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WWF France : "L'agriculture est une activité commerciale où le vendeur ne fixe pas son prix de vente"

35 agriculteurs actuellement en conversion ont déjà intégré la démarche.
Jack Caffrey/WWF-US

La Fondation Carrefour s'engage en faveur de la transition alimentaire solidaire en soutenant des projets axés sur l'anti-gaspillage solidaire, l'agriculture durable et solidaire, et/ou l'engagement sociétal. ID vous propose un dossier spécial publié à l'occasion de ses 20 ans : zoom sur l’un des projets qu’elle soutient aux côtés du WWF France. 

Le WWF France, célèbre ONG de protection de la nature, s’est associée à la Fondation Carrefour, l’embouteilleur LSDH et l’Association des producteurs de lait du bassin Centre (APLBC), pour accompagner 35 éleveurs de vaches laitières dans leur conversion au bio. Ce projet, dans les tuyaux depuis un an et demi, devrait voir naître ses premières bouteilles de lait bio au printemps prochain. Explications d’Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF France.

Aranud Gauffier, directeur des programmes chez WWF France.
WWF France

Quels sont les grands enjeux auxquels est confrontée la filière laitière française aujourd’hui ?

Ils sont multiples. Il y a eu d’abord la fin des quotas laitiers (avant 2015, chaque exploitation était limitée à un certain quota de production et devait payer des pénalités si elle le dépassait, ndlr) qui a amené la filière conventionnelle à se concentrer du plus en plus. Désormais, les fermes sont de tailles de plus en plus importantes puisque le prix du lait est de moins en moins rémunérateur : cela se traduit par une dépendance aux aliments importés - par exemple du soja OGM issu de la déforestation en Amérique du Sud - pour nourrir des vaches qui sont de véritables usines à lait.

Déjà dans cette perspective, le développement de la filière bio en France est important puisque qu’elle a un ancrage bien plus local : elle maximise le pâturage (donc l’élevage à l’herbe) et favorise une alimentation de proximité, bio, non-OGM et qui n’entraîne pas de déforestation. Ce sont donc des exploitations ayant un meilleur lien au sol, qui utilise majoritairement des ressources locales, qui ont des tailles de troupeaux adaptées à leur parcellaire permettant à la fois de nourrir correctement les bêtes et de gérer les sols. Enfin, elles créent de l’emploi local et “n’exportent pas leur impact” en polluant dans d’autres pays (via la déforestation ou encore l’usage de pesticides comme c’est le cas au Brésil par exemple pour la culture du soja).

Le fait d’avoir une production bio basée sur le pâturage permet de compenser une partie des émissions de méthane grâce au stockage de CO2 dans les prairies."

D’autre part, il y a aussi l’enjeu des émissions de gaz à effet de serre qui est absolument majeur pour la filière laitière, comme pour la filière bovine en général d’ailleurs. Le fait d’avoir une production bio basée sur le pâturage permet de compenser une partie des émissions de méthane grâce au stockage de CO2 dans les prairies. Ça ne règle pas l'intégralité du problème mais c’est un premier pas. Tout l’enjeu est donc aussi de consommer moins de produits laitiers et d’en consommer de meilleure qualité. Et c’est cohérent, en sachant que les rendements de production de lait bio sont légèrement inférieurs à la production conventionnelle, avec des prix un peu plus élevés. Le consommateur s’y retrouve.

Justement, à combien devrait être vendue une brique de lait pour qu’elle rémunère correctement l’agriculteur ?

C’est très fluctuant. On peut dire qu’en dessous d’un euro le litre, c’est difficilement rémunérateur pour l’agriculteur (et en bio, ce serait plutôt autour d'1,40 euro). Mais c’est assez complexe d’avoir une réponse définitive puisque cela dépend vraiment des coûts de production et c’est d’ailleurs tout l’enjeu de la bataille des agriculteurs face aux grands industriels aujourd’hui. Ils souhaitent pouvoir ajuster leur prix de vente en fonction de leur coût de production mais malheureusement ce n’est pas toujours le cas.

Si l’on prend l’exemple d’une année comme 2020 dans des régions comme le Centre où tout a grillé à cause de la sécheresse, où il ne restait plus un brin d’herbe, les productions en bio ou en conventionnel ont coûté cher puisque les agriculteurs ont dû acheter du fourrage ou prendre dans leur stock pour compenser.

L’élevage laitier ne fait pas exception à la règle : ce n’est malheureusement pas l’agriculteur qui fixe son prix de vente contrairement à beaucoup d’autres professions.

Quelle part des ventes occupe le lait bio sur le marché français ?

C’est un peu moins de 5 % de la collecte laitière française. On n’est pas sur un niveau très élevé comme c’est le cas par exemple en Autriche où il représente quasiment 20 %... Mais il y a tout de même une très forte croissance ces dernières années avec beaucoup d’agriculteurs qui se convertissent.

Dans la région Centre Val de Loire, nombre d’éleveurs arrêtent l'élevage pour se tourner vers la culture céréalière puisque le lait n'est plus rentable.”

La conversion, c’est précisément l’objet de ce projet associé à la Fondation Carrefour ?

Oui. L’idée est d’accompagner les agriculteurs dans leur conversion au bio à l’aide de certains acteurs qui proposent un soutien supplémentaire aux aides de l’Etat (la CAB, conversion à l’agriculture biologique, qui indemnise les agriculteurs conventionnels des surcoûts qu'entraîne la transformation vers le bio, ndlr). La Fondation Carrefour, ainsi que l’embouteilleur LSDH rémunèrent respectivement les producteurs 30 et 20 euros tous les 1000 litres de lait collectés.

Retrouvez l'ensemble de notre dossier sur la transition alimentaire solidaire par ici !

Nous avons développé ce projet il y a un an et demi dans le centre de la France, qui n’est pas une région très laitière à l’origine mais qui est confrontée à un problème de taille. Il existe sur ce territoire un très fort phénomène de céréalisation : nombre d’éleveurs arrêtent l'élevage pour se tourner vers la culture céréalière puisque le lait n'est plus rentable. Si l’on était allé en Bretagne ou en Normandie par exemple, qui sont historiquement des régions très laitières, je ne suis pas sûr qu’elles aient vraiment besoin de nous. Mais on pourrait imaginer la même chose du côté du Grand Est par exemple ou encore du Sud-ouest qui sont des régions plus complexes où il y a beaucoup de choses encore à faire...

Sur place, l’Association des producteurs de lait du bassin Centre (APLBC) s’occupe de l’accompagnement technique au jour le jour des agriculteurs en conversion. C’est également elle qui démarche les personnes intéressées et les intègre au projet : elle en est la cheville ouvrière sur le terrain et au quotidien.

Enfin, la conversion prend environ deux ans : les premières bouteilles devraient arriver en rayon au printemps 2021. Là-dessus, LSDH a fait un gros travail sur le packaging pour proposer des bouteilles composées à 50 % de PET recyclé.

Le projet en chiffres

  • 35 agriculteurs actuellement en conversion qui ont intégré la démarche
  • Des troupeaux moyens de 75 vaches laitières pour chacun d’eux
  • Les premières bouteilles de lait bio en rayon des supermarchés au printemps prochain
  • Une production de 510 000 litres de lait bio grâce au projet

Quelles sont les principales motivations de ces agriculteurs pour se convertir ?

Il y en a plusieurs. Il y a évidemment d’une part un intérêt financier puisque la rémunération dans le secteur est aujourd’hui difficile, mais de l’autre il y a aussi un intérêt personnel. Souvent un sentiment d’être arrivé au bout d'un système, de ne plus vraiment y trouver beaucoup de sens... Et cet aspect joue énormément dans la conversion, il ne faut pas le sous-estimer car c’est un moteur extrêmement puissant, beaucoup plus que le volet financier d’ailleurs.

On remarque d’ailleurs que la conversion ne fonctionne pas toujours lorsque l’agriculteur est uniquement motivé par un meilleur rendement financier.

La région Centre Val de Loire a été choisie pour ce projet car il y a une déprise de l’activité laitière pour des raisons de rémunération, donc cela faisait sens d’aller là-bas.”

Quels sont les objectifs à terme du projet ?

L’idée est bien sûr de répliquer le projet, mais que ce soit avec le WWF France ou pas finalement. Là, il fallait surtout montrer que cela fonctionnait : cette première année fait office de pilote. Il pourra ensuite voler de ses propres ailes, avec d’autres acteurs, d’autres distributeurs, d’autres embouteilleurs, dans d’autres régions...

En partenariat avec la Fondation Carrefour.

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