Lorsque les températures grimpent, les rails en acier se dilatent, se déforment, et dans certaines cabines de pilotage, des conducteurs étouffent. La canicule bouscule aussi les transports en commun.
Infrastructures et matériels roulants sont soumis à rude épreuve, ce qui nécessite une réactivité immédiate des équipes techniques de maintenance, et une adaptation des comportements, font valoir les opérateurs, RATP comme SNCF, interrogés par l'AFP.
Mercredi après-midi, sous l'effet de la chaleur, le rail de guidage de la ligne 6 du tramway Viroflay-Chatillon-Montrouge, s'est peu à peu dilaté à hauteur de Velizy (Yvelines, sud de Paris). Gondolé au-dessus de l'asphalte, le rail recourbé a provoqué l'arrêt du trafic jusqu'à jeudi en milieu de journée, le temps de faire les réparations en urgence, a indiqué la RATP à l'AFP.
Les équipes ont travaillé dans la nuit et jeudi matin, pour remplacer dans l'urgence plusieurs mètres de rails. Pour les passagers, la RATP a mis en place des bus de substitution le temps de l'intervention.
En été, la température des rails peut atteindre 60°C lorsque la température de l'air approche les 40°C, souligne SNCF Réseau, chargé de l'entretien des voies du réseau ferroviaire national.
Depuis plusieurs années, la SNCF a mis en place un "plan canicule" pour coordonner ses réponses dans une France qui se réchaufferait de 4°C. Il est actualisé annuellement depuis trois ans.
Les équipes SNCF Réseau prennent en compte quotidiennement les prévisions transmises par Météo France. Des tournées de surveillance des infrastructures sont organisées de jour comme de nuit.
Les rails ne sont pas les seuls surveillés. Les systèmes de signalisation sont maintenus "hors de chaleur" par des climatiseurs dans les locaux techniques les plus sensibles.
Les caténaires qui transmettent l'électricité peuvent aussi se détendre en cas de forte chaleur. Poulies et contrepoids permettent de les maintenir toujours tendus.
Une enquête doit notamment déterminer si la coupure d'alimentation électrique qui a provoqué l'arrêt en pleine campagne de deux TGV lundi près de Lyon, est due à la chaleur ou à une autre cause, a promis le ministre Philippe Tabarot.
- "tenir compte du contexte" -
Conséquences en cascade de cet épisode, une voyageuse qui voulait aider un passager incommodé par la chaleur s'est vue verbalisée pour avoir ouvert une porte de la rame Ouigo immobilisée sur les voies, privée de climatisation et étouffante.
L'agent avait estimé que le comportement de la voyageuse aurait pu mettre en danger les autres passagers, l'ouverture des portes sur les voies étant interdite pour des raisons de sécurité.
Devant la polémique qui s'en est suivie sur les réseaux sociaux, SNCF Voyageurs a finalement renoncé mercredi à l'amende.
À Paris, dès que la température atteint 57°C sur les rails, la vitesse des métros est réduite.
Entre le 15 mai et le 15 septembre, des relevés de température de rail sont réalisés chaque jour à la RATP, qui a aussi déployé des capteurs connectés pour disposer de la température en temps réel du rail sur les parties aériennes de son réseau.
Pour les agents, en particulier les conducteurs de bus, particulièrement exposés dans leur poste de conduite vitré, la RATP a autorisé le port du bermuda ou d'une jupe pour les conductrices.
Pour les conducteurs de métro, la RATP a expérimenté auprès d'une dizaine d'agents du RER des "gilets rafraîchissants" ainsi que des semelles rafraîchissantes pour les agents circulant sur le ballast, très chaud en été.
Le matériel roulant ancien, comme les voitures Corail des trains Intercités dont certaines accusent 50 ans d'âge, ne peuvent plus suivre. La SNCF a ainsi supprimé par anticipation une trentaine d'Intercités sur les lignes Paris-Clermont, Paris-Orléans-Limoges-Toulouse et Bordeaux-Marseille d'ici le weekend, car la climatisation a du mal à fonctionner au-delà d'une certaine température, transformant les rames en fournaise pour les passagers.
"C'est fou d'avoir encore des trains des années 80 qui circulent" a déploré sur RTL Fabien Villedieu, secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail. "Sur les deux jours en question il y aura quand même 30.000 trains qui circuleront normalement" a pour sa part relativisé Philippe Tabarot jeudi en sortant d'une réunion à Matignon consacrée à la canicule.
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