Sous un soleil de plomb, une trentaine de caravanes et autant de voitures sont entassées sur un terrain à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis): la canicule accable les gens du voyage et aggrave des conditions de vie déjà insalubres.
"Il n'y a pas un arbre, pas d'ombre: on est toujours en plein soleil, et avec le gravier au sol, ça chauffe et ça fait de la poussière", soupire Emile Scheitz, le responsable du campement.
Dans les plus vieilles caravanes, démunies de climatisation, la température dépasse les 50°C, selon lui.
Une douzaine de familles, soit environ 70 personnes, vivent sur ce site depuis 2004, initialement prévu comme aire d'accueil provisoire.
"On est coincés", poursuit Emile Scheitz, 66 ans, en parcourant du regard le terrain, coincé entre les pistes de l'aéroport de Roissy, un cimetière et une route départementale.
Les hommes, tous employés dans l'élagage ou dans le bâtiment, sont partis travailler. Les femmes et les enfants sont réfugiés dans les caravanes climatisées.
Christel Scheitz, 38 ans, brave elle la chaleur et arrose sa caravane, ornée d'un autocollant "Jésus sauve", à l'aide d'un jet d'eau pour la rafraîchir.
"C'est vraiment dur", soupire la nièce d'Emile, mère de deux enfants de 9 et 16 ans. "On essaie de les occuper, on les amène au parc ou au centre commercial pour passer un peu de temps dans la clim".
- "De vilaines odeurs" -
Marie-Louise, 66 ans, est installée à l'ombre de son auvent. Elle ne supporte pas longtemps la climatisation dans sa caravane de 10 m2. "J'ai un petit peu d'asthme. J'ai du mal à respirer. Moi ça me donne mal à la tête", explique la grand-mère.
A quelques mètres de là se trouvent les trois seuls sanitaires du terrain. Un liquide verdâtre s'écoule des cabines et de la gigantesque cuve où arrivent les eaux des toilettes.
"Ça déborde par les tuyaux", grimace Emile Scheitz. "C'est dur quand il fait chaud, il y a vraiment de vilaines odeurs", renchérit Marie-Louise, qui rêve de sanitaires dignes de ce nom.
Au milieu du terrain, les habitants ont installé une petite piscine hors sol pour les enfants. Malgré la voile bricolée au-dessus, le bassin reste en plein soleil et l'eau est à peine rafraîchissante.
"On peut pas les laisser longtemps dedans. Ils ont tous eu des insolations les enfants. Ils ont eu mal à la tête, de la température", se désole Marie-Louise.
Quelque 177.000 personnes issues des communautés des gens du voyage sont victimes d'un "mal-logement massif", a alerté jeudi la Fondation pour le logement des défavorisés.
La loi Besson, votée en 2000, oblige pourtant les communes de plus de 5.000 habitants à se doter d'une aire d'accueil.
Emile, qui est aussi responsable de l'association des gens du voyage d'Île-de-France, n'attend qu'une chose: quitter ce terrain insalubre où la chaleur fait ressortir non seulement l'odeur des eaux usées mais également celle du kérosène des avions qui le survolent, et parfois aussi les fumées provenant du crématorium, construit juste derrière le talus.