Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), a "demandé des comptes" après les violences en marge des manifestations samedi dans la ville - intrusion à la mairie et nombreux pillages notamment - que le préfet des Bouches-du-Rhône a attribuées à "7 à 8.000 émeutiers et pilleurs".
"Je demande des comptes, parce que je ne vais pas laisser les choses en l'état. Je veux savoir ce qui s'est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser", a déclaré Benoît Payan (DVG) lors d'un point presse peu après que quelques dizaines de personnes ont forcé les portes d'entrée de la mairie sur le Vieux-Port.
"Il a fallu que j'appelle le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur, que je les ai au téléphone pour leur demander des renforts", a-t-il regretté, dénonçant le manque selon lui de forces de l'ordre prépositionnées, assurant que "ce matin, il y avait une compagnie de CRS pour Marseille, Marseille c'est la deuxième ville de France, Marseille c'est cinq fois Lyon en surface, c'est deux fois et demie Paris..."
Le commissariat central de la police municipale sur la célèbre Canebière, à quelques centaines de mètres de là, a également été la cible de "casseurs", a-t-il dénoncé, affirmant avoir pourtant "demandé par écrit à la préfecture de police qu'il soit sécurisé".
Selon le maire "ils se sont tranquillement déplacés, ils sont venus devant la mairie, là il y avait un cordon de CRS qui a effectué un tir de bombe lacrymogène sur des casseurs, c'est des black blocks, ce ne sont absolument pas des manifestants, il y a eu un rideau de fumée, puis ensuite je ne sais pas ce qui s'est passé, il y a eu un mouvement de la part des CRS et la porte de la mairie s'est retrouvée libre", et quelques dizaines de personnes sont entrées, jetant notamment à terre un buste de Marianne, symbole de la République," une intrusion "insupportable".
Le préfet des Bouches-du-Rhône Jacques Witkovski a de son côté indiqué lors d'un point presse en fin d'après-midi avoir "engagé dès ce matin cinq unités" sur la ville et avoir "déplacé (...) une unité supplémentaire qui est arrivée vers 15h, 15h15," se refusant à "confirmer" l'origine de la décision de faire appel à des renforts.
"Nous estimons que nous faisons face aujourd'hui à entre 7 et 8.000 pilleurs, émeutiers, il n'y a pas d'autre terme", a-t-il poursuivi, faisant état de 29 blessés, dont deux grièvement, parmi les forces de l'ordre.
"On ne fait pas de maintien d'ordre. On fait du rétablissement de l'ordre", a-t-il dit, évoquant une "situation pas encore maîtrisée", avec plusieurs incendies et "au moins 30 à 40" commerces pillés en centre-ville.
Une tentative de pillage a notamment visé une armurerie.
Toutes sortes d'enseignes -vêtements, boutiques de Luxe comme Hermès, cosmétiques, magasins de sport, d'électroménager, comptoirs d'or- ont été visés par les pillages dans le centre-ville.
Sébastien Ferment, directeur de la boutique de vêtements Armenak, rue Paradis, a décrit à l'AFP comment "une quarantaine d'individus ont forcé la vitrine" (...) "ils sont entrés pour casser et accessoirement, pour voler".
"Au fur et à mesure de la journée les casseurs ont cassé boutique après boutique sans qu'il ait aucune intervention des CRS", a-t-il regretté.
"Aucun système de présence policière renforcée n'a été fait sur les rues commerçantes, déjà touchées lors des dernières émeutes" en 2023 après la mort de Nahel Merzouk tué par un policier à Nanterre.
Les transports en commun ont été fermés dans toute la ville.