Une forêt-école, laboratoire de la formation pour tous contre les incendies

Au-delà des seuls pompiers, former toute la population, des scolaires aux élus, à mieux affronter la menace grandissante des incendies: c'est la promesse d'une forêt-école implantée en Sologne, sous les projecteurs après les mégafeux de l'été.

Ouverte en 2024 à Neuvy-sur-Barangeon (Cher), au sein du deuxième massif forestier français, cette structure portée par le département du Cher est présentée comme unique en France. Sur 28 hectares, à une trentaine de km au nord de Bourges, sont réunis les principaux acteurs de la forêt et de la lutte contre les incendies pour préparer tout un territoire à faire face au pire.

Y sont accueillis non seulement des sapeurs-pompiers pour leur entraînement, mais aussi des forestiers, des propriétaires privés, des élus, des fonctionnaires de l'État et même le grand public. Objectif: améliorer la résilience en facilitant le dialogue entre toutes les parties prenantes "avant que la crise n'arrive".

"On sait qu'on a peut-être vécu l'été le plus calme de ceux qu'il nous reste à vivre et on a vu que la menace concernait tout le territoire", observe le commandant Thomas Corbier, référent feux de forêt au Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Cher.

- "Prévention" -

"Alors il nous faut nous former à de nouveaux matériels, mais aussi agir sur un volet de prévention", explique-t-il.

En France, l'été 2026 a été marqué par des canicules à répétition et une sécheresse historique: près de 100.000 hectares de forêt sont partis en fumée.

Avec le changement climatique, la Sologne, pourtant située dans la moitié nord du pays, n'échappe pas aux menaces. L'État l'a classée en 2024 parmi les territoires à risque élevé, ce qui entraîne de nouvelles obligations, notamment en matière de prévention des incendies. Cet été, plus de 400 hectares ont été détruits par les flammes dans ce massif.

A Neuvy-sur-Barangeon, élus, membres de l'Office national des forêts (ONF) et du réseau de Défense des forêts contre l'incendie (DFCI) viennent échanger avec les secours pour préparer au mieux les territoires à un "risque toujours plus important", souligne Damien Villemont, chargé de projet à Cher Forêt Ecole.

"On a tous pu voir les élans de solidarité qu'il y a eu en phase de crise entre tous ces acteurs", lors du mégafeu en Gironde qui a ravagé 42.000 hectares, poursuit M. Villemont.

En Sologne, 93% de la forêt appartient à des propriétaires privés, rappelle le Centre national de la propriété forestière (CNPF). Cela oblige chacun à "beaucoup de dialogue", estime Fabrice Chollet, conseiller départemental du Cher délégué à la sécurité.

- Toucher les plus jeunes -

"Il y a notamment beaucoup à faire pour apprendre et faire respecter les obligations légales de débroussaillement autour des habitations, avant que le feu n'approche", ajoute M. Chollet.

La forêt-école se veut également un laboratoire pour tester de nouvelles essences plus résilientes face aux sécheresses et expérimenter de nouvelles pratiques de gestion forestière.

Elle entend enfin toucher les plus jeunes. "On vient apporter un niveau de connaissance de base pour les scolaires", explique M. Villemont qui a développé plusieurs volets de sensibilisation au jeune public, dont un sentier pédagogique pour "appréhender la forêt".

A travers les enfants, on peut aussi "toucher les parents", souligne le commandant Thomas Corbier.

Le site reste bien sûr un terrain d'entraînement idéal pour les soldats du feu: une dizaine d'entre eux ont encore été formés toute la semaine aux manoeuvres destinées à roder les équipages aux véhicules spécialisés.

"On s'entraîne un peu hors saison, du mois de mars jusqu'au mois d'octobre avec des mises en situation, le coeur de la formation", expose Thomas Corbier.