Education/Citoyenneté

Les femmes, en pointe du combat pour le climat

© Valentin Belleville / Hans Lucas / AFP

Greta Thunberg, Anuna De Wever, Kyra Gantois, Nakabuye Flavia... Ces jeunes filles sont devenues les figures d'une jeunesse militant pour le climat qui, à l'image d'autres mouvements pour l'environnement, sont investis en force par les femmes.

Paris, 22 février. La Suédoise de 16 ans Greta Thunberg, à l'origine d'un mouvement de grève d'élèves pour le climat, tient une conférence de presse avec d'autres adolescents venus de Belgique, d'Allemagne et de France pour montrer leur engagement. Parmi eux que des filles, à une exception près.

Les femmes sont présentes en force en France dans des mouvements pour le climat créés après l'électrochoc de la démission en août de Nicolas Hulot du poste de ministre de la Transition écologique et qui participent aujourd'hui à un bouillonnement d'initiatives. Chez Citoyens pour le climat, né à l'automne, "nous sommes beaucoup plus de femmes actives que d'hommes", constate une bénévole, Laure Tollari, 48 ans. Le collectif ne tient pas de statistiques, mais les femmes représentent environ les deux-tiers des 500 personnes actives, selon plusieurs membres. "Les femmes ne jouent pas un rôle, elles sont au cœur même de la lutte contre le changement climatique", insistait Patricia Espinosa, responsable climat de l'ONU à l'occasion de la journée du droit des femmes.

Des femmes maires, des entrepreneures, venues de tous les continents, sont associées au sein du réseau Women4climate pour mieux faire entendre leur voix. "La présence plus forte des femmes dans les mouvements environnementaux est notée depuis des décennies", constate Emilie Hache, philosophe et maîtresse de conférences à l'université Paris Nanterre, qui travaille sur l'écologie politique. Les femmes "s'occupent des personnes les plus vulnérables, les nourrissons, les enfants, les personnes âgées", plus susceptibles d'être victimes du dérèglement climatique, poursuit la philosophe pour expliquer cet intérêt. De plus "les femmes ont très longuement été identifiées à la nature (...) du côté du corps, moins du côté de la raison", rappelle-t-elle. Pour les femmes, "il paraît légitime de se soucier des autres", complète la sociologue Carole Gayet, qui étudie plus largement l'engagement citoyen de proximité. Certaines militantes justifient leur action par la volonté d'agir pour leurs enfants ou par le fait par les femmes font partie des premières victimes du dérèglement climatique.

Parole plus audible

Pendant longtemps, cette prédominance féminine n'a pas spécialement retenu l'attention. Si la donne a changé, c'est "certainement lié à me too", juge Emilie Hache. "La parole des femmes est plus audible et légitime." L'écologie citoyenne fait partie "des causes délaissées par les hommes", ce qui laisse plus de place aux femmes pour s'y investir, analyse la sociologue Vanessa Jérôme, qui suit notamment les partis écologiques. "Il y a plus de femmes car il n'y a pas de pouvoir à prendre", résume-t-elle. Beaucoup de ces associations sont dotées d'une organisation horizontale, plutôt que pyramidale où les décisions sont prises par un nombre restreint de personnes. "C'est plus facile pour les femmes d'y trouver leur place", estime Laure Tollari, qui dit apprécier "le côté non violent, pacifique, horizontal" de Citoyens pour le climat.

Camille Lichère, étudiante en mathématiques à la Sorbonne Université à Paris, fait partie de l'association LUPA (les universitaires planteurs d'alternatives), née en 2016, dont les deux-tiers des membres actifs sont des jeunes femmes. "Dès qu'il s'agit de prendre un rôle de représentant, il n'y a plus du tout de femmes", constate-t-elle. "Ce sont des mouvements émergents, il faudra voir s'il y aura encore autant de femmes dans quelques années", avertit la sociologue Vanessa Jérôme.

Les militantes ne portent pas toutes un message féministe, même si à certaines occasions comme le 8 mars, journée du droit des femmes et de la grève pour le climat des jeunes, des slogans communs ont fleuri. "Plus je lis sur la crise climatique, plus je réalise combien le féminisme est crucial. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde durable à moins que tous les genres et les personnes soient traités également", tweetait Greta Thunberg.

Avec AFP.