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La Normandie se dote d'une monnaie régionale: le Rollon

Le Rollon permettra d'alimenter les circuits-courts.
©De Borys Vasylenko/Shutterstock

Une quarantaine de monnaies locales complémentaires existent en France actuellement. Mais aucune ne s’était encore étendue à l’échelle d’une région. La Normandie fait office de précurseur en proposant à ses habitants « le Rollon », la première monnaie régionale de France.  

La Normandie voit grand. Elle avait déjà deux monnaies locales complémentaires en circulation, l’Agnel à Rouen et Le Grain au Havre. Mais cette fois-ci, sous l’impulsion d’Hervé Morin, président de la région Normandie, une monnaie à l’échelle régionale va voir le jour au printemps 2018. Une première en France. L’objectif est de développer l’économie normande en intégrant les critères de développement durable et de circuit court. « Cet argent va circuler en boucle. Les habitants achètent en Rollon à l'épicerie, l'épicier mangera dans un restaurant qui se fournira chez un boucher normand qui lui-même achètera la viande auprès de producteurs locaux qui feront appel à des fournisseurs de la région pour d'autres travaux. En payant toutes ces activités en Rollon, on fait fonctionner l'économie locale. Nous cherchons ainsi à maintenir l’attractivité sur les territoires et redynamiser les bourgs et les commerces de proximité », espère Lynda Lahalle, conseillère régionale déléguée à l’économie sociale et solidaire. « De plus, dans le contexte de réunification de la basse et de la haute Normandie en une seule et même région, la création de cette monnaie a du sens. Elle va permettre de valoriser le savoir-faire et favoriser le sentiment d’appartenance à la Normandie », ajoute-t-elle. 

Le Rollon : une monnaie locale 100% numérique

Fait plutôt rare en France, la monnaie sera 100% numérique. « Nous voulons que cette monnaie soit vue comme un service et non comme une contrainte par les commerçants, les artisans, les citoyens qui vont l’utiliser. Nous avons fait en sorte qu’elle soit la plus simple possible d’utilisation », explique Gérard Heit, président de l’association de la monnaie normande citoyenne. C’est pourquoi dès le départ, la solution de paiement numérique a été adoptée. Les utilisateurs pourront choisir entre une carte de paiement gratuite rechargeable via une application smartphone ou payer directement via cette même application. « Les commerçants seront référencés sur un site. Les clients pourront, grâce à une application, géolocaliser les prestataires qui acceptent la monnaie normande près de chez eux. De plus, elle est paritaire à l’euro donc pas besoin de faire une double comptabilité et nous ne prendrons aucune commission sur les paiements contrairement à la carte bancaire », affirme Gérard Heit. « Et puis pourquoi pas, d’ici quelque temps, nous espérons que nous pourrons payer aussi les transports en commun, la piscine et bien d'autres services. Une dizaine de collectivités sont déjà prêtes à se lancer dans l’aventure », renchérit-il.

Les monnaies locales partenaires du Rollon

L’association de la monnaie normande citoyenne a été créée en novembre 2017 afin de réunir autour du projet tous les acteurs économiques et citoyens qui souhaitent apporter leurs compétences. « Les monnaies locales sont les bienvenues si elles le souhaitent car nous avons besoin de leur expérience. Nous ne sommes par en concurrence avec elles mais complémentaire », assure Gérard Heit. « La personne qui utilise l’Agnel à Rouen ne peut pas l’utiliser en dehors de ce territoire. Avec le Rollon, elle pourra payer partout en Normandie avec une monnaie dématérialisée. Commerçants et artisans pourront acheter normand et non plus uniquement rouennais ou havrais. Plus il y a de possibilités dans la boucle, plus la monnaie circule. Le niveau régional semble donc être un niveau idéal pour une monnaie locale complémentaire », conclut-il.

Les commerçants devront signer une charte d’engagement au développement durable

Les prestataires qui accepteront le Rollon devront signer une charte dans laquelle ils s'engagent à avoir une démarche de développement durable. « Prenons l'exemple d'un commerçant qui est dans une commune où personne ne collecte les piles usagées, il pourra proposer de servir de points de collecte pour le secteur. Au bout d’un an, nous ferons une vérification des engagements pris », avance Lynda Lahalle. Pour lancer cette monnaie qui devrait être active dans deux zones tests d’ici la fin mars, l’association fera appel à un prestataire de service qui ira voir les commerçants afin de leur expliquer la démarche et le fonctionnement de l’application numérique. Aujourd’hui, une quarantaine de monnaies locales existent en France mais aucune sur un territoire aussi vaste qu’une région. Parions que beaucoup d’entre elles ont désormais les yeux rivés sur la Normandie et attendent avec intérêt les résultats de cette expérimentation.