Conso

Les piles dites « jetables » peuvent en réalité être régénérées !

©Regen Box

Les piles alcalines, classées parmi les jetables, sont en réalité régénérables. C’est un secret bien gardé qu’une association française, Atelier 21, tente de mettre à jour, en diffusant un appareil en open source.

L’univers des piles se divise en deux : d’un côté les piles rechargeables, de l’autre, les piles alcalines à usage unique. Ces dernières portent la mention « Ne la chargez pas ou ne la jetez pas au feu – elle risque d’exploser ou de fuir ». L’avertissement est décourageant à souhait. Pourtant, contrairement à ce qu’affirme cette mention, les piles alcalines peuvent être régénérées ! C’est un secret bien gardé que l’association Atelier 21, qui promeut les énergies renouvelables, est en train de déterrer.

L’Américain d’origine autrichienne Karl Kordesch, l’un des inventeurs de la pile alcaline, a lui-même breveté une technologie permettant de les régénérer, dans les années 1980. Elle est distincte de celle des chargeurs pour piles dites « rechargeables » (Il ne sert à rien d'y placer des piles alcalines). Il est allé jusqu’à commercialiser un appareil, baptisé Rayovac, qui pouvait les recharger jusqu’à 25 fois ! Deux ans après sa commercialisation, le Rayovac disparaissait de la circulation. Et les piles alcalines étaient rangées dans la catégorie « jetable ».

Un vieux brevet refait surface

Le brevet de Karl Kordesch est aujourd’hui tombé dans le domaine public. Atelier 21 met la main dessus en 2015 et décide de redonner vie à cette technologie. En 2016, la Regen Box, inspirée du Rayovac, mais dont les plans sont en open source, est prête. Une campagne de crowdfunding est lancée pour trouver une communauté d’une centaine de testeurs de l’appareil, pour affiner ses capacités et déterminer quelles marques et types de piles fonctionnent le mieux pour la régénération. Atelier 21 annonçait, le 8 février dernier, les résultats de l’expérience.

Précisons que des machines similaires sont vendues ici et là, sur Internet. « Après Karl Kordesch, des fabricants chinois ont mis sur le marché des régénérateurs, raconte Thomas Ortiz, membre d’Atelier 21. Ils les ont vendus comme des produits miracles et disaient « vous allez pouvoir recharger toutes vos piles non rechargeables ». En fait, ça n’est pas forcément et tout le temps vrai. Il y a des conditions. Nous, ce qu’on voulait, ça n’était pas vendre un énième nouvel objet miracle. » L’équipe veut proposer une machine à régénérer les piles qui fonctionne en toute transparence, sans fausse promesse.

Economies importantes

Que disent donc ces premiers résultats ? Ils sont très encourageants. Les testeurs se sont concentrés pour cette fois, sur les piles AA. « En moyenne, lorsqu’on régénère une pile, on arrive à récupérer la moitié de sa capacité initiale, annonce Matteo, un stagiaire électronicien qui a participé à l’expérience. Donc, si dans votre télécommande, vous mettez votre pile, qu’elle dure six mois et que vous la régénérez ensuite pendant une journée [c’est le temps qu’il faut pour cela], vous pourrez la réutiliser au moins trois mois, voire plus en fonction des piles. » Au bout de la deuxième régénération, vous avez donc déjà économisé une pile !

Atelier 21 fait maintenant appel à de nouveaux testeurs pour affiner les résultats et être capable, bientôt, de dire précisément quels types de piles et quelles marques fonctionnent le mieux pour la régénération. L’enjeu est important chez nous. Environ 1,2 milliards de piles et accumulateurs portables ont été mis sur le marché français en 2013, dont 74,2 % de piles alcalines, selon le Syndicat français des fabricants de piles et d’accumulateurs portables (SPAP), soit 75 par foyer. Et le taux de collecte en vue de recyclage atteint 37,5% en 2014, selon l’Ademe.

Question cruciale dans les pays peu électrifiés

Et dans certaines régions d’Afrique, par exemple, la question des piles est cruciale. « Certains pays sont très peu électrifiés, précise Cédric Carles, autre membre d’Atelier 21. On y utilise des piles alcalines pour faire les devoirs le soir, écouter la radio… Cela représente un budget non négligeable pour les familles et des impacts environnementaux. Nous avons déjà envoyé des Regen Box à tester au Maroc et nous le feront bientôt au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso pour que des essais soient aussi menés là-bas. »