Education/Citoyenneté

À Arras, le budget participatif permet à tout le monde de s'exprimer

Frederic Leturque, maire d'Arras
©Mairie d'Arras

Pour la deuxième année consécutive, la ville d'Arras met en place un budget participatif. Une manière de donner la parole à ses habitants.

Dans la ville d'Arras, les habitants ont leur mot à dire. Depuis l'année dernière, la municipalité a mis en place un budget participatif. Une enveloppe d'argent public est mise à disposition dans le cadre d'un grand appel à projets. Les Arrageois ont l'occasion de proposer des projets et donner leur avis à travers un vote populaire. Rencontre avec le maire de la ville, Frederic Leturque.

Vous avez mis en place l'année dernière un budget participatif dans la ville d'Arras. Qu'est-ce qui a mené à cette solution ? 

Ce n’est pas une solution. C’est plutôt la suite logique d’une volonté, qui existe depuis une vingtaine d’années, de travailler avec les habitants. Le budget participatif est une manière de faire progresser cette relation, d’encourager les habitants à proposer des projets, qui sont ensuite mis en débat au niveau local par un processus de vote. Ça permet à tous de s’exprimer, se positionner et donc d’accélérer les améliorations. C’est une occasion de ne pas passer à côté des idées des habitants.  

C’est une forme de démocratie participative ?

Je pense que c’est plus qu’une démocratie participative : c’est la démocratie au sens où elle devrait s’exercer, en général. Nous avons simplement mis quelques clés de sécurité pour préserver cet outil d’habitants avec les habitants.

Pour ça, nous avons un comité local : le comité « Synergie », composé d’une quinzaine de personnalités qui ont eu envie d’aller plus loin. Et parmi eux, il y a seulement un ou deux élus locaux. Nous voulions que cet argent public soit ouvert à des initiatives locales portées par les habitants.

Cinq ou six projets ont été retenus et je ne suis intervenu, ni de près, ni de loin

De mémoire, l’année dernière, il y a eu environ 150 projets déposés. Nous avons ensuite organisé une grande réunion qui rassemblait tous les porteurs de projet pour qu'ils dialoguent : il y avait des projets qui étaient voisins, et d’autres, concurrents. Finalement, c’est une quarantaine de projets qui ont donné lieux à un vote grand public. Il y a eu une forte participation, c’était encourageant. Cinq ou six projets ont été retenus et je ne suis intervenu, ni de près, ni de loin. Nos services ont simplement accompagné la construction et la faisabilité technique des propositions sélectionnés.

Y-a-t-il eu un projet remarquable, qui vous a surpris ?  

Au lycée Savary-Ferry, par exemple, c’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé. Ce lycée avait depuis longtemps manifesté son souhait de voir son environnement proche réaménagé. Le projet a donné lieu à un travail partagé entre les habitants du quartier, les enseignants et les lycéens.

Il y a eu aussi le projet d’aménagement d’un terrain de football américain. Nous avons une équipe, qui existe depuis trois ou quatre ans, mais qui, jusqu'ici, n'avait pas les aménagements nécéssaires : ils devaient jouer sur le terrain de rugby de la ville. Ils ont donc proposé d’investir dans du matériel, pour adapter le terrain à leur pratique. Le projet a été retenu de manière assez étonnante, puisque le football américain n’est pas très connu à Arras. Ce sera le premier projet concrétisé et inauguré à la fin du mois. Les joueurs sont contents, ils accueillent de nouvelles recrues et les spectateurs sont plus nombreux lors des matchs, puisqu’ils ont, en même temps, bénéficié d’une petite promotion médiatique.

L'enveloppe mise en place pour ce budget participatif était de 120 000 euros en 2017 : c’est la même en 2018 ? À quel pourcentage cela correspond-t-il sur le budget global de la ville ?

Le budget d’investissement global s'élève, en moyenne, entre 15 et 17 millions d’euros, selon les années, donc ce n’est pas une somme écrasante par rapport au budget global. Mais ce qui m'importe, c’est surtout la dynamique que ça génère, le travail collectif qui en découle, entre les habitants et avec nos équipes. Elles sont elles-mêmes parfois un peu bousculées par les propositions des habitants.

C’est important de continuer à encourager cet esprit d’initiative.

Cette année, je met en place une ligne budgétaire supplémentaire, en interne, qui va permettre à nos équipes de proposer ce qui leur parait important pour améliorer l’ergonomie, les conditions de travail, la qualité des services, d’accueil pour les usagers lorsqu'ils viennent en mairie ou dans un lieu sous la responsabilité de la ville. C’est important de continuer à encourager cet esprit d’initiative.

À combien s'élèvera ce budget là ? 

Je ne sais pas encore, il est en préparation. Aux alentours de 50 000  euros certainement. Mais ce n’est pas le montant qui m’intéresse : ça pose une relation différente entre les habitants et les élus. Ils ont parfois la prétention de croire qu’ils sont les seuls à savoir ce qui est bon pour la ville. Ils doivent aussi comprendre qu’ils ont un mandat, confié par les habitants. C’est important de leur donner la parole quand on veut qu’une démocratie existe et vive. Il faut, en permanence, dialoguer, échanger, se montrer à l’écoute : c’est comme ça qu’on fait progresser un territoire.

 

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab, cliquez ici.

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