Environnement

Recyclage des piles : comment ça marche ?

©Syda productions/Shutterstock

L’opération « 1 pile = 1 don, de l’énergie pour le Téléthon ! » vient de débuter et se déroulera jusque mi-décembre. L'occasion d’en savoir plus sur cette action de sensibilisation et son objectif.

Screlec-Batribox en partenariat avec l’AFM-Téléthon, Mondial Relay et les Lions club a mis en place depuis 2014, une collecte nationale et solidaire ouverte à tous pour soutenir le Téléthon. Le principe ? Pour chaque tonne de piles récupérées, 250 euros sont reversés au profit de l’AFM-Téléthon pour la recherche médicale. Les tonnes collectées sont de leur côté recyclées et servent à la fabrication de nouvelles piles, batteries et objets usuels en métal. A l’occasion de cette opération qui se déroule jusqu’au 15 décembre, nous avons rencontré Emmanuel Toussaint Dauvergne, directeur général de Screlec-Batribox, éco-organisme expert en matière de recyclage des piles.

Emmanuel Toussaint Dauvergne, directeur général de Screlec-Batribox
©Screlec

Comment et pourquoi s’est créé ce partenariat entre votre éco-organisme chargé du recyclage et l’AFM-Téléthon ?

Aujourd’hui, le public demande une solution de facilité pour se débarrasser de ses piles ainsi qu’une bonne raison de les sortir du tiroir. Le motif environnemental n’était plus suffisant. Nous avons donc trouvé une solution pour donner au geste de tri des piles une utilité supplémentaire. D’où la coopération avec cet acteur social pour la quatrième année consécutive. Ce type de projet fait partie intégrante de notre volonté de mettre en place de nouveaux canaux de collecte et inviter les autres filières à faire de même.

Comment fonctionne le recyclage des piles en France ?

Tout part du principe du pollueur payeur. Celui qui crée un produit est responsable de son élimination. Dans la pratique, la France a institué en 1992 les éco-organismes. Les adhérents versent une éco-contribution volontaire à une société agréée par l’Etat (à but non lucratif) pour qu’elle prenne en charge la fin de vie de leurs déchets, c’est à dire les collecter, les trier et les traiter. Dans la mise en œuvre, n’importe quel organisme détenteur de piles et de batteries peut nous appeler. Nous mettons alors en place un point de collecte chez lui. Lorsqu’un volume minimum est atteint (60 kg), nous envoyons un prestataire les récupérer. Les piles et batteries seront triées selon leur composition afin de les orienter vers des unités de recyclage adéquates car chaque pile et batterie a sa méthode de recyclage ! Par exemple les piles alcalines sont d’abord broyées. La coque métallique est envoyée dans des grands fours qui fondent les métaux parfois jusqu’à 1500 °C et la poudre qui se trouve à l’intérieur est envoyée dans d’autres unités pour en extraire principalement le zinc, parfois le manganèse. Tandis que les batteries d’ordinateur portable sont traitées après broyage dans des bains acides pour en extraire le lithium et les autres métaux. Certains métaux extraits sont ainsi réutilisés pour fabriquer des clés, des vélos ou encore de nouvelles piles et batteries, favorisant ainsi le principe d’économie circulaire. On optimise ainsi l’usage de nos ressources dans une boucle écologiquement vertueuse. L’ensemble des métaux peuvent avoir une seconde vie et il devient alors inutile de puiser dans nos matières premières.

Pouvez-vous expliquer davantage dans quelle mesure votre activité de recyclage s’inscrit dans ce nouveau concept d’économie circulaire, plus respectueux de l’environnement pour la production de biens et de services ? 

Premièrement, en revalorisant les métaux stockés dans ces piles. Car si une pile périme, les métaux qui sont à l’intérieur, eux, ne disparaissent jamais ! Donc, soit ils finissent avec les ordures ménagères, soit ils ont une seconde vie grâce au recyclage et cela préserve l’environnement. En effet, nous limitons ainsi la consommation des matières premières naturelles. Deuxièmement en créant de l’emploi en faisant le choix de réaliser 99 % de notre activité en France. Selon une enquête nationale réalisée par l’association Rudologia à notre demande notamment, la filière aurait généré 624 emplois. Enfin, Screlec s’évertue à collaborer en priorité avec des acteurs de proximité. Nous faisons souvent appel à des acteurs de l’économie sociale et solidaire plutôt qu’aux grands industriels. Par exemple, pour la collecte en Corrèze, nous travaillons avec l’Association de Ramassage Briviste pour la Revalorisation de l’Environnement (ARBRE) qui emploie des personnes en réinsertion professionnelle.

Y a-t-il encore des zones en France où le recyclage des piles et batteries reste compliqué et pour quelles raisons ?

En Guyane, il n’y a qu’une seule déchetterie et pas de routes à l’intérieur des terres. Dans ces conditions, le strict respect de la réglementation sur le transport des piles complexifie notre mission. A Saint-Pierre-et-Miquelon, il y a une énorme énergie déployée pour développer la collecte de piles. Cependant, le recyclage s’effectuant en Amérique du Nord, les normes locales sur le transport et le recyclage de déchets dangereux compliquent notre activité.

Quels sont à vos yeux les perspectives et les défis à venir ?

Il faudrait que les pouvoirs publics obligent les différentes filières du déchet à se coordonner et mutualiser pour un meilleur service de proximité à destination des habitants et des entreprises. A l’avenir, je pense que le recyclage se fera plus facilement car c’est aussi une question de génération. La nôtre n’a pas suffisamment été sensibilisée à la préservation de l’environnement. Ceux qui auront vécu le recyclage dans leur quotidien, agiront mieux demain. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, nombreuses de nos actions visent les écoles, comme « Piles solidaires » : si un écolier rapporte une pile à l’école, il contribuera à éclairer une ville d’un pays en voie de développement. A tous les échelons, nous faisons en sorte qu’un déchet devienne un moyen d’action.