Environnement

Comment protéger efficacement l'océan face au réchauffement climatique ?

Anastasia Taioglou

Une équipe internationale de quinze chercheurs, dont des Français issus du CNRS, de l’Iddri et de l'Université de la Sorbonne, viennent de  publier une étude qui estime le potentiel de 13 solutions apportées par l’océan pour lutter contre le changement climatique. De quoi privilégier celles qui marchent vraiment.

Depuis 2015 et la 21ème Conférence de l'ONU sur le climat organisée à Paris, la plateforme Océan et Climat insiste sur le rôle crucial de l'Océan dans la mitigation climatique : en véritable "zone tampon", il absorbe la chaleur issue de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre issue de nos activités (93 % de l’excédent d’énergie ) et près de 30 % du CO2 émis par ces mêmes activités.

Cette chaleur et ce CO2, une fois absorbés, ne restent pas sans conséquence : l'eau s'acidifie, l'oxygène se réduit, la vie marine souffre et le nombre de zones qualifiées de mortes se multiplient un peu partout (elles ont quadruplé depuis 50 ans) dans les eaux du globe. A terme, l'Océan ne pourra peut être même plus remplir ce rôle : en arrivant à saturation, le basculement pourrait avoir lieu et inverser la vapeur...

Aussi l'étude internationale publiée le 4 octobre dernier dans Frontiers in Marine Sciences entend-elle rappeler une fois encore le rôle de l'Océan dans la mitigation climatique et insister sur le besoin de prendre en compte des aspects lors de la prochaine conférence internationale de l'ONU, la COP24 à Katowice (Pologne) en fin d'année. En rappelant que la température de surface moyenne a déjà augmenté de 0,83°C et que le pH a diminué de 0,11 unité (soit une hausse de 30 % de l'acidité des eaux océaniques), les chercheurs insistent surtout sur le besoin de bien gérer l'Océan pour respecter les objectifs de l'accord de Paris.

Quatre champs d'action

Au total, pas moins de 13 solutions réparties dans quatre grands champs d'action ont été passées au crible. Reprenons, champ par champ, ces solutions existantes.

Parmi les premières choses à faire : réduire les causes du dérèglement climatique. Comment ? En développant les énergies marines renouvelables, la restauration et la conservation des végétaux captant et stockant du CO2. Il est également possible de fertiliser l'océan (en ajoutant du fer soluble pour augmenter la production de phytoplancton), de l'alcaniser (en ajoutant des substances alcalines, comme du carbonate de calcium) et trouver des moyens d'en augmenter le stockage de CO2. Sans oublier, bien sûr, de protéger en créant des aires marines protégées, en réduisant la pollution, en restaurant les régimes hydrologiques côtiers.

Second champ d'action : la lutte contre la surexploitation des ressources

Troisième possibilité : la gestion du rayonnement solaire, en modifiant le pouvoir réfléchissant des nuages ou de l'océan.

Dernier point : la manipulation des capacités d'adaptation biologique et écologique des espèces, en relocalisant des espèces ou, pire, en optant pour une "évolution assistée" - notamment les modifications génétiques...

Aperçu d'une évaluation des solutions

Les plus pertinentes

Si ces solutions ne sont pas toutes"également réalistes, efficaces ou pertinentes (...) elles représentent des pistes concrètes sur lesquelles gouvernements et populations doivent réfléchir ensemble". Les plus "décisives", pour les chercheurs sont celles qui présentent un ratio bénéfice/risques avantageux, telles les "énergies renouvelables marines [qui] ont de nombreux bénéfices et présentent peu de difficultés à être mises en œuvre".

Pour réduire localement les risques supportés par les écosystèmes, il sera utile de se tourner vers la réduction des pollutions, la lutte contre la surexploitation océanique, l'"évolution assistée" et la relocalisation des espèces. Comme le résume bien Actu Environnement : "Modification génétique des espèces à part, ces solutions sont "sans regret" : elles apportent de vrais bénéfices locaux, même si elles ne résolvent pas le problème global des changements climatiques."

Celles qui posent vraiment problème ? Les solutions de géo-ingénierie ou de modification génétique : fertiliser l'océan, l'alcaniser et modifier le pouvoir réfléchissant des nuages sont les solutions globales au potentiel le plus élevé, mais à quel prix ? Elles ne sont technologiquement pas abouties et peu maîtrisées, si bien que les chercheurs ne peuvent recommander leur mise en oeuvre à grande échelle.

Pour voir un résumé illustré de l'ensemble du rapport et des 13 solutions évoquées, l'animation suivante vous sera utile :

Il est aussi nécessaire, pour les auteurs de l'étude, de réfléchir au mode de gouvernance à adopter pour mettre en oeuvre l'ensemble de ces chantiers : la protection de l'Océan et la gestion des côtes sont déjà encadrées, mais quid de mesures plus globales, comme la gestion du rayonnement solaire, qui dépassent les habitudes de coopération internationale et nécessitent des modes de financement inédits ?

A son échelle

En attendant que l'ensemble des Etats avancent, s'ils avancent, sur ces solutions, vous pouvez agir en téléchargeant par exemple l'application Ocean's Zero, récemment mise au point par Surfrider Foundation :

Comme le rappelle l'ONG assez souvent : "jeter par terre, c'est jeter en mer"... Il ne faut juste pas laisser tomber, à petite ou grande échelle !