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"L’éducation est la prochaine thématique long terme et durable sur laquelle il faut investir"

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CPR AM a présenté jeudi 18 octobre le premier fonds thématique actions internationales consacré à l’éducation : CPR Invest - Education. Entretien avec son gérant, Guillaume Uettwiller.

Vous avez lancé la semaine dernière le premier fonds thématique consacré à l'éducation. Pourquoi se positionner sur cet enjeu ? 

C’est assez simple. L’éducation est l'un des 17 Objectifs de Développement Durable identifiés par les Nations Unies en 2015. Il poursuit deux ambitions : assurer à tous une éducation de qualité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie, par le biais notamment de la formation continue. Ce sont les deux grands défis à résoudre, mais il faut également savoir que l’éducation est l’un des piliers les plus essentiels pour contribuer à la réalisation d’autres objectifs comme la lutte contre la pauvreté ou la réduction des inégalités. L'enjeu est donc de concourir à l'élaboration d'un monde plus durable

Sur un autre plan, l’éducation est également une pierre angulaire d’une croissance économique solide. On fait facilement le lien entre le niveau d’éducation moyen dans un pays et sa productivité : c’est la théorie du capital humain. Et cet investissement est particulièrement rentable pour les Etats. La Commission des Nations unies estime que pour chaque dollar investi dans l’éducation, on peut espérer un rendement de l’ordre de 10 dollars en retour économique, qui va à la fois à l’individu et à la collectivité. 

Il y a donc également des opportunités à saisir...

Effectivement, aujourd’hui le marché de l’éducation est évalué à 5000 milliards de dollars, et il pourrait potentiellement doubler d’ici 2030 parce qu’il est soutenu par des tendances structurelles. Il s'agit par exemple des changements démographiques et sociaux, tels que la croissance de la population -et donc du nombre d'étudiants-, ou l’essor d’une classe moyenne ayant des aspirations très fortes pour l’éducation, comme c'est le cas en Chine. 

La troisième mégatendance qui soutient la thématique est la révolution technologique. On estime que l’automatisation va potentiellement faire disparaitre 45 % des emplois américains d’ici 20 ans. C’est énorme. On va donc constater une croissance forte de la formation professionnelle en entreprise, à l'heure où 54 % des salariés devront réévaluer leurs compétences dans un horizon de cinq ans. Le marché est une grande opportunité pour le fonds. Ensuite, le développement d'un secteur comme l’Edtech va profondément modifier la façon dont on enseigne et dont on apprend, avec le développement notamment du digital learning. 

Comment s'articule l'univers d'investissement du fonds ? 

Nous avons construit un éco-système éducatif qui s’articule autour d’une chronologie de l’éducation fondée sur trois piliers : l’accès à l’éducation et au monde du travail, où l’on va retrouver des acteurs qui ont des business model orientés vers l’accompagnement scolaire ou le recrutement, les contenus et outils éducatifs, avec par exemple des créateurs et des diffuseurs de contenus académiques et le service au quotidien, qui regroupe deux sous secteurs : l’immobilier éducatif et les offres et services associés.

Nous allons donc investir sur tous les acteurs qui agissent à un moment T dans cette chronologie de l’éducation, qui va de la petite enfance jusqu’à la vie professionnelle (formation continue). A noter que c’est un univers relativement jeune, puisque quasiment 1/4 des valeurs n'étaient pas cotées avant 2015, et qui est small et mid caps : 77 % des titres aujourd’hui ont une capitalisation inférieure à 5 milliards d’euros.

Pouvez-vous présenter quelques valeurs remarquables du portefeuille ? 

On peut citer Chegg par exemple, un acteur américain de l’EdTech qui se concentre sur le concept de tutorat en ligne. C’est l’acteur digital par excellence, qui va offrir aux étudiants une gamme complète de services pour les accompagner dans leur parcours éducatif. Aujourd'hui, le service rassemble 2 millions d’utilisateurs récurrents, soit 4 % seulement du marché américain potentiel. C’est donc une valeur de croissance et une belle opportunité.

Nous avons également une société comme Laureate Education, qui est l'un des plus beaux réseaux d’universités coté aux Etats-Unis, avec 70 établissements dans 35 pays différents et une vraie exposition en Amérique latine. C’est un partenaire de choix pour les gouvernements qui veulent faciliter l’accès des populations à l’enseignement supérieur.

Enfin, dans la partie services au quotidien on va retrouver IDP, qui est spécialisé dans le placement d’étudiants internationaux dans une trentaine de pays. IDP est particulièrement bien exposé pour bénéficier d’une tendance long terme puisque le nombre de ces étudiants devrait passer de 4,5 millions aujourd’hui à 8 millions en 2025.