Humeur

Ours, loups et requins, les boucs émissaires d'une campagne contre le harcèlement sexuel

Une campagne publicitaire contre le harcèlement sexuel a été lancée lundi 5 mars dans les transports d'Île-de-France.
Capture d'écran

Dans une nouvelle campagne contre le harcèlement sexuel lancée dans les transports d'Île-de-France lundi 5 mars, le requin, le loup et l'ours ont été choisis pour incarner le rôle de prédateurs sexuels.

La scène est saisissante, voire effrayante. Plusieurs femmes seules, accrochées à la barre d'une rame de métro, sont plongées dans un environnement naturel hostile, tandis qu'un requin, un loup et un ours s'apprêtent à attaquer. Qu'est ce qui justifie de pareilles images placardées dans le métro parisien ? Une campagne publicitaire qui proclame : « Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel. Victimes ou témoins, donnez l'alerte ». Ainsi donc les créatifs d'une agence publicitaire n'ont rien trouvé de mieux que de prendre des prédateurs naturels pour incarner les déviances humaines.

La méthode me rappelle celle de Jean-Jacques Annaud qui, il y a quelque trois décennies, avait jugé utile de mettre en scène des vautours s’attaquant à une voiture pour vanter les mérites de Hertz. Déjà, à l'époque, l'affaire avait scandalisé les milieux naturalistes, tandis que le réalisateur regrettait en toute bonne foie, d'avoir entaché les campagnes de réhabilitation des vautours initiées, à l'époque, pour réintroduire les oiseaux dans le ciel cévenol. Comment, en ce début de 21ème siècle, peut on récidiver avec une méconnaissance totale de la sensibilité du grand public ? L'agence qui a initié cette campagne peut elle prétendre au professionnalisme quand l'ours, présenté tel un être redoutable, vient d'être jugé (sondage IFOP, mars 2018) à 84 % par les Français, comme devant s'épanouir dans les Pyrénées ? Que dire du loup qui lui aussi est accepté à 76 % par les Français (sondage IFOP septembre 2013) et du requin qui est enfin réhabilité après les massacres odieux dont il fut victime ?

Une campagne validée au niveau régional

Mais plus que l'incompétence de l'agence, c'est la validation de la région Île-de-France qui pose problème. Sa présidente, Valérie Pécresse, fut notamment ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, une responsabilité qui impose un minimum de compétences environnementales. Or, non seulement elle assume, mais elle confirme : « les harceleurs ne sont pas des hommes, mais des prédateurs ». Pathétique vision lorsqu'on sait que les scientifiques sont unanimes à considérer l'homme comme le premier prédateur de la planète. Il est curieux de constater que lorsqu'un homme se comporte de manière inacceptable, on dit de lui qu’il est bestial. Pourquoi ne pas dire qu'il est inhumain ?

Pendant que les ours, les loups et les requins vont une fois encore personnifier la luxure et la violence, on continuera d'exhiber les femmes en petites tenues pour vanter de puissantes cylindrées....