Travaux et bouchons: à Lyon, une campagne municipale au ras du bitume

Bataille de statistiques et grandes promesses: les campagnes municipales à Lyon de l'écologiste sortant, Grégory Doucet, et de l'ex-patron de l'OL, Jean-Michel Aulas, se résument parfois jusqu'à la caricature, à une guéguerre entre "intégristes du vélo" et "boomers bagnolards".

Ce débat, focalisé sur les embouteillages, pourrait peser lourdement sur l'issue des deux scrutins de mars: pour la mairie de la troisième ville de France et la présidence de la deuxième métropole, le Grand Lyon et ses 58 communes.

Le ticket entre Jean-Michel Aulas, soutenu par le centre et la droite, et la LR Véronique Sarselli pour la Métropole, est le grand favori des sondages. En menant campagne contre l'"écologie idéologique", "punitive" et "anti-voitures" du duo soutenu par la gauche hors LFI: Grégory Doucet et Bruno Bernard, le président écologiste du Grand Lyon.

Tout en attribuant en partie les bouchons à la multiplication des travaux et à leur "mauvaise gestion" par l'actuelle mandature, M. Aulas multiplie les promesses de chantiers spectaculaires: méga-tunnel routier de 8 km traversant Lyon du Nord au Sud, "grande dorsale" de 30 km de métro d'Est en Ouest...

"Inutiles", "pharaoniques" et "infinançables", selon leurs rivaux. Et qui seraient immédiatement synonymes de nouveaux embouteillages. Même si l'homme d'affaires a juré lors d'un débat BFM-Le Figaro, " qu'un tunnel se fait par-dessous" et qu'il n'y aurait donc " pas de travaux apparents".

- "Trop vite, trop loin" -

La vague verte qui a emporté en 2020 Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Besançon, Poitiers, Annecy et Tours a accéléré la lutte contre la pollution. Mais la "fast-ecologie", "irréfléchie", est allée trop vite à Lyon, accuse le camp Aulas. Qui capitalise la colère d'automobilistes contre les voies cyclables, la piétonisation du centre-ville et les nombreux chantiers, liés notamment à l'extension du tramway.

Sur les réseaux sociaux, trolling et "écolo-bashing" tournent à plein régime: "intégristes du vélo", "anti-voitures", "khmers verts", "escrologistes"... A quoi répondent des posts incendiaires contre les "adorateurs de la Sainte-Bagnole", les "boomers bagnolards" et les "4x4-villa-piscine"...

Ce pugilat médiatique "manque de hauteur de vue" face à l'enjeu de la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique, commente Pierre-Yves Péguy, professeur d'économie et ancien directeur du Laboratoire Aménagement Economie Transports (LAET).

"Les bouchons à Lyon ne datent pas d'hier, ils sont consubstantiels aux grandes villes", abonde Yves Crozet, professeur spécialiste de l'économie des transports. "Même leurs prédécesseurs avaient pris des mesures pour cantonner les voitures, mais les écologistes sont sans doute allés trop vite, trop loin et se sont attirés les foudres des mécontents", juge-t-il.

En avançant son bilan, Grégory Doucet vante une ville qui place la "santé" et le "bien-être" au sommet des priorités: 14 ha de végétation gagnés sur le béton, 134 km de voies cyclables... et, en six ans, baisse de 11% des émissions de particules fines et de 23% du dioxyde d'azote.

- "Aspirateur à trafic" -

Un progrès minimisé par Jean-Michel Aulas pour lequel la qualité de l'air s'est améliorée "partout en France", "ne serait-ce que par l'utilisation des voitures électriques".

Les détracteurs du "maire des cyclistes" lui opposent un rapport du géant du GPS routier TomTom, plaçant Lyon en tête des villes les plus congestionnées en 2025, il ne leur en fallait pas plus pour parler de "capitale des bouchons". Mais ils omettent de parler de l'honorable 7e place pour la métropole.

"On a entendu qu'il y avait un mécontentement d'une partie de la population sur le nombre des travaux", a reconnu Bruno Bernard en promettant de mieux les étaler sur un second mandat. Sans y renoncer pour autant: les écologistes veulent, s'ils sont réélus, piétonniser la rive droite du Rhône.

Quant au méga-tunnel et à la "grande dorsale" d'Aulas et Sarselli, au-delà des interrogations sur leur financement, ils représentent 10 à 15 ans de travaux au mieux, assure Yves Crozet. Et le premier risque de devenir ensuite un "aspirateur à trafic", attirant par effet d'aubaine plus d'automobilistes et créant "de nouveaux bouchons", dit-il.

"La décarbonation doit se poursuivre mais en évitant les formules chocs de part et d'autre et les projet-comètes qui mériteraient d'être mieux instruits pour être soutenables", renchérit Pierre-Yves Péguy.

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