Selon son espèce, un requin peut posséder entre 190 et plus de 1 000 dents. Mais ce chiffre pourrait bien diminuer. Une étude publiée dans la revue Frontiers in Marine Science alerte sur les effets de l’acidification des océans. Un phénomène provoqué par l’absorption d’environ 30 % du CO₂ émis par les activités humaines, entraînant une baisse du pH de l’eau de mer.
Selon les chercheurs, cette modification chimique pourrait fragiliser la dentition des requins, voire entraîner la perte de leurs dents. Une menace de plus pour ces redoutables prédateurs, essentiels à l’équilibre des écosystèmes marins.
Un renouvellement trop lent des dents
Dans la synthèse de leur étude, publiée dans Frontiers in Marine Science, les chercheurs précisent : "Nos résultats montrent que l’acidification des océans aura des effets significatifs sur les propriétés morphologiques des dents, notamment une corrosion visible sur la couronne, une dégradation des structures racinaires et une perte de détails fins de la dentelure dans des conditions de faible pH."
En temps normal, les requins perdent régulièrement leurs dents, un processus naturel compensé par une repousse continue. Mais selon les spécialistes, l’acidification pourrait bouleverser ce cycle : la baisse du pH ralentirait la régénération dentaire. Résultat, les dents tombées ne seraient plus remplacées assez rapidement, menaçant à terme la dentition des squales. À savoir que les dents des requins sont un véritable atout pour ces prédateurs, ils permettent de découper de la chaire.
Nous avons observé des dommages visibles tels que des fissures et des trous, davantage de corrosion à la racine et un affaiblissement structurel.
Le dérèglement climatique en première cause de ce changement
À l’origine de cette menace : le réchauffement climatique. Les océans absorbent aujourd’hui près d’un tiers du dioxyde de carbone émis par les activités humaines. Résultat : l’eau devient plus acide. Actuellement, le pH moyen des océans est de 8,1. Mais si les émissions de CO₂ continuent d’augmenter au rythme actuel, il pourrait chuter à 7,3 d’ici la fin du siècle soit une acidité multipliée par dix. Un niveau critique qui aurait un impact considérable sur les dents des requins, en fragilisant leur structure et en ralentissant leur régénération.
Sur le site de Frontiers in Marine Science, Sebastian Fraune, coauteur de l’étude, détaille les observations faites en laboratoire. Les chercheurs ont comparé deux types de dents de requins : l’une immergée dans de l’eau ayant un pH de 8,1 soit le niveau actuel des océans et l’autre dans une eau simulant le pH futur, plus acide. "Nous avons observé des dommages visibles tels que des fissures et des trous, davantage de corrosion à la racine et un affaiblissement structurel", explique l’expert. Ces dégradations pourraient à terme compromettre la capacité des requins à chasser et à se nourrir, affectant leur survie.
Malgré ces constats préoccupants, il est peu probable que l’on observe des requins totalement dépourvus de dents dans les 10 à 15 prochaines années. Selon Sebastian Fraune, une adaptation progressive pourrait survenir dans les océans. Toutefois, ces évolutions pourraient s’accompagner de changements notables dans le comportement de chasse des requins, contraints de s’ajuster à une dentition affaiblie.