Les directions hospitalières sont souvent contraintes de privilégier les dépenses de soins immédiats au détriment de l’entretien et de la modernisation du patrimoine bâti.
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Environnement

Pour David Illouz (R’Écologie), l'hôpital public doit mobiliser davantage les CEE pour accélérer sa rénovation énergétique

Alors que la vague de chaleur étouffe les infrastructures de santé, le système hospitalier se retrouve pris au piège d’un patrimoine immobilier hérité des « années béton », inadapté au changement climatique. David Illouz, dirigeant de R-Écologie, acteur de la rénovation, décrypte les leviers financiers privés pour basculer d'une gestion de crise à une anticipation structurelle. 

Des couvertures de survie scotchées sur des vitrages, des draps humidifiés et des blocs de glace devant des ventilateurs d’appoint. En ce mois de juin 2026, les images qui s'échappent de plusieurs services hospitaliers décrivent un grand bricolage logistique. À l’hôpital Robert-Ballanger (Seine-Saint-Denis), la température des chambres exposées plein sud frôle les 45 °C, poussant des patients à réclamer leur sortie. Aux urgences de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis ou à l’Hôtel-Dieu de Nantes, le constat est net : l'absence de rafraîchissement devient une « perte de chance » clinique pour les malades chroniques. Face à des vagues de chaleur prolongées qui s'imposent comme la norme, le secteur cherche la clé pour briser sa paralysie structurelle. « On ne peut plus feindre la surprise chaque été », commente David Illouz, dirigeant de R-Écologie. « L'aléa météo est devenu un paramètre de gestion courante. » 

Le recours au système D 

Face à la chaleur, le pays adapte ses services publics : mairies fermées l'après-midi et déchetteries ouvertes uniquement le matin sont à l'ordre du jour. À l’hôpital public, cette flexibilité est impossible. Soumis à une obligation de continuité, le système de santé fait face alors que l'activité des SAMU enregistre des hausses d'appels de 20 % à 30 %. L’institution doit prendre en charge un flux de populations fragiles dans une infrastructure en surchauffe, sans possibilité d'alléger son activité. 

Le parc immobilier subit le poids de sa sédimentation historique. Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), près de 60 % des établissements ont plus de 25 ans. Les blocs de béton des années 1960 et 1970, comme à Nantes ou à Villepinte, agissent comme de lents accumulateurs de chaleur. En l'absence d'isolation par l'extérieur, les façades exposées plein sud transforment les chambres de médecine classique en étuves. 

Dans ces unités, la forte chaleur déstabilise les patients : elle aggrave les insuffisances rénales et modifie l'effet de certains traitements lourds, comme les chimiothérapies. « Quand vous arrivez aux urgences avec un coup de chaleur, le seul traitement qui marche, c'est se refroidir. Si on ne peut pas, c'est une perte de chance », résume Mathias Wargon, chef des urgences de l'hôpital Delafontaine. Faute d'infrastructures résilientes, la réponse s'est déplacée vers des expédients artisanaux : linges humides, ventilateurs et couvertures de survie sur les fenêtres.  

Le mirage de la climatisation mécanique 

Au centre de tous les débats actuels, les climatiseurs apparaissent alors comme la solution immédiate. Pourtant, la généralisation du refroidissement mécanique pose des difficultés majeures. Les hôpitaux publics figurent parmi les plus gros consommateurs d’énergie du secteur tertiaire, représentant 12 % de la consommation de cette catégorie selon la FHF. L'installation massive de groupes froids alourdirait les factures dans un contexte post-inflationniste et exposerait les réseaux à des pannes par surcharge, à l'image des urgences de Toulon en 2025, contraintes de délocaliser une partie de leurs activités. De plus, rejeter des calories en extérieur alimente les îlots de chaleur urbains. 

L'adaptation repose plutôt sur la capacité du bâtiment à rejeter le rayonnement solaire. À la clinique Jules-Verne de Nantes, la mise en place passive de films solaires et de stores extérieurs aide à maintenir une température acceptable dans les espaces d'accueil. «  C’est le premier levier évident : la sobriété par l'architecture passive », note David Illouz. Pour les structures neuves, comme le futur CHU de Nantes prévu pour 2028, la maîtrise thermique est intégrée dès la conception grâce au triple vitrage et à des châssis à stores sur la moitié de la surface. D'autres établissements exploitent les ressources locales : l'hôpital des Quinze-Vingts à Paris utilise la fraîcheur de la Seine, tandis que des centres hospitaliers en Polynésie déploient un système pompant l'eau de mer en grande profondeur (SWAC) pour refroidir les circuits internes. 

La rénovation énergétique, clé pour David Illouz 

Reste à financer ces mesures. Le volet immobilier du Ségur de la santé (7,5 milliards d'euros en 2021) s'est principalement concentré sur la dette et la vétusté globale des établissements, alors même que celle-ci atteignait 60,5 % en 2023. Exclus du Fonds Vert en raison de leur statut, les hôpitaux sont aujourd’hui confrontés à un besoin d’investissement estimé à près de 27 milliards d’euros, dont 9 milliards pour la seule rénovation thermique des 32 CHU français.  

Sous forte contrainte budgétaire, les directions hospitalières sont souvent contraintes de privilégier les dépenses de soins immédiats au détriment de l’entretien et de la modernisation du patrimoine bâti. Cette situation les enferme dans un cercle coûteux : factures énergétiques élevées et imprévisibles en hiver, recours à des solutions de refroidissement d’urgence en été, multiplication des interventions de maintenance et vieillissement accéléré des équipements. 

Le recours aux Certificats d'Économies d'Énergie (CEE), dont la sixième période (2026-2030) accorde une place centrale aux rénovations globales et aux opérations de décarbonation, est alors vu comme une alternative viable pour la rénovation énergétique des hôpitaux. Pour David Illouz, dirigeant de R’Écologie, les CEE constituent une véritable source de « financement invisible » : « contrairement à une idée largement répandue, les CEE ne sont pas une subvention publique mais un mécanisme de financement privé. Il s’agit d’un dispositif particulièrement pérenne et sécurisé, indépendant des arbitrages budgétaires de l’État. » La réglementation impose en effet aux fournisseurs d’énergie de contribuer au financement des opérations d’efficacité énergétique sous peine de pénalités financières.  

« La prime CEE ne constitue toutefois qu’une première brique du financement, ajoute David Illouz. La véritable valeur ajoutée réside dans l’ingénierie financière qui permet de compléter cette contribution par des solutions de financement adaptées aux capacités budgétaires des établissements, afin de limiter, voire de neutraliser, le reste à charge initial pour l'établissement tout en préservant la capacité d'investissement des hôpitaux ». La promesse est que dès les premiers mois d'usage, les économies, issues de la baisse des consommations d’énergie, de la réduction des coûts de maintenance et de l’amélioration des performances des équipements, soient visibles. Selon David Illouz, dont l’entreprise construit des montages permettant aux établissements de lancer des opérations de rénovation énergétique sans immobiliser des ressources financières importantes, « dans de nombreux cas, les économies d’exploitation réalisées contribuent directement à couvrir les échéances de financement, ce qui permet à l’établissement de moderniser son patrimoine tout en maîtrisant son budget de fonctionnement ». 

Face à l'obsolescence structurelle du patrimoine hospitalier, la répétition désormais prévisible des vagues de chaleur condamne donc le modèle historique de la simple réaction estivale, et oblige à réfléchir à des ingénieries novatrices, pour améliorer le confort des patients et du personnel soignant, tout en diminuant l'empreinte carbone et les charges.