Le gisement des déchets dangereux généré par l'industrie ne cesse de croître, générant une activité rémunératrice pour les géants des services environnementaux, comme Suez.
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Suez prêt à absorber des flux croissants de déchets dangereux près de Paris

Dépollution des friches industrielles, évolution des exigences environnementales, et développement du recyclage : le gisement des déchets dangereux généré par l'industrie ne cesse de croître, générant une activité rémunératrice pour les géants des services environnementaux, comme Suez, Veolia ou Séché Environnement.

Dans l'usine Suez de Villeparisis (Seine-et-Marne), plantés au milieu de collines verdoyantes, des silos gris accueillent quotidiennement le chargement de dizaines de camions : point de blé ou de colza, mais de l'amiante, des résidus de fumées d'incinération, ou de fours d'aciéries. Après avoir été contrôlés, analysés en laboratoire et tracés, une partie des déchets part directement dans des "alvéoles" de stockage, creusées dans le sol argileux.

Pour protéger le sous-sol, il y a "une obligation réglementaire de reconstituer une barrière argileuse de cinq mètres", complétée par des barrières supplémentaires, constituée de membranes et de textiles en polymères, avec des matériaux drainants "pour collecter les eaux et pouvoir les pomper par la suite", explique Arthur Maupas, responsable du site de Villeparisis. 

Au-dessus de ces alvéoles, une couverture étanche est placée pour prévenir le risque de pollution atmosphérique. Une autre partie des déchets doit d'abord passer par une autre étape: sous le gigantesque hangar gris qui jouxte les silos, un malaxeur les mélange avec des réactifs et des eaux polluées pour constituer une sorte de béton, qui permettra un stockage sous forme solide et d'éviter ainsi de disséminer des polluants.

Comme dans une douzaine d'autres sites de stockages de déchets minéraux dangereux en France, "on est au bout de la chaîne, on reçoit les déchets qui n'ont pas pu être valorisés, qui n'ont pas pu être traités", explique Florence Bruyat-Korda, directrice générale de Suez IWS Minerals. Et le gisement de ces déchets qui contiennent le plus souvent des métaux lourds, avec des risques potentiels pour l'environnement et la santé s'ils ne sont pas gérés correctement, ne cesse de croître.

Activité rentable

"Le marché est en croissance", confirme Michel Durrmeyer, directeur général de la branche déchets dangereux de Suez, qui évoque "plusieurs mouvements de fonds" en France, parmi lesquels la lutte contre l'artificialisation des sols, qui encourage la dépollution des friches industrielles. Pour absorber cette croissance, Suez a obtenu l'autorisation d'étendre son site de Seine-et-Marne, pour absorber 250 000 tonnes de déchets dangereux par an, sur 20 ans et accroître ainsi de 30 % ses capacités de stockage à l'échelle de la France. Autre moteur de croissance, la recherche de nouveaux polluants, comme les PFAS, aussi appelés polluants éternels.

"On a fait de nombreux essais toute l'année dernière avec différents types de déchets, différents types de PFAS, à différentes concentrations, et mesuré que les déchets, une fois stabilisés, ne relarguaient plus ces molécules", a indiqué Mme Bruyat-Korda. Les déchets dangereux représentent environ 10% du chiffre d'affaires du groupe, selon M. Durrmeyer, qui rappelle l'acquisition l'an dernier de l'Italien Gruppo Ecosistem. Son rival Veolia n'est pas en reste, qui a annoncé en novembre dernier l'acquisition de l'Américain Clean Earth, pour une valeur d'entreprise de trois milliards de dollars.

Un appétit qui s'explique par la rentabilité de ces relais de croissance, nettement plus élevée que celles des activités traditionnelles comme l'eau municipale ou les déchets non dangereux. L'extension de son site a permis à Suez d'annoncer le gain de trois contrats en France pour "plusieurs dizaines de millions d'euros, auprès de Storengy, filiale d'Engie spécialisée dans le stockage souterrain de gaz naturel, le fournisseur de services environnementaux B+T Group, et Eurenco, spécialiste des explosifs, propulseurs et combustibles militaires.

Avec AFP.