Le gouvernement planche sur le plan Ecophyto.
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Environnement

Réduction des pesticides : la stratégie du gouvernement, décriée par les ONG

Le gouvernement s'est défendu lundi de tout recul environnemental dans la nouvelle stratégie de réduction des pesticides Ecophyto 2030, mise en "pause" pendant la crise agricole, et dénoncée par les ONG comme insuffisante pour réduire l'impact de ces produits sur la nature.

Attendue depuis des mois, cette stratégie a finalement été présentée a minima, en visioconférence, par des conseillers des ministres de la Transition Ecologique (Christophe Béchu) et de l'Agriculture (Marc Fesneau et Agnès Pannier-Runacher). Jusqu'à lundi matin, les ministres eux-mêmes étaient censés s'exprimer devant la presse.

Face aux manifestations de colère des agriculteurs, le gouvernement avait annoncé le 1er février la mise sur "pause" des travaux sur cette nouvelle stratégie, Ecophyto 2030, alors en phase de consultation et décrié par une partie de la profession.

La France n'a jamais atteint son objectif de réduire de moitié l'usage des produits phytosanitaires, fixé dans des plans Ecophyto successifs depuis 2008. La nouvelle mouture Ecophyto 2030 renouvelle cet objectif mais avec un nouvel indicateur et une nouvelle période de référence (2011-2013).

"Un vrai travail de prestidigitateur"

L'ONG Générations futures a dénoncé "un vrai travail de prestidigitateur", car, avec ce nouvel indicateur (l'indice européen HRI1) la marche est moins haute pour atteindre l'objectif de réduction de moitié : car la France en serait déjà à -40 % entre 2011 et 2024 avec le nouvel indicateur, selon les schémas présentés dans la nouvelle stratégie.

Ecophyto 2030 "ne permettra pas d'enrayer l'effondrement de la biodiversité", dénonce de son côté le collectif de cinq ONG à l'origine de la procédure "Justice pour le vivant", qui a fait condamner l'Etat sur sa politique de réduction des pesticides. Le tribunal administratif de Paris a donné à l'Etat jusqu'au 30 juin au plus tard pour mieux respecter ses objectifs en la matière et protéger les eaux.

Le syndicat agricole majoritaire FNSEA est lui "satisfait d'avoir un indicateur européen", ce qui "permettra de travailler sur les mêmes objectifs au niveau européen", a déclaré à l'AFP son secrétaire général Hervé Lapie.

Pollution des eaux

"Les ambitions sont là, au rendez-vous. On est sur des ambitions très fortes avec comme enjeu la réduction des phytos", a assuré un membre du cabinet du ministre de la Transition écologique, lundi.

"On a fait une pause et non pas un stop. (...) Rien n'a été supprimé. Il y a eu aucun recul. On garde le cap, on garde les moyens", a-t-on ajouté de même source, estimant que les trois mois de "pause" avaient permis de lever en partie l'"incompréhension" émise par une partie du monde agricole lors des manifestations de l'hiver.

Le cabinet de M. Béchu souligne que le gouvernement a prévu dans le budget 2024 une enveloppe de 20 millions d'euros pour aider les collectivités locales à traiter l'eau destinée à la consommation humaine en cas de "pollutions par des produits phytopharmaceutiques".

"La présence de produits phytopharmaceutiques dans les nappes et rivières" induit des traitements de potabilisation coûtant aux collectivités "entre 260 et 360 millions d'euros par an en France", selon des rapports gouvernementaux cités dans Ecophyto 2030, un document d'environ 80 pages.

"Pas d'interdiction sans solution"

Le ministère de la Transition écologique prévoit aussi d'accompagner davantage "financièrement" les agriculteurs pour qu'ils changent de pratiques en faveur d'une amélioration de la qualité des eaux, affectées par les épandages de pesticides dans leurs champs.

Le gouvernement reprend par ailleurs à son compte le mantra de la FNSEA en affirmant travailler "dans le respect du principe 'pas d'interdiction sans solution'".

L'Etat engage 250 millions en 2024, dont 146 millions spécifiquement dédiés à la recherche d'alternatives pour anticiper le retrait de certaines substances actives au niveau européen.

Un engagement nécessaire pour les syndicats agricoles majoritaires, qui considèrent ces substances comme un "moyen de production" nécessaire pour garantir des rendements élevés, et estiment avoir aujourd'hui moins de produits à disposition que leurs concurrents, y compris européens.

"On est dans une période de transition forte, il faut accompagner les agriculteurs", a souligné Hervé Lapie.

De son côté, le lobby des pesticides Phyteis a salué une "démarche cohérente", mais souhaite que le gouvernement détermine "d'abord les objectifs de production dont dépend notre souveraineté alimentaire, pour fixer ensuite les objectifs les plus pertinents en matière de réduction des risques".

Pour aller plus loin :  "Tout savoir sur l'alimentation bio

Avec AFP.