Environnement

Les grenouilles, victimes de la tradition

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Au risque de passer pour un ancien combattant, je garde en mémoire ma rencontre avec Indira Gandhi, première ministre de l'Inde, qui m'avait annoncé sa volonté de mettre un terme au commerce des grenouilles exportées en France pour finir sous forme de cuisses rôties.

En faisant ce choix, elle avait clairement conscience d'amputer un potentiel économique non négligeable pour son pays. Mais elle craignait de perdre bien davantage : le rôle essentiel des grenouilles dans les zones humides. Suite à un vaste commerce, leur absence commençait à favoriser la résurgence de nombreux insectes, dont des moustiques, vecteurs de pathologies. L'action des grenouilles limitant cette potentialité paraissait essentielle pour maintenir un état sanitaire acceptable. Lucide du nécessaire maintien des équilibres naturels, Indira Gandhi a mis en application son projet. L'exportation de grenouilles a été suspendue. La France s'est alors tournée vers certains pays de l'est qui se sont empressés de compenser...

Agonie du vivant

Outre l'impact dans les milieux naturels, on ne peut passer sous silence la méthode odieuse qui consiste à obtenir les fameuses cuisses. On coupe la grenouille vivante avec des ciseaux... tout simplement ! En France, voilà près de 5 siècles que l'on consomme des grenouilles, particulièrement en Franche-Comté. Cette tradition culinaire a amené l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauve (ONCFS) à y regarder de plus près. Pour la saison 2018, 740 personnes se sont vu autorisées la capture de près de 1,5 million de grenouilles rousses pour les seuls départements franc-comtois ! Apparemment, ce prélèvement considérable n'y suffisait pas. Les gardes de l'ONCFS ont saisi quelque 170 nasses illégales, permettant de relâcher 17 950 grenouilles et 10 m3 d'oeufs dans le milieu naturel. Dans la foulée, les agents ont également procédé à la saisie de 1 270 amphibiens d'espèces protégées, prédatrices de la grenouille. L'ensemble de ces procédures ne représente qu'une trentaine d'infractions relevées. Il y en a sûrement davantage. Quoiqu'il en soit, elles sont passibles de plusieurs dizaines de milliers d'euros d'amendes, voire d'emprisonnement mais, quand on sait que chaque grenouille peut être vendue jusqu'à 80 centimes l'unité, on devine que la tentation de braconnage est grande. Une fois encore, la tradition conduit à l'agonie du vivant.