Les conservateurs britanniques, largement minoritaires au Parlement, préparent un projet de loi visant à lever les obstacles aux forages pétroliers et gaziers en mer du Nord, afin de favoriser l'accès aux ressources fossiles nationales. Ils font ainsi écho aux critiques récurrentes de Donald Trump, qui reproche depuis des mois au gouvernement travailliste britannique — confronté à des prix de l'énergie parmi les plus élevés d'Europe — de ne pas exploiter suffisamment ses gisements offshore et de favoriser l'éolien.
"Allez chercher votre propre pétrole !", a encore lancé mardi le président américain sur son réseau Truth Social, sans nommer explicitement de pays, mais en affirmant dans le même message avoir "une suggestion pour tous ces pays qui n'ont plus de kérosène à cause du détroit d'Ormuz, comme le Royaume-Uni".
"Forer en mer du Nord" tout en développant "d'autres sources de production", constitue "le seul moyen de protéger les familles contre la hausse des factures, de maintenir un coût de l'énergie abordable pour les entreprises et de maîtriser l'inflation", plaide dans une tribune Kemi Badenoch, cheffe de file des conservateurs. Le gouvernement britannique travailliste a pourtant promis d'interdire toute nouvelle licence d'exploration de gisements dans la zone, pour des raisons environnementales, même s'il a un peu assoupli sa politique en novembre.
Quels effets à attendre ?
Si les partisans de la mesure mettent en avant des gains rapides en matière de sécurité et d'indépendance énergétique, les experts interrogés par l'AFP soulignent des limites importantes, tant pour le pétrole que pour le gaz. "La partie à laquelle le Royaume-Uni a accès est un bassin très mature et en voie d'épuisement. La quantité de pétrole et de gaz qu'il est possible d'en extraire a atteint son pic à la fin des années 90 et n'a cessé de diminuer depuis", relève Tessa Khan, avocate spécialiste de l'environnement, interrogée par l'AFP.
De plus, la production d'un État peut difficilement être tournée d'emblée vers sa consommation domestique. "Le Royaume-Uni est intégré aux marchés internationaux du pétrole et du gaz, et nous devons continuer à y participer car nous avons besoin d'importer", explique Simon Cran-McGreehin, analyste au centre de réflexion britannique Energy and Climate Intelligence Unit.
Or, les prix sont fixés sur ces marchés, en fonction de l'offre et de la demande, et la faible production britannique influe peu, voire pas du tout, sur ces cours. En outre, "tout nouveau pétrole ou gaz ne serait disponible que bien après la fin de la crise" actuelle, observe le UK Energy Research Centre (UKERC), un groupe de recherche britannique, dans une note récente.
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Quelles solutions pour le Royaume-Uni ?
La quête d'indépendance énergétique est revenue en force depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, comme en 2022 lors de l'invasion russe de l'Ukraine, qui avait fait exploser les prix du gaz. Deux options reviennent souvent parmi les experts : celle de la moindre consommation d'énergies fossiles et celle d'un développement accru des renouvelables. "Le Royaume-Uni possède l'un des plus grands marchés éoliens offshore au monde", souligne Tessa Khan. "Nous avons déjà des projets d'énergie renouvelable qui attendent d'être raccordés au réseau", les délais sont potentiellement "bien plus courts" que s'agissant des projets fossiles.
D'autant qu'en matière de créations d'emplois, l'un des arguments mis en avant par les conservateurs, les énergies renouvelables semblent offrir plus de perspectives. Selon une étude de l'Université Robert Gordon rendue publique l'an dernier, la main d’œuvre dans le secteur du pétrole et du gaz pourrait être divisée par deux d'ici début 2030, contre un quasi-triplement attendue d'ici 2035 dans les renouvelables.
Avec AFP.