QUESTION DE LA SEMAINE

Création d'une convention citoyenne pour le climat : espoir pour la planète ou énième comité "Théodule" ?

Le président Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse le 25 avril.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Pensez-vous que le conseil citoyen de défense écologique annoncé par Emmanuel Macron fera bouger les lignes ? Voici la question que nous vous avons posée cette semaine. ID fait le point sur les implications de cette déclaration et vous propose de retrouver dans cet article les avis que vous avez exprimés. 

Cette semaine, ID a voulu connaître votre opinion à propos des - maigres - annonces faites par le président de la République lors de sa conférence de presse le 25 avril. Durant les deux minutes trente consacrées à la transition climatique – l’un des quatre grands piliers du Grand Débat – Emmanuel Macron a déclaré que deux nouvelles instances pour le climat allaient prochainement être créées : un conseil de défense écologique, et une convention citoyenne

Pensez-vous que le "conseil citoyen de défense écologique", annoncé par Emmanuel Macron, fera bouger les lignes ?

Choix

Une Convention Citoyenne – ou Conseil de Participation Citoyenne – sera créée en juin 2019. Elle sera composée de 150 citoyens, tirés au sort, dont la mission sera de "redessiner toutes les mesures concrètes d’aide aux citoyens sur la transition climatique" afin de les rendre "plus efficaces". Il a également déploré le fait que les mesures actuelles comme les aides financières proposées aux particuliers pour changer de voiture ou de chaudière soient "trop complexes ou trop peu connues". Cette convention pourra également proposer, si besoin, d’autres mesures "incitatives ou contraignantes" et "proposer des financements". Le Président s’est ensuite engagé à ce que les résultats de cette convention soient "soumis sans filtre, soit au vote du Parlement, soit à un référendum, soit à une application réglementaire directe". 

Ce Conseil de Participation Citoyenne remplacera le CESE – le Conseil Économique Social et Environnemental – créé par la constitution de 1958. Une proposition de réforme constitutionnelle devrait ainsi être présentée devant le Parlement pendant l'été, mais le tirage au sort sera réalisé en juin par le CESE actuel. "À côté des grandes forces vives économiques, sociales et associatives qui y sont présentes et qui portent les grands sujets, je souhaite que l'on puisse avoir des citoyens tirés au sort qui viennent compléter cette assemblée et qui lui permettra ainsi de représenter pleinement la société dans toute sa diversité et sa vitalité" a déclaré Macron lors de la conférence. L'un d'entre vous déplore ce projet de réforme : 

C'était aux CESE d'évoluer et de devenir les gardiens du développement durable !!!"

Changement de méthode et restructuration

Les annonces du président ont recueilli le soutien de personnalités telles que Daniel Cohn-Bendit, selon qui le changement de méthode serait indispensable pour espérer réussir la transition économique. Selon lui, "le problème de la transition écologique, ce n’est pas l’annonce de nouvelles mesures, mais la manière de les faire accepter dans la société" (des propos rapportés par Le Monde). Il considère qu’impliquer davantage les citoyens dans les instances décisionnaires augure d’une volonté de mettre en œuvre "un processus d’acceptation", qui pourrait se révéler utile dans le cas de mesures impopulaires. 

L’un d’entre vous réagit également avec optimisme en le considérant comme un outil à saisir :

À ceux et celle qui y seront de faire en sorte… Essayer partout, par tous les moyens. C’est sûr que si on baisse les bras… Courage d’affronter les obstacles, intelligence de saisir toutes les opportunités."

Un autre de nos lecteurs se montre plus radical et désireux de voir le gouvernement subir une totale restructuration :

La structure même du gouvernement empêche une véritable politique écologique, il faut restructurer tous les ministères suivant le triptyque du développement durable : environnement (l'agriculture, la pêche et les eaux et forêts, l'urbanisme), économie (chargé de ventiler les fruits de la gestion des ressources ou des services privés), société (justice, police, santé, éducation, en un mot les services d'Etat) : ceci pour développer une politique cohérente ayant pour seul but de gérer, au mieux, les ressources pour satisfaire en premier les besoins vitaux de tous."

Fini les blabla, place à l’action !

Nombre d’entre vous semble irrité par ces annonces. Vous considérez en grande partie que la création d’instances délibératives s’est révélée être insuffisante par le passé et qu’il est temps de prendre des mesures concrètes : 

[…] C’est des actions, des vraies, qu’il faut maintenant… Les bla bla bla, les créations de commissions machin de conseil truc ça sert à rien […]."

Les représentants de nombreuses ONG environnementales ont partagé leur déception à la suite de ces déclarations. Ils dénoncent le manque de mesure concrète, remplacé par la création d’énièmes instances. Parmi eux, Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France qui s’estime "trahi" après le Grand Débat : "l’écologie a été l’objet de très nombreuses propositions des Français au cours de cette concertation, notamment des jeunes. Au final, il n’en sort strictement rien, si ce n’est l’annonce de nouvelles instances énigmatiques".

Vous avez été nombreux à dénoncer un "greenwashing gouvernemental" :

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que c'est pour amuser la galerie et gagner du temps."

Greenwashing gouvernemental. Parler, prendre quelques mesures qui font croire, mais agissent à contre-sens. On a l'habitude !"

Un nouveau comité "Théodule" ? 

Pierre Larrouturou, économiste et candidat aux élections européennes – sur la liste PS-Place Publique – compare lui cette nouvelle instance à un comité "Théodule" :

Le "comité Théodule" est une expression sortie de la bouche de Charles de Gaulle, lors d’un discours prononcé en 1963. Il critiquait alors l’inefficacité des comité français chargés des négociations durant la guerre d’Algérie, qu’il qualifiait d’"inutiles".

La question se pose, en effet, lorsque l’on considère que de nombreux comités chargés de la transition écologique existent déjà. Le Parisien en dénombre plus de 60 recensées dans le projet de loi finances 2019. Le journal rapporte les propos d’un conseiller ministériel qui qualifie certaines de ces instances de "coquilles vides", qui "ne servent à rien". 

Les clefs en main, la tête ailleurs ?

Les ONG se désolent également de la création d’instances délibératives, car selon elles, il n’y a plus à délibérer : "les solutions sont déjà connues et ont déjà été débattues" assène Jean-François Julliard, qui s’étonne que l’on sorte "d’une concertation pour finalement entrer dans une autre". La présidente de WWF France, Isabelle Autissier rappelle que près d'1,5 millions de "citoyens ont d’ores et déjà exprimé leurs attentes dans le cadre de débats publics". Pourquoi, dès lors, confier la responsabilité des discussions à 150 citoyens tirés au sort ? 

De plus, le GIEC - Groupe intergouvernemental d'experts sur le changement climatique - a publié en octobre 2018 un rapport dans lequel il liste "les impacts d'un réchauffement climatique global de 1,5°C par rapport à la période pré-industrielle" mais où il livre également des feuilles de route proposant des solutions concrètes à adopter et "les trajectoires d'émissions de gaz à effet de serre à suivre pour limiter le réchauffement à 1,5°C". 

Quoiqu'il en soit, la question écologique s'est révélée être la grande absente de la conférence de presse du président portant sur les résultats du Grand Débat. Elle a uniquement été abordée sous sa version climatique, sans que ne soient détaillés les différentes implications concernant la biodiversité, l'alimentation ou l'énergie, et a laissé la place aux questions sociales et institutionnelles.