Amputé depuis 20 ans de la jambe droite, Julien Veysseyre s'est lancé depuis trois ans dans "la plus grosse épreuve de sa vie": terminer la course reine du trail mondial, l'Ultra Trail du Mont-Blanc, dont le départ est prévu vendredi à Chamonix.
"On est endurci, parce qu'on sait gérer des problèmes plus que la moyenne. Parce que mentalement, on a développé des qualités qui font qu'on relativise plus les problèmes", explique à l'AFP l'athlète de 39 ans.
Victime d'un accident du travail à sa majorité, il retrouve une partie de sa vie d'avant après des années de reconstruction, en recommençant la moto d'enduro. "C'était vraiment mon sport, ma passion", dit-il.
Une épreuve de détection en triathlon, en vue des JO de Paris, le fait ensuite basculer vers un tout autre projet. "Je suis fan de compétition, je ne pourrais pas faire juste du sport, je suis vraiment animé par ça", souligne Julien Veysseyre.
"Mais je n'avais pas couru depuis l'accident et je savais tout juste nager une longueur", ajoute-t-il. Appliqué, il intègre le circuit international au bout de deux ans d'entraînement et devient champion du monde en 2023.
Repéré par Salomon pour intégrer la "team para", il découvre le trail, sur de courts formats, puis sur des distances marathon - Sierre-Zinal, la Maxi-Race, le Marathon du Mont Blanc. L'an dernier, il arrive à boucler la CCC, les 100 kilomètres du parcours UTMB.
- Un défi technique -
Le défi n'est pas que sportif. Son équipementier collabore avec la start-up Hopper pour adapter sa prothèse. D'une lame en carbone en triathlon, il passe à un pied prothétique, plus stable et plus léger.
Les résultats sont immédiats: "Mes temps de course cette année ont baissé drastiquement, notamment en descente. Après j'ai quand même quelques difficultés", reconnaît-il.
Les coupures et ampoules se multiplient parfois pendant l'effort, au contact du moignon juste en-dessous de son genou, sur la partie moulée. "On travaille sur ce point pour que je ne me blesse pas, car sur un ultra, une grosse coupure de ce genre ne pardonnera pas", s'inquiète-t-il.
Le jour de la course, cinq guides se relaieront à ses côtés, chargés notamment de porter et d'échanger sa seconde prothèse - plus adaptée aux portions roulantes - selon le profil du terrain.
Ce projet sportif inédit, Julien Veysseyre le mène en jonglant avec une vie de famille bien remplie: il a la garde partagée de ses deux enfants de 5 et 8 ans et est en pleine reconversion professionnelle.
Après avoir réduit petit à petit son temps de travail chez Michelin, où il était recruteur, il a quitté l'entreprise ce printemps pour se consacrer pleinement au sport, complétant ses revenus par une activité de conférencier en entreprise.
L'UTMB, "c'est la plus grosse épreuve que je vais avoir à mener de ma vie, je suis parti pour 40 heures, deux nuits dehors. Dans l'ensemble, j'ai confiance et je suis persuadé de pouvoir le faire, mais il y a encore des choses à résoudre", prévient-il.
En cas de succès, "il sera heureux d'être le premier": "les images vont parler d'elles-mêmes le gars avec sa jambe en moins il a couru 180 km, j'espère humblement que ça peut inspirer les gens et leur donner envie d'accomplir leurs propres exploits".
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