Un voilier pour décarboner les campagnes océanographiques

La Flotte océanique française a lancé mardi à La Rochelle la première de huit campagnes océanographiques côtières à la voile pour réduire sa facture énergétique et son empreinte carbone.

"Nous avions besoin de décarboner nos bateaux. L'utilisation de moteurs pose un problème éthique (...) Nous devons émettre moins de CO2 quand nous allons chercher des données sur l'océan. Cela pose également un problème économique, en raison des coûts du carburant", a expliqué lors d'un point-presse Maximilien Simon, adjoint au directeur de la Flotte océanographique française.

Les 42 jours de campagnes effectués cette année sur les côtes françaises à bord du catamaran "Morskoul" permettront d'observer des mammifères marins, de faire des mesures de méthane ou encore de rechercher des informations sur le plancton.

"Nous avons reçu énormément de demandes", affirme le responsable.

Chiffré à 400.000 euros, le projet Avel Lab, porté par l'Ifremer et la coopérative bretonne Skravik, armatrice de voiliers de travail, est financé par l'Etat grâce au Fonds vert dont il est le lauréat 2025.

Le catamaran de 15 mètres de long, à l'origine conçu pour de la plaisance, "s'est transformé petit à petit pour se mettre au service de la science", a souligné Laura Troudet, directrice générale de Skravik.

En septembre, Paula Méndez-Fernandez, ingénieure à l'Observatoire Pelagis (CNRS/La Rochelle Université), montera à bord du "Morskoul" pour réaliser "un suivi de l'état de santé des cétacés", en l'occurrence surtout des dauphins, dans le nord du golfe de Gascogne, fermé quatre semaines à la pêche en hiver depuis 2024 pour protéger ces animaux des captures accidentelles.

"Pour approcher ces animaux, c'est mieux d'être sur un voilier. Nous sommes moins bruyants. Ce catamaran a aussi l'avantage d'être stable, on peut travailler plus facilement par exemple pour effectuer des biopsies. Il y a moins de gîte (inclinaison transversale, NDLR) que sur les bateaux à moteur", a détaillé l'ingénieure, qui a déjà pu tester ce navire.

"L'autre point positif est que nous pouvons dormir à bord et partir sur de longues campagnes de plus de 15 jours, à plus de 200 milles de la côte. Les bateaux à moteur n'ont pas assez d'autonomie pour cela", a-t-elle ajouté.

L'Ifremer compte sur cette première série de campagnes pour "évaluer la capacité du bateau à réduire l'empreinte carbone des missions en mer, tout en répondant aux exigences de la recherche scientifique".