Quand le littoral recule, nos façons d’habiter le bord de mer doivent évoluer.
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Environnement

Pourquoi est-il si difficile de protéger nos littoraux ?

Face à l’érosion côtière et à la montée du niveau de la mer, la France vient d’adopter une nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) à l’horizon 2030. Son ambition : ne plus seulement chercher à fixer le trait de côte, mais anticiper ses évolutions et adapter progressivement les territoires. Pourquoi est-il devenu si difficile de protéger nos littoraux ?

Le littoral français n’est pas une frontière fixe entre la terre et la mer. C’est un milieu en mouvement, soumis à des dynamiques naturelles qui évoluent elles-mêmes avec le changement climatique.

En France, près de 20 % du trait de côte est aujourd’hui en recul, sous l’effet combiné de l’érosion côtière et de la montée du niveau de la mer. En cinquante ans, 30 km² de terres ont ainsi disparu. Les enjeux sont considérables : un Français sur huit vit dans une commune littorale, qui compte 5,5 millions de logements.

À ces dynamiques s’ajoute notamment le risque de submersion marine, auquel certains territoires sont également exposés.

La nouvelle SNGITC, approuvée par le décret n° 2026-803 du 20 août 2026, part de ce constat. Son programme d’actions 2025-2030 vise à mieux anticiper les évolutions du littoral et à accompagner l’adaptation des territoires concernés. Il prend notamment en compte la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui prévoit environ 4 °C de réchauffement moyen en France hexagonale et en Corse à l’horizon 2100.

Pourquoi ne pas construire davantage de digues ?

C’est l’une des premières questions qui se posent face au recul du trait de côte. Pourquoi ne pas simplement construire des ouvrages pour empêcher la mer d’avancer ?

La réponse n’est pas de renoncer systématiquement à la protection. La nouvelle stratégie nationale encourage plutôt les territoires à adapter leurs réponses aux caractéristiques et aux enjeux de chaque secteur. Elle invite notamment à interroger les alternatives aux logiques défensives, en développant des solutions fondées sur la nature et en prenant en compte les impacts des ouvrages dans la durée.

À plus long terme, lorsque les territoires sont durablement exposés au recul du trait de côte, la stratégie encourage également à repenser leur aménagement et à engager des démarches de recomposition spatiale et d’adaptation progressive.

La nouvelle stratégie : apprendre à vivre avec le recul

C’est le changement de logique central de la nouvelle stratégie.

La SNGITC réaffirme le principe de "vivre avec le recul du trait de côte plutôt que lutter contre". Elle invite les territoires les plus exposés à anticiper dès maintenant leur recomposition, plutôt que d’attendre que l’érosion rende les décisions urgentes.

Cette recomposition spatiale peut notamment consister à adapter progressivement l’aménagement des secteurs exposés et, lorsque cela est nécessaire, à relocaliser les biens, activités, services ou infrastructures concernés.

Cela ne signifie pas que des quartiers entiers vont disparaître du jour au lendemain. L’objectif est au contraire de raisonner sur le long terme, avec des trajectoires d’adaptation différentes selon les territoires.

Les collectivités concernées doivent ainsi élaborer des cartes locales permettant d’identifier les zones exposées au recul du trait de côte à 30 et 100 ans. Ces informations doivent ensuite être intégrées à la planification et aux politiques d’aménagement.

Des solutions plus souples que les ouvrages

Autre évolution mise en avant par la stratégie : donner davantage de place aux solutions fondées sur la nature.

L’idée est de préserver ou de restaurer les écosystèmes littoraux qui peuvent contribuer à réduire certains risques liés à l’érosion et aux submersions marines. Dunes, zones humides, marais littoraux ou autres milieux côtiers peuvent notamment contribuer à atténuer l’énergie des vagues et à limiter certains effets des tempêtes.

Ces solutions peuvent prendre des formes très différentes : renaturation, restauration dunaire, végétalisation, restauration de récifs ou reconnexion entre la terre et la mer. Elles présentent aussi des bénéfices qui dépassent la seule réduction des risques, notamment pour la biodiversité, les paysages et la qualité des milieux.

Mais là encore, il n’existe pas de solution universelle. La stratégie encourage à développer ces solutions et à mieux documenter leur efficacité, afin de pouvoir déterminer dans quelles situations elles constituent une réponse adaptée aux enjeux de chaque territoire.

Alors, que va-t-il arriver aux bâtiments menacés ?

C’est probablement l’une des questions les plus délicates posées par l’érosion du littoral.

La stratégie prévoit de renforcer les outils permettant aux collectivités d’anticiper la gestion du foncier exposé et d’accompagner, lorsque cela est nécessaire, la relocalisation progressive des biens et des activités. Les établissements publics fonciers et le Conservatoire du littoral peuvent notamment être mobilisés pour l’acquisition de foncier et le portage de projets pour le compte des collectivités.

L’objectif est d’anticiper ces évolutions suffisamment tôt pour éviter de se retrouver face à des situations d’urgence. Selon les territoires, l’adaptation pourra passer par différents leviers : évolution de l’aménagement, adaptation des biens existants ou, lorsque cela devient nécessaire, relocalisation.

Cette évolution pose évidemment des questions économiques et sociales : que vaut un bien situé dans une zone appelée à reculer ? Comment financer son déplacement ? Comment organiser la transition pour les habitants, les entreprises ou les activités touristiques ?

La nouvelle stratégie consacre d’ailleurs un axe entier au financement de l’adaptation. Elle prévoit de mieux mobiliser les financements existants et d’explorer de nouveaux leviers pour accompagner les territoires dans la mise en œuvre de leurs stratégies d’adaptation.

Une adaptation qui ne se fera pas partout de la même manière

Il n’existe donc pas une seule manière de gérer le recul du trait de côte en France.

La stratégie insiste au contraire sur la nécessité de tenir compte des caractéristiques propres à chaque territoire : phénomènes physiques, activités économiques, biodiversité, urbanisation, infrastructures, usages et enjeux sociaux.

Les réponses pourront être différentes d’un endroit à l’autre, et même évoluer dans le temps. Dans certains secteurs, un ouvrage pourra continuer à être pertinent. Dans d’autres, une solution fondée sur la nature ou une autre forme d’adaptation pourra être privilégiée. Ailleurs encore, la relocalisation progressive des biens et des activités pourra devenir nécessaire.

C’est tout l’enjeu de la nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte : développer une logique d’anticipation et d’adaptation, en tenant compte des trajectoires propres à chaque territoire.

Car face à un littoral en mouvement, la question n’est plus seulement de savoir comment empêcher la mer d’avancer. Elle est aussi de déterminer où, quand et comment nos territoires peuvent évoluer avec elle.

*À noter que cette stratégie nationale s’articule avec les autres plans et stratégies nationales : Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), Stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML), Stratégie nationale biodiversité, Stratégie nationale de gestion du risque inondation. Elle couvre les espaces littoraux de la France hexagonale, de la Corse et des départements et régions d’outre-mer (DROM).