Revoir la place des marques, mieux gérer les flux de population... En réponse aux critiques, la directrice de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) Isabelle Viseux-Poletti liste auprès de l'AFP les chantiers ouverts avec la mairie de Chamonix pour les prochaines éditions.
QUESTION: Le maire de Chamonix a estimé publiquement que la croissance de l'événement avait dépassé la capacité d'accueil de Chamonix. Comment avez-vous vécu ces critiques?
REPONSE: "Le fait qu'on ait des responsabilités et qu'il faille qu'on travaille sur les impacts de l'événement, ce n'est pas une nouveauté, on en est conscients. Ce qui était une nouveauté, c'est cet étalage sur la place publique. Les solutions, il va falloir qu'on les co-construise. On est parfaitement d'accord d'être un partenaire de la commune pour adresser un certain nombre de sujets, pas d'accord pour être un opposant sur des sujets qui nous dépassent".
Q: Quelles sont les reproches que vous jugez fondés et ceux qui ne le sont pas?
R: "Ce qui est possible de travailler, c'est des choses qui sont objectivées: par exemple, les habitants du centre-ville qui sont excédés parce que ça dure longtemps la nuit, c'est factuel et c'est quelque chose qu'on peut adresser. Un grand événement ne vient pas sans impact ni sans nuisance, et ça doit faire partie de nos objectifs de le minorer, en particulier sur la mobilité et le bruit. Ce qui est plus difficile à entendre, ce sont les affirmations et chiffres diffusés sans recontextualisation à l'échelle de la vallée. Quand on nous dit +c'est trop gros+, ça ne veut rien dire en soi. L'UTMB, c'est 10.000 coureurs, 2.500 sur la course-reine. Selon nos chiffres, les accompagnants, c'est 0,89 personne par coureur. La fréquentation mesurée pendant la semaine de l'UTMB est plutôt légèrement moindre que sur les pics de fréquentation de l'année".
Q: On constate tout de même en ville une présence importante du public, des bénévoles et des marques...
R: "On a 2.600 bénévoles sur la semaine, pas 20.000 comme on a pu le lire parfois cet été. On a d'ailleurs une liste d'attente de bénévoles, comme pour les coureurs, dont le nombre n'a pas augmenté significativement depuis des années. Après, c'est certain que l'écosystème autour de l'événement, dont la présence des marques, a augmenté. On a aujourd'hui plus d'une centaine de marques actives dans la vallée au moment de l'UTMB. C'est un des axes sur lesquels il faut qu'on travaille avec la mairie, en mesurant ensemble ce qui est légal ou pas, puisqu'on reste sur le domaine public".
Q: Concrètement, où en sont les discussions?
R: "Le calendrier de discussion, c'est cet automne, parce que les inscriptions pour la prochaine édition (prévue fin août 2027, ndlr) ouvrent en fin d'année. On sait qu'on va travailler sur la présence des marques, sur les flux de personnes, les points de concentration des spectateurs et inciter davantage au suivi de l'événement en live plutôt qu'en présentiel quand ce n'est pas nécessaire."
Q Une évolution du format de la semaine UTMB est-elle envisagée?
R: "Oui, ça pourrait arriver, ce n'est pas exclu, mais tout n'est pas encore décidé. L'objectif, c'est d'identifier les vrais problèmes pour y apporter des solutions concrètes, et ne pas penser qu'on va résoudre un problème avec une mesure simple à énoncer mais qui n'aura pas l'effet recherché. Réduire uniquement le nombre de coureurs ne réduira pas la présence globale, si c'est ça qu'on veut adresser, car selon nos analyses, ce sont les élites qui génèrent la majeure partie de l'affluence de spectateurs."
Q : Faut-il s'attendre à une forme de décroissance dans les années à venir?
R: "On n'a pas d'objectif d'augmenter. On est sur un événement bien dimensionné par rapport à ses espaces et nos jauges 2026 étaient parfaitement dans les clous des autorisations qu'on avait. L'UTMB est un événement leader du trail, la vallée de Chamonix une capitale mondiale de la discipline et on veut se muer en partenaire territorial. On a collectivement cette responsabilité de décider où on veut emmener tout ça. Mais ce n'est pas l'événement seul qui pourra porter cette évolution, ni la collectivité seule: il faut le faire ensemble."
Propos recueillis par François D'ASTIER