Multiplier les îlots de végétation "dans une logique d'acupuncture", c'est ce que préconise Nicolas Leroy, de l'Union nationale des entreprises du paysage.
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Environnement

Végétaliser les villes en "acupuncture", une solution pour faire baisser la température

Arrêter de planter des arbres de façon isolée et multiplier les îlots de végétation "dans une logique d'acupuncture", c'est ce que préconise Nicolas Leroy, de l'Union nationale des entreprises du paysage, dans un entretien AFP, pour faire baisser la température dans les villes.

L'Observatoire des villes vertes, qu'il co-préside en partenariat avec Hortis, association de responsables d'espaces verts urbains, relève mercredi que les 50 plus grandes villes françaises ont plus que doublé leur budget moyen par habitant dédié aux espaces verts en 10 ans.

Qu'apporte la végétation en ville ?

"La végétalisation et la renaturation des villes a des effets à la fois sur la santé publique, avec l'amélioration de la qualité de l'air, l'abaissement significatif des températures ressenties et l'augmentation de l'activité physique, avec les circulations voies douces, les parcs, etc. Elle a aussi des effets sur le lien social, parce que les espaces verts redeviennent des lieux de rencontre.

Pour lutter contre la chaleur, il y a d'une part l'ombre directe des arbres et aussi l'effet de l'évaporation de l'eau des végétaux qui va participer à la sensation de rafraîchissement. Sur une ligne de tramway, entre les surfaces minéralisées et les surfaces végétalisées, vous avez un écart minimum de sept à huit degrés au sol. Dans des rues avec des alignements d'arbres et de végétation, vous pouvez avoir des écarts de quatre à cinq degrés à minima de température ressentie à l'ombre des arbres. (...) Si on multiplie un certain nombre d'îlots de végétation pertinents et cohérents, on pourrait gagner entre quatre et sept degrés de température ressentie sur l'ensemble du territoire urbain.

Et pour rappel, il y a deux semaines on était dans des pluviométries excessives sur un certain nombre de territoires. Désimperméabiliser permet également de réduire les inondations, l'engorgement des réseaux ou le rejets dans le milieu naturel d'eau excédentaire polluée."

Comment végétaliser efficacement les villes pour réduire la température ?

"Historiquement, on plantait des arbres pour des opérations d'embellissement. Pour réaménager un quartier, on regardait où devaient passer les réseaux techniques (assainissement, énergie, etc.), où faire circuler et stationner les voitures et s'il restait deux ou trois petits triangles on y mettait un ou deux arbres et trois fleurs. Ce schéma-là, il est à renverser complètement.

Si on met quatre oliviers sur une grande place minérale, on n'aura aucun effet réellement favorable en termes de qualité de l'air ni de rafraîchissement urbain. Il vaut mieux créer une bulle de 20 ou 30 mètres carrés, la désimperméabiliser, planter des arbres, des arbustes, des plantes vivaces et multiplier ces îlots dans une logique d'acupuncture urbaine. Angers, par exemple, a mis en place une stratégie de continuité urbaine : tous les ans ils vont planter au moins un millier d'arbres dans des îlots et ils vont mailler l'ensemble du territoire urbain."

Quels changements constatez-vous dans l'approche des collectivités en matière d'espaces verts ?

"On n'observe pas une augmentation significative du nombre de mètres carrés d'espaces verts par habitant ni du nombre d'arbres par habitant par rapport à 2023, mais on constate une amélioration de la gestion : prise en compte des sols, entretien des végétaux, recherche d'un écosystème efficace. Lors de la campagne pour les élections municipales de 2020, on avait eu des effets d'annonce et une sorte de course à l'échalote à celui qui allait planter le plus d'arbres. Dans la campagne des dernières élections, les propositions étaient beaucoup plus fondées, construites et stratégiques.

Parmi les 50 plus grandes villes françaises, sept sur 10 ont mis en place des politiques d'accompagnement à la végétalisation des jardins, des trottoirs, via des permis de végétaliser en pied de mur par exemple, et de la communication envers les habitants. Végétaliser est particulièrement nécessaire dans des quartiers périphériques, construits dans les années 1950 à 1970 dans une logique de densification urbaine et d'élévation, où les pieds d'immeubles ont été réduits à une circulation voiture et du stationnement. Aujourd'hui tous les grands programmes des villes sont en train de rénover et de réhabiliter ces espaces."

Avec AFP.