"Treize avalanches dans la même journée, c'est du jamais vu": les secours en montagne de Savoie, sursollicités lors d'un week-end meurtrier au cours duquel six personnes ont péri dans les Alpes, ont lancé lundi un énième appel à la prudence.
C'est même un "coup de gueule" que Frédéric Bonnevie, président de l'Association des directeurs de services de pistes, a poussé depuis les hauteurs de Courchevel, après ces journées au lourd bilan, "très difficiles" aussi pour ses équipes.
"C'est toujours rageant puisque souvent on fait beaucoup de pédagogie, d'information, de prévention", comme ce week-end où le ski hors-piste était fortement déconseillé en raison du risque "fort" d'avalanche (4/5), poursuit-il.
Malgré tout, "on se fait malmener, certaines fois aussi insulter, on nous dit +je m'en fous, je fais ce que je veux+", déplore-t-il. "Il faut que tout le monde se prenne en charge, qu'il y ait vraiment cette prise de conscience que cela n'arrive pas qu'aux autres."
Derrière lui, les hélicoptères se succèdent sur le spectaculaire promontoire surplombant la station savoyarde, d'où les équipes du Peloton de Gendarmerie de Haute-Montagne (PGHM) et les CRS de montagne rayonnent dans les vastes domaines skiables des alentours.
En ce lundi matin, une nouvelle avalanche vient d'être signalée à La Plagne, où un skieur britannique est décédé dimanche hors piste. Aussitôt alertée, une équipe de cinq personnes (un pilote, un mécanicien, deux secouristes et un médecin) bondit toute équipée dans un petit hélicoptère.
- "Un univers dangereux" -
Alors qu'il décolle, la ministre des Sports Marina Ferrari se trouve sur le tarmac, venue louer le "travail exceptionnel" des forces de secours, confrontées à un épisode "extrêmement intense": 16 avalanches en deux jours, dont 13 dimanche, un nombre "jamais vu", "exceptionnel", confirment plusieurs secouristes.
Et qui s'accompagne d'un bilan très lourd: six morts, dont un pisteur secouriste de Haute-Savoie, et une dizaine de blessés dont trois grièvement. Nombre de ces skieurs ont été pris au piège par des avalanches alors qu'ils évoluaient hors piste.
"La montagne reste un univers dangereux et lorsqu'on passe des consignes de sécurité, il faut les respecter à tout prix", insiste la ministre, elle-même Savoyarde.
Et si les skieurs décident de sortir des pistes balisées, on ne veut plus les voir "sans détecteur de victime d'avalanche (DVA), sans pelle, sans sonde. Aujourd'hui ce n'est plus entendable, plus acceptable", assène Frédéric Bonnevie.
A Val d'Isère, faute de DVA, les secours ont dû compter sur les téléphones portables pour localiser deux hommes ensevelis samedi sous 2,5 mètres de neige, mais trop tard pour les ranimer.
- "Gérer les familles" -
Pourquoi tant d'imprudence ? Et pourquoi tant d'avalanches ?
Pour le major Xavier Géraud, chef de détachement par intérim de la CRS Alpes-Savoie, il y a eu une concordance de facteurs météo, la nouvelle neige tombant sur un manteau vieux de cinq semaines et "très dur", avec beaucoup de vent, créant des couches très fragiles. Les skieurs, fatigués de pratiquer "sur du carrelage", se sont rués sur cette poudreuse, quitte à "prendre certains risques supplémentaires", estime-t-il.
Les secouristes de montagne sont régulièrement confrontés aux décès et bénéficient d'une aide psychologique pour y faire face. "Ramasser un cadavre, c'est terrible. Mais gérer les familles derrière, ça fait encore plus mal", lâche-t-il.
Sully, un berger belge malinois de 5 ans, fait partie des secouristes qui ont été le plus sollicités ce dimanche avec cinq interventions successives, relate son maître, le gendarme Julien Choubard. "Il était vraiment bien fatigué le soir, et il l'est encore..."
"C'est très dur, en ce moment la neige est très légère, on en a jusqu'au bassin, donc il faut réussir à progresser, le chien est souvent dans nos traces parce qu'il n'arrive pas à avancer", explique-t-il.
Au-delà de la fatigue physique, qu'il partage avec son compagnon, il revient souvent au maître-chien, après avoir parcouru "au moins deux fois" le site de l'avalanche, de déterminer si les recherches de victimes enfouies peuvent cesser, une décision qui peut s'avérer "éprouvante", relate le jeune homme.