Travailler sous la canicule: de nouveaux équipements utiles, mais en dernier recours

Vêtements rafraîchissants ou bracelets d'alerte aux coups de chaleur: des équipements se développent pour aider à supporter des températures caniculaires sur son lieu de travail, mais ils ne peuvent pas remplacer les mesures de prévention collective à prendre avant tout.

Mouillés avant d'être portés ou équipés de blocs réfrigérants, des protège-nuque, calottes à glisser sous le casque de chantier, foulards ou gilets promettent de faire baisser la température ressentie pendant plusieurs heures.

"Quasiment tous les distributeurs d'équipements de protection individuelle proposent aujourd'hui" ce type d'équipements rafraîchissants qui ont commencé à apparaître sur le marché européen il y a cinq ans, explique Mohamed Trabelsi, expert en équipements de protection individuelle, chargé de la thématique fortes chaleurs à l'OPPBTP.

Cet organisme paritaire de prévention dans le BTP mène ses propres tests, à défaut de normes existantes.

"Le constat, aujourd'hui, est que ce type d'équipements rafraîchissants sont efficaces", mais, en cas de fortes chaleurs, "les équipements ou les solutions individuelles doivent être le dernier recours", après la prise de "mesures de prévention collectives et organisationnelles" par les employeurs, insiste M. Trabelsi.

Ce type de dispositif, dont "l'efficacité en conditions réelles de travail reste à documenter", "est le dernier rempart ou un complément, mais mais il ne constitue pas à lui seul, une solution unique", prévient aussi Karen Réminy, responsable d'études à l'INRS, centre de réflexion sur la santé et la sécurité au travail géré par les partenaires sociaux.

- D'abord hydratation et horaires adaptés -

En visite sur un chantier de voirie il y a une semaine dans les Hauts-de-Seine, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a listé "les bases d'une prévention solide en matière de chaleur intense": à savoir "adaptation des horaires, arrêt des chantiers s'il le faut pendant les horaires les plus chauds, hydratation, protection par rapport au soleil, pauses régulières, surveillance mutuelle".

En outre, il existe "des équipements nouveaux en train d'être inventés pour aider les salariés à encore mieux supporter ces chaleurs intenses", a complété le ministre sur ce chantier de Razel-Bec.

Cette entreprise a expliqué à l'AFP proposer depuis un an à ses employés des tee-shirts thermo-régulés, que certains apprécient, d'autres non.

La RATP propose, elle, des gilets rafraîchissants pour ses employés de certaines lignes non climatisées.

Mais ce type d'équipements est loin d'être répandu. Les ouvriers de trois chantiers de BTP parisiens interrogés cette semaine par l'AFP n'avaient pas d'équipements particuliers pour faire face à la chaleur. "On a de l'eau, des brumisateurs, on commence plus tôt", explique Ali (qui n'a pas souhaité donné son nom de famille) sur un chantier de rénovation du 11e arrondissement.

- Alerte aux coups de chaleur -

Pour détecter l'arrivée de coups de chaleur, un danger important dans les secteurs particulièrement exposés comme le bâtiment, les travaux publics, l'agriculture ou le maraîchage, des bracelets intelligents ont fait leur apparition.

Ils émettent une alarme quand la température corporelle atteint un niveau trop élevé.

Dans les Deux-Sèvres, l'entreprise de travaux publics Charier TP en équipe ses employés pendant la période estivale. Si l'alarme retentit, le salarié peut être déplacé rapidement dans une zone fraîche et faire une pause.

Mais il s'agit là d'alerte et non de prévention. L'important est "d'analyser la situation réelle de travail", différente d'un poste ou d'une entreprise à l'autre, et "d'abord d'agir sur des actions de prévention dont on sait qu'elles ont de l'efficacité ", telle que l'hydratation, l'adaptation des horaires, l'aménagement de poste, insiste Karen Réminy.

"Il ne faut surtout pas substituer ces dernières par l'utilisation de gilets ou quelconque dispositif", ajoute-t-elle, d'autant que cela peut aussi "rajouter du poids à un salarié" qui porte déjà des équipements de protection individuelle.