Attaqué dimanche, entre appels à la démission du ministre de l'Intérieur et critiques sur la politique de maintien de l'ordre, l'exécutif tente de préparer sa réponse aux violents pillages en marge des manifestations de samedi, avec une allocution très attendue d'un Emmanuel Macron (20H00) sous pression.
Les maires de plusieurs villes particulièrement touchées par les scènes de pillages ou de dégratation violentes, ont été les premiers à lancer la charge, pour certains dès samedi soir.
Les élus à Paris, où de vives tensions ont repris dimanche aux alentours de la Place de la République, Lyon et Marseille dénoncent un manque de moyens pour le maintien de l'ordre, exigeant d'être reçus par Sébastien Lecornu.
Ils le seront, a indiqué Matignon, sans avancer de date à ce stade. France urbaine, qui regroupe des métropoles et grandes villes, a aussi demandé un entretien, exigeant "des moyens exceptionnels d'ordre public (...) sans délai pour sécuriser la population et l'espace public".
L'Association des maires de France appelle de son côté au rassemblement devant les mairies lundi.
- Le dispositif questionné
Pour tenter de calmer le jeu, Sébastien Lecornu a assuré dans un courrier que la mairie de Limoges serait reconstruite, avec le concours de l'Etat. Une réponse à l'édile Guillaume Guérin (LR), qui, devant les décombres de l'hôtel de ville incendié, a lui aussi lourdement fustigé la stratégie de maintien de l'ordre déployée samedi.
Selon l'Intérieur, quelque 2.000 personnes ont été interpellées et 600 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers blessés. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), a elle estimé à 1.500 le nombre de commerces directement touchés, chiffrant à "plusieurs centaines de millions" d'euros la facture.
Un bilan qui interroge sur le dispositif de maintien de l'ordre employé samedi, chez les oppositions comme au camp gouvernemental.
"Nous vivons une crise profonde de confiance, d'autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie", a déploré Marine Le Pen dans sa propre allocution, quelques heures avant celle du chef de l'Etat, fustigeant un "pouvoir macroniste (...) épuisé". Devant un commissariat parisien son numéro 2 Jordan Bardella s'en était pris au dispositif "manifestement (...) sous-dimensionné", selon lui.
La patronne des Ecologistes a dénoncé un "désastre absolu", estimant que le ministre de l'Intérieur n'a "pas d'autre issue" que la "démission".
De l'autre côté du spectre politique, le candidat de LR Bruno Retailleau a aussi déploré "une sous-estimation certaine" du mouvement, soulignant que "le contrôle était vraiment perdu".
Il a aussi appelé à un "changement total", en affichant ostensiblement les blindés et canons à eau des forces de l'ordre, en allant "au contact des casseurs" et en instaurant "des peines incompressibles privatives de liberté pour les auteurs de violences et de pillages".
Les critiques pointent même au sein du bloc central. Le candidat Edouard Philippe, Premier ministre pendant le mouvement des Gilets jaunes, a appelé à "vérifier que tout a été fait conformément, que le renseignement a permis d'évaluer à sa juste mesure l'intensité des manifestations" et "le désir de violence". "Les Français ont le droit de savoir", a-t-il estimé.
- LFI encore mise en cause -
Le député insoumis Eric Coquerel a lui aussi mis la démission du ministre sur la table, déplorant les blessures civiles, notamment à Saint-Etienne, où un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade.
"Regrettant" les dégradations de casseurs, il a attribué la "responsabilité première" de l'escalade au gouvernement, qui "sous-estime ce que sa politique crée dans le pays". Et le député d'insister sur le fait que le 17 octobre avait été aussi une journée "historique", réunissant des "centaines de milliers" de manifestants "pacifiques".
A l'instar de Bruno Retailleau, les adversaires de Jean-Luc Mélenchon ont accusé le candidat insoumis d'avoir une responsabilité dans les violences.
Dès samedi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'était engagé dans une virulente passe d'armes avec le leader de LFI.
"On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C'est VOTRE responsabilité politique", avait-il tancé, appelant l'insoumis à "choisir" entre la République et les casseurs.
Et le leader de la gauche radicale de répliquer, accusant le locataire de Matignon d'avoir "joué avec le feu, en comptant sur le pourrissement" de la situation.
Très attendu, Emmanuel Macron a d'abord lancé vers 18H30 une réunion à l'Elysée autour de Sébastien Lecornu et de ministres impliqués dans la gestion des manifestations ou les conséquences des dégradations.
Le chef de l'Etat "s'adressera solennellement" aux Français à 20H00, avant de s'envoler pour un déplacement de plusieurs jours dans le Golfe.
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