de recherche Valeur & RSE. Lancée par Sylvain Marsat et Benjamin Williams, elle vise à étudier les liens entre performance sociale et environnementale des entreprises, et leur valeur économique et financière. Le Master 2 Marchés Financiers de l’IAE Clermont Auvergne a inclus le sujet à partir de 2012, avec un cours de 18h sur le thème de la finance durable. "Cela fait presque 10 ans que nos étudiants sont formés sur ces sujets ! Il leur est demandé d’analyser et de présenter un cas de problème éthique en finance, mais également de construire un portefeuille sous contrainte ESG", nous explique Guillaume Pijourlet, Responsable du Master et Maître de conférences. "Cette année, ils ont notamment travaillé sur l’impact des catastrophes naturelles sur la volatilité des marchés actions, l’impact des critères ESG sur la performance de portefeuilles, les motivations des investisseurs envers les titres verts, etc.", décrit-il.

A terme, chaque enseignant-chercheur, dans sa spécialité, sera amené à faire le lien avec la durabilité dans ses matières. Nul ne devrait avoir vocation à enseigner une finance irresponsable ! 

Mobiliser toutes les formations pour la responsabilité sociale et le climat

L’Ecole des Ponts Paris Tech a créé un programme d’un semestre, "Sustainable and Green Finance", au sein du département Sciences économiques, gestion, finance pour former des ingénieurs-managers de haut niveau qui seront amenés à évoluer au sein de directions stratégiques, de banques, de cabinets de conseil ou d’institutions publiques nationales et internationales. Le MS Stratégies Financières et Investissements Responsables d’Audencia, créé il y a six ans, est également à signaler. D’autres formations en finance intègrent l’IR, à moindre échelle. L’iaelyon School of Management, par exemple, propose un Master Ingénierie financière et transactions. Un cours sur la finance responsable a d’abord été intégré, puis un module entier depuis quelques années. Piloté par Marco Heimann, enseignant-chercheur spécialisé sur ce domaine, il fait intervenir Grégoire Cousté, Secrétaire général du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) et Nicolas Jacob, Asset Management / Equity Fund Manager & Head of ESG Research chez ODDO BHF. "Les réglementations européennes vont dans le sens de ce qu’on a commencé à développer dès 2014. C’est un sujet qui a le vent en poupe chez les étudiants et les employeurs. Il sera reconduit et développé davantage, à partir de 2022", prévoit Marco Heimann.

L’impact des réglementations sur les pratiques professionnelles

 

En banque, finance, assurance ou gestion de patrimoine, tous les métiers sont impactés par les récentes évolutions réglementaires. La loi Pacte oriente déjà les produits d’épargne vers l’offre verte, ISR et solidaire (unités de compte dans les contrats d’assurance-vie). De plus, le Plan d’action de la Commission européenne sur la finance durable a entraîné de nouveaux textes sur la responsabilité financière et extra-financière des entreprises. Les acteurs financiers devront évaluer leurs investissements, afin de vérifier qu’ils font bien partie des secteurs définis par la taxonomie européenne. Ce cadre favorisera les activités vertes. De surcroît, le risque environnemental et le risque climatique font désormais partie du devoir fiduciaire de tout gérant de portefeuille. Le Règlement sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SDR) vise également à plus de transparence. Son impact se fera notamment sentir à l’élaboration des produits et des contrats.

Autre signal fort de cette avancée, Finance for Tomorrow, branche de l’association Paris EUROPLACE, a labellisé le Master d’Analyse Financière Internationale de NEOMA Business School, en septembre 2020. Près de 40 étudiants sont actuellement inscrits dans ce cursus reconnu au niveau international par le classement du Financial Times. "Notre démarche a été d’inclure, pour chaque grande thématique financière, une brique durable", explique Natacha Boric, Chargé de Mission de Finance for Tomorrow. "Cette approche vise à intégrer la durabilité dans le cœur de la formation des acteurs financiers, sans distinction forte entre les compétences classiques et les connaissances ESG. L’idée est bien que toute la finance et tous les professionnels doivent être formés aux enjeux de durabilité, pour transformer l’économie et la définition même de la croissance sur le long terme". Par ailleurs, l’EDHEC ouvre un MSc in Climate Change & Sustainable Finance anglophone, en juillet 2021. De plus, l’ESCP lance une spécialisation en finance durable accessible aux étudiants de son parcours initial, en 2ème année, à la rentrée prochaine.

Certaines écoles ont annoncé la diffusion des dimensions sociétales et environnementales dans tous les cours. Parmi elles, Essec, Sciences Po et Polytechnique ont déployé des plans ambitieux de transformation. C’est également le projet d’Excelia, ex-Sup de Co La Rochelle et Escem (École supérieure de commerce et de management). Elle propose notamment un MSc Banque-Assurances, Gestion de Patrimoine et Immobilier. "On s’attache à ce que 100% de nos étudiants, quel que soit le programme, aient suivi un enseignement sur la RSE, à un moment ou à un autre, donc quelques heures sur la finance responsable et, dans certains cursus, un cours complet sur le sujet", explique Pierre Baret, enseignant-chercheur en Economie et RSE, directeur de l’Institut de de la Responsabilité Sociale par l’Innovation (IRSI). "A terme, chaque enseignant-chercheur, dans sa spécialité, sera amené à faire le lien avec la durabilité dans ses matières. Nul ne devrait avoir vocation à enseigner une finance irresponsable !", conclut-il.

Il y a gros enjeu de formation pour les réseaux de distribution, que ce soit les gestionnaires de fortunes ou une clientèle privée.

Les futurs CGP à la traîne ?

Dans l’écosystème financier, les CGP qui sont les principaux interlocuteurs des épargnants, ont un rôle très important pour la diffusion de l’ISR. Les futurs professionnels peuvent passer par un Master 1 en banque, finance, sciences économiques, avant d’intégrer une spécialisation pour devenir conseillers en banque ou en cabinet, family officer, ingénieurs patrimoniaux, etc. Ils seront donc de plus en plus amenés à se familiariser avec les principes d’une offre responsable. "Pour les CGP, l’intérêt envers l’ISR est très récent, sauf pour un segment particulier des family officer qui s’y intéressent depuis longtemps, par le biais de la philanthropie", observe Nicolas Mottis, Directeur de l’Executive Master de Polytechnique, où il enseigne la Gouvernance d’entreprise et finance durable. L’enseignant-chercheur est également membre du Comité scientifique du label ISR et administrateur du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) : "De plus en plus de CGP viennent s’acculturer au FIR. Il y a gros enjeu de formation pour les réseaux de distribution, que ce soit les gestionnaires de fortunes ou une clientèle privée. C’est en train d’arriver. Les étudiants de grandes écoles auront tous été exposés au sujet d’une façon ou d’une autre, d’ici quelques années. Leurs attentes sont fortes", poursuit-il.

Parmi les Masters / MS / MBA en Gestion de Patrimoine les mieux classés selon Eduniversal, se trouvent le MS Patrimoine et Immobilier, spécialisation Gestion de Patrimoine de KEDGE et le Master 2 Finance Parcours Gestion de Patrimoine de l’IAE Clermont Auvergne. Au sein de ce dernier : "La sensibilisation à l’approche ISR / ESG se fait dans le cadre d’un cours sur l’allocation d’actifs et les sélections de fonds, depuis 3 ans. Pour le moment, nous ne prévoyons pas de cours entier. C’est la conviction du client final qui fait la demande vers des investissements responsables. Ce n’est pas le CGP qui est moteur", affirme Lionel Tixier, Directeur de ce Master. Autre exemple d’une intégration plus diffuse, le MBA 2 Gestion de Patrimoine & Family Office de Financia Business School fait intervenir Philippe Zaouati, DG de Mirova, pour une conférence sur la finance durable, sous le prisme des risques.

Des étudiants et des établissements globalement plus concernés

 

Côté formation initiale, les signaux se multiplient de la part des différentes parties prenantes. Le Manifeste pour un réveil écologique, lancé en 2018 par les étudiants et jeunes diplômés de grandes écoles, a été signé plus de 32 000 fois. A la suite, en 2019, la communauté académique leur a répondu, en lançant son Appel "Pour former tous les étudiants du supérieur aux enjeux climatiques et écologiques". Il a réuni plus de 9 000 signataires, dont les dirigeants d’une centaine de grands établissements, des enseignants-chercheurs, professionnels du supérieur, dirigeants syndicaux et associatifs. Parmi les premiers soutiens, les réputées HEC, Ecole des Mines, Paris-Saclay, Essec, Centrale… Les signataires pointaient les « freins administratifs et disciplinaires » et demandaient notamment à l’État : "une stratégie de transition de l’enseignement supérieur positionnant le climat comme l’urgence première", accompagnés des "moyens nécessaires". En avril 2020, c’est l’appel des enseignants au management dans les grandes écoles et universités impliqués dans le développement durable. Les rédacteurs sont enseignants à HEC, l’ESCP Europe, Dauphine, Sciences Po et KEDGE. "Le rebond vert, juste et inclusif, intégrant la neutralité climatique et le respect des limites planétaires, que le Green Deal, l’OCDE, la BEI et de nombreux acteurs réclament aujourd’hui à travers le refinancement de l’économie, est l’occasion à ne pas manquer pour faire muter le modèle de gestion de l’entreprise", prévient le collectif.

Transformation progressive des cursus

C’est visible, au fil du temps, les cursus académiques se transforment. "Certains intègrent quelques contenus dans des parcours finance classiques, d’autres créent des 'tracks' spécialisés de 3 ou 4 cours dans des formations classiques. Certains nous suivent en ouvrant des masters dédiés (une ou deux universités / écoles en Europe)", observe Christophe Revelli de KEDGE. "Il y a une offre grandissante sur la formation continue et professionnelle en France notamment, plus rapide que la formation initiale, via des organismes professionnels spécialisés en durabilité ou en finance, voire des universités. Mais l’offre est encore trop faible par rapport à l’importance des besoins et la demande croissante. Le marché et les métiers financiers évolueront si la formation des profils évolue, la question de l’éducation est clé en ce qui concerne les enjeux de durabilité. Elle doit être centrale et transversale dans tous les cursus", conclut le responsable du MSc Sustainable Finance.

Le think tank The Shift Project avait soulevé des lacunes au sein du supérieur sur les sujets climat-énergie, dans son rapport de 2019. A l’époque, seulement 11 % des formations, tous domaines confondus, abordaient ces enjeux de manière obligatoire. "Il importe que les professionnels du secteur financier français puissent acquérir des connaissances en finance climat, et ce, de façon généralisée et adaptées aux différents métiers, dès la formation initiale, puis tout au long de la carrière", déclarait-il.

Le think tank et Finance for Tomorrow (F4T) travaillent ensemble sur la mobilisation des formations académiques sur le climat, bien conscients que les écoles et les universités s’inscrivent dans le temps long du changement. "Nous avons eu l’opportunité de rencontrer beaucoup de personnalités académiques inspirantes qui développent de véritables innovations dans les formations, en s’appuyant d’ailleurs en premier lieu sur leurs professeurs les plus engagés, et qui portent une dynamique majeure de transformation", décrit Natacha Boric, Chargée de Mission pour F4T.

Associée au cabinet de recrutement Birdeo, l’association a mené une étude sur les métiers de la finance durable. "La formation des professionnels sera primordiale pour transformer l’économie en vue d’atteindre les Objectifs de Développement Durable et de l’Accord de Paris. Cette réalité s’applique à la stratégie d’entreprise, à la structuration des produits, à l’investissement et à l’analyse de risques, mais aussi à la distribution et à la commercialisation. L’étude souligne une discontinuité dans la chaîne de valeur en raison d’un manque de formations destinées aux CGP", conclut Natacha Boric. Des pistes sont proposées pour préparer les professionnels aux connaissances et compétences à acquérir. Ces recommandations exploratoires seront enrichies au fil du temps.

Un institut qui favorise le développement durable en Économie et en Finance

 

Le réseau Louis Bachelier mène des programmes de recherche scientifique interdisciplinaire, en interactions entre académiques, entreprises et pouvoirs publics, avec un focus sur quatre transitions sociétales : environnementale, digitale, démographique, financière. L’institut travaille, notamment, sur la motivation des investisseurs individuels pour les produits d’investissement responsable, ou encore, sur le lien entre performance extra-financière et marchés obligataires. Ses membres sont de plus en plus sollicités par les grands établissements supérieurs pour enseigner la finance verte, durable et responsable aux étudiants.

 

"Nous participons au verdissement de différents Masters pour les étudiants ingénieurs, ceux en gestion et en finance, dans un certain nombre d’institutions académiques : à Sciences Po, l’Ecole des Ponts, dans les Universités de Paris-Saclay et Dauphine, AgroParisTech…", constate Stéphane Voisin, chercheur et enseignant, directeur du programme Finance durable à l’Institut Louis Bachelier (ILB). The Shift Project mène, en partenariat avec l’ILB et l’association 2Dii, un projet étudiant à SciencesPo Paris, pour travailler à la mobilisation citoyenne en faveur de la finance durable. 

 

"Nous sommes même en discussion avec une école pour la création d’un Master spécialisé", confie-t-il. "En Master Finance, en l’espace de 5 ans, plus de la moitié de la classe s’intéressent maintenant au sujet. Ils sont là pour apprendre les métiers financiers, pas en cursus DD / RSE. Ils sont très vigilants sur la qualité de l’enseignement et sur le greenwashing. Les CGP s’y mettent plus tardivement, mais ils y seront de plus en plus obligés. Il va falloir aligner les motivations non financières des épargnants avec des produits conformes et s’il n’y a pas réconciliation des deux, il y aura un problème", prévient l’expert.

Focus sur une formation – Trois questions à…

Anne-Gaël Vaubourg et Marc Pourroy, membres du Centre de Recherche sur l’Intégration Économique et Financière (CRIEF), Responsables du Master Monnaie, Banque, Finance et Assurance, Faculté de Sciences Économiques, Université de Poitiers.

Est-ce que ce sont les récentes réglementations, comme la Loi Pacte, qui ont impacté le contenu des programmes ?

Avant même l'entrée en Master, certains cours sensibilisent les étudiants à l’économie de l’environnement.  Au sein du Master, la question environnementale est intégrée à nos enseignements. Par exemple, en Financial macroeconomics : « Macroeconomic and financial stability implications of climate change ». En finance internationale : « Les objectifs climatiques des banques centrales ». En Corporate finance : « The social responsability of businesses in France ». Les préoccupations environnementales sont aussi présentes dans les stratégies d’investissement, dans le cadre d’un exercice de gestion de portefeuille par les étudiants. Il leur est également demandé de rédiger une lettre de conjoncture, dans laquelle l’actualité des questions environnementales et de la finance responsable a toute sa place. Enfin, des professionnels de la finance interviennent tous les ans pour évoquer spécifiquement les critères ESG, l’ISR et les implications de la Loi Pacte.

Voyez-vous une évolution des attentes des étudiants : les futurs professionnels de la finance et CGP sont-ils plus demandeurs sur les sujets ESG ?

Depuis quelques années, nous notons que les étudiants ont davantage conscience de ces enjeux que par le passé. Les professionnels de la finance avec lesquels nous travaillons témoignent de l’importance des sujets liés à la finance verte et à l’IR, dans l’exercice quotidien de leur métier. Cet intérêt croissant se reflète d’ailleurs dans les missions proposées à nos étudiants dans le cadre de leurs stages ou alternances. Tous ces éléments nous encouragent à attribuer une place de plus en plus conséquente à ces questions au sein de notre Master. Finalement, l’enjeux est de montrer aux futurs professionnels qu’intégrer des critères ESG peut conduire à une pratique efficace des professions auxquelles ils se destinent, tout en ayant un impact sociétal réellement significatif.

Selon vous, la crise de la COVID-19 aurait-elle intensifié l’intégration de ces enjeux dans les formations ?

La crise de la COVID-19 change profondément l’environnement économique global. Le paradigme économique qui dominait encore à la suite de la crise des subprimes est en train de changer. Dans ce cadre d’analyse renouvelée, les questions ESG ont toute leur place et font partie intégrante de la réflexion économique. C’est typiquement le cas quand on analyse les politiques de relance ou les risques financiers pour les années à venir. La crise participe à l’intégration de ces enjeux dans nos formations, en les faisant passer du statut d’éléments thématiques, à celui d’éléments structurant de l’analyse économique et financière.

 

 

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