En France, il y a en moyenne 5 398 décès chaque année à cause de la chaleur. C’est le constat du rapport d’Oxfam publié ce jeudi 18 juin. Mais la population n’est pas touchée de manière égale. L'étude souligne notamment des inégalités entre les femmes et les hommes face aux canicules. Ces dernières ont 65 % plus de risque de mourir à cause de la chaleur que les hommes. Elles sont également deux fois plus susceptibles de décéder d’un infarctus. La cause : leurs symptômes sont moins rapidement identifiés. En moyenne, leurs prises en charge intervient 30 minutes plus tard que les hommes.
Nabila Bouatia-Naji, directrice de recherche de l’INSERM, explique dans le rapport : "Les femmes victimes d’un infarctus du myocarde sont régulièrement mal prises en charge, surtout si elles présentent des formes inhabituelles, car plus spécifiques des femmes. Trop souvent encore, cette urgence cardiologique grave est considérée comme rare chez les femmes, où elle est mal décelée faute de réaliser l'imagerie médicale rapidement. Quand nous comprendrons mieux l'infarctus des femmes, elles pourraient être mieux soignées."
Les recommandations faites par l'Oxfam
Pour pallier ses manquements, l’Oxfam propose des pistes : "Améliorer, entre autres, la formation des soignant·es à la détection des problèmes de santé sensible au sexe et au genre et investir dans la recherche médicale sur les risques spécifiques aux femmes. Soutenir les travaux de recherche des femmes, entre autres en introduisant des quotas pour les publications scientifiques. En complément, former les professionnel·les de santé à une prise en charge non-discriminatoire, comme le recommande la Défenseure des droits."
Les fortes chaleurs ont aussi un impact sur le déroulement des grossesses : le risque d’une naissance prématurée est aggravé de 26 %. Oxfam prévoit qu’en 2050, une naissance sur dix à Toulouse aura lieu avec des températures d’au moins 30 °C, augmentant des risques liés aux grossesses.
Une réalité largement documentée
Déjà pendant la canicule meurtrière de 2003, le nombre de décès chez les personnes de plus de 55 ans était 15 % plus élevé chez les femmes que chez les hommes du même âge, selon une étude publiée par plusieurs chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 2006.
Selon une enquête publiée en 2021 dans la National Library of Medecine, des chercheurs ont évalué des causes possibles, à l'instar des différences de sudation. Concrètement, les femmes transpirent moins que les hommes, ce qui rend l’évacuation de la chaleur corporelle moins efficace. Elles sont aussi plus susceptibles de développer des problèmes cardiovasculaires en période de canicule. Cette surmortalité s'explique aussi par des facteurs sociaux. Les femmes âgées sont davantage susceptibles de vivre seules, rendant l'identification des situations d'urgences et la prise en charge plus difficiles
D’autres inégalités mises en lumière
Par ailleurs, dans son rapport, l’Oxfam soulève d’autres types d’inégalités. Territorial tout d'abord : en 2025, les 10 département les plus pauvres ont enregistré une mortalité liée à la chaleur 31% supérieur à celle des 10 département les plus riches.
L’Oxfam a fait différentes recommandations, parmi lesquelles :
- lutter contre le changement climatique en sortant de la dépendance aux énergies fossiles;
- faciliter l’accès aux soins avec un plan de redressement du système de santé de 6 milliards d’euros par an;
- rénover les hôpitaux dont 59,5 % sont vétustes et 37 % d’entre eux sont construits en zone inondable.