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Une expérience pionnière pour traiter les eaux usées à des fins domestiques

C'est une première en Europe, soulignent ses initiateurs: la Vendée, confrontée à de fortes tensions sur sa ressource en eau, se lance dans un projet d'utilisation d'eaux usées traitées à des fins domestiques.

Ce programme, baptisé "Jourdain", commencera par de longs mois d'expérimentation, à taille réelle, avec la construction en 2022 d'une unité d'affinage qui testera toute l'année 2023 la production d'eau "de très haute qualité" à partir d'eaux usées.

Cette eau sera, à partir de 2024, rejetée dans le milieu naturel puis traitée une nouvelle fois pour fournir de l'eau potable à la région.

La Vendée dépend aujourd'hui à 90% des eaux de surface conservées dans des retenues mais elles sont très sensibles au changement climatique. Sous pression démographique et touristique, la Vendée fait notamment la chasse au gaspillage et a lancé en 2011 le projet "REUT" (Recours aux eaux usées traitées).

Pour Jacky Dallet, président du syndicat Vendée Eau, "il faut être audacieux". "Il en va du développement et de la vie sur notre territoire", dit-il, relevant que "de nombreuses collectivités observent le déroulement de ce projet avec l'espoir que demain la Vendée apporte une réponse à leurs défis d'eau potable".

"L'eau est trop précieuse pour n'être utilisée qu'une fois", plaide le PDG de Veolia, Antoine Frérot, évoquant "une première en France et en Europe".

"Il y a des programmes de réinjection d'eaux usées épurées dans les nappes souterraines, la moitié de Berlin est alimentée ainsi. Mais pas de projet pour alimenter les eaux superficielles", dit-il.

Le projet en Vendée est "visionnaire mais aussi responsable", ajoute-t-il: "pendant 12 mois? il fonctionnera à blanc, permettant de s'assurer des performances de traitement". Il sera "en avance sur les règles européennes notamment sur les micro-polluants, pesticides ou résidus médicamenteux", insiste M. Frérot, qui promet "une eau probablement beaucoup plus propre que l'eau des rivières".

L'eau venue de la station d'épuration des Sables-d'Olonne passera par deux étapes de filtration, puis deux étapes de désinfection. Elle est ensuite acheminée sur 25 km de canalisation vers le barrage du Jaunay, rejetée dans une zone végétalisée où elle se mélange à la rivière et transite vers la retenue et l'usine d'eau potable desservant l'ouest de la Vendée (100.000 foyers, deux à trois fois plus l'été).

Coût du projet: 19,5 millions d'euros sur 10 ans, selon Vendée Eau, qui promet que la facture du consommateur n'augmentera pas.

En France, 0,6% des eaux usées sont recyclées, surtout dans l'irrigation agricole, voire pour arroser des golfs et espaces verts. Mondialement, c'est environ 4%, surtout à des fins agricoles (Israël, Espagne...), plus rarement domestiques (Australie, Namibie, Singapour).

- Fin d'un tabou ? -

La Vendée a d'abord tenté d'autres solutions. "Nous avons optimisé et rehaussé les barrages, nous sommes allés chercher l'eau dans les carrières", décrit le sénateur (LR) et ex-président du département Bruno Retailleau.

"Mais nous avons dû faire le deuil d'un nouveau barrage. On doit changer de modèle. Il y avait deux solutions audacieuses: le dessalement de l'eau de mer, qui impliquait cependant une consommation électrique énorme, et l'opération Jourdain, un projet d'économie circulaire absolument magnifique".

Conscient des enjeux d'acceptabilité face aux questionnements sanitaires, élus et syndicat prévoient de communiquer, pour permettre "une appropriation" par l'opinion et soulignent que les résultats des analyses seront publics.

Pour le climatologue Jean Jouzel, présent à l'inauguration vendredi, "Vendée Eau et Veolia ont brisé un tabou en lançant ce projet".

Avec la hausse des températures, les précipitations devraient croître l'hiver dans le nord et diminuer dans de nombreuses régions notamment l'été, a-t-il résumé: pourtour méditerranéen, ouest des Etats-Unis et de l'Australie, une partie de l'Amérique latine, sud de l'Afrique... Partout les continents subissent une "évapo-transpiration" de l'eau : "1°C de plus, c'est 7% d'évaporation en plus".

"Même si nous arrivions à maintenir le réchauffement à +2°C, ce qui n'est pas gagné, un projet de réutilisation de l'eau usée aurait du sens", juge-t-il.

Pour ses promoteurs, le "REUT" est particulièrement utile en zone littorale, où très vite les eaux usées partent à la mer, "perdues". Ils verraient bien l'expérience vendéenne contribuer à lever les réticences et faire évoluer positivement la législation en France et dans l'UE.

cho/ak/tes

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