Si les ventes de voitures électriques s'envolent sous l'effet de la hausse du prix des carburants, les Français restent encore largement réticents à franchir le pas, entre craintes anciennes sur le prix et l'autonomie et inquiétudes nouvelles liées à l'hypertechnologie.
L'enquête annuelle du cabinet Deloitte, menée dans 27 pays auprès de 28.000 consommateurs au 4e trimestre 2025, montre que seulement 10% des Français déclarent vouloir passer au 100% électrique pour leur prochaine voiture, neuve ou d'occasion, contre 9% un an plus tôt. Et ils sont toujours 44% à choisir le thermique et 23% l'hybride non rechargeable.
Un chiffre qui contraste avec la forte demande d'avril, où 28% des achats de voitures neuves des particuliers portaient sur des modèles électriques.
"Cela montre le caractère temporaire de certains comportements d'achat par rapport au réservoir naturel d'acheteurs", estime Guillaume Crunelle, expert chez Deloitte, en référence à l'impact de la hausse de l'essence et du diesel depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
"Pour les voitures électriques, il y a un alignement des planètes entre conjoncture et efforts des vendeurs" dans les concessions, précise-t-il.
Les motifs de méfiance des consommateurs restent concentrés sur le "trio noir" des véhicules électriques: d'abord le prix - celui de la voiture, cité par 46% des sondés, et celui du remplacement de la batterie (39%) - suivi du temps de recharge (37%) et de l'autonomie (37%).
Vient ensuite, notamment, l'absence d'une borne de recharge à domicile: 59% des Français disent ne pas en disposer alors que 63% voudraient en priorité charger chez eux.
Côté motivation, la réduction du coût de l'énergie arrive largement en tête, mentionnée par 46% des Français, ainsi que les moindres frais de maintenance. En revanche la préoccupation environnementale s'estompe, citée par 30% des sondés contre 44% un an plus tôt.
- 'des garanties et des preuves' -
"Le véhicule électrique crée de l'appétence, mais les raisons de l'achat reculent", résume Guillaume Crunelle.
Côté prix, deux barrières ressortent: 50.000 euros - 9 Français sur 10 ne veulent pas dépasser ce chiffre - et 30.000 euros, plafond maximal pour 63% d'entre eux.
Quelle que soit la technologie, les Français sont toujours très attachés à leurs marques historiques, plus encore que les années précédentes: seuls 51% se disent prêts à changer de marque. Peut-être l'effet des efforts des constructeurs français pour développer une offre électrique, note Guillaume Crunelle. Le critère du made in France reste important mais recule.
Parmi les causes de méfiance, plus de 40% des Français s'inquiètent que leur voiture de plus en plus bourrée d'électronique les surveillent ou collectent leurs données.
Et pourtant, une majorité plébiscite les dispositifs avancés de sécurité, comme la détection des piétons. Ils sont même 57% prêts à payer pour ces fonctions, en particulier la mise à jour à distance (dite OTA), potentielle nouvelle source de revenus pour les constructeurs.
Sauf que les conducteurs disent qu'en ce cas, ils espèrent garder leur voiture trois ans de plus, un possible frein futur aux ventes de voitures neuves.
Ces conclusions rejoignent celles d'une étude qualitative publiée an avril par l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) et l'Institut Mobilités en transition, qui ont organisé quatre sessions d'entretiens collectifs avec des conducteurs de voitures non électriques.
Verdict: pas de position idéologique sur la voiture électrique, mais un grand pragmatisme. Les conducteurs interrogés veulent "des garanties et des preuves" - disponibilité des bornes de recharge, fiabilité de la batterie, coût à l'usage, prix de l'électricité - qui sécurisent leur choix.
"Mais ceux qui adoptent la voiture électrique en deviennent des ambassadeurs, et nous pourrions voir une croissance des intentions d'achat plus rapide", conclut Guillaume Crunelle.