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Tous écologistes? Des clivages politiques derrière le consensus apparent

La transition écologique est "l'affaire de tous les membres du gouvernement": le ton d'Edouard Philippe était presque martial, mercredi en séminaire gouvernemental à l'Elysée. C'est qu'Emmanuel Macron a proclamé vouloir faire de l'écologie un axe majeur de l'"acte II" du quinquennat. Dans le monde politique, il est loin d'être le seul.

Cédric Villani, candidat macroniste dissident à Paris, dit ainsi vouloir devenir "le premier maire véritablement écologiste" de la capitale. L'ancien Premier ministre de François Hollande Bernard Cazeneuve, que certains au PS voudraient mettre en orbite pour la présidentielle de 2022, a mis un point d'honneur à verdir son discours... Jusqu'aux Républicains, qui ont fait de l'écologie, le week-end dernier à La Baule, l'une des nouvelles pistes à explorer pour se reconstruire, après un score historiquement faible aux élections européennes (8,5%).

Conscients d'être attendus sur le sujet, la majorité comme les oppositions multiplient les déclarations d'écologie pour leur rentrée.

"On est arrivés sur l'écologie à un niveau de consensualité inédite", constate pour l'AFP Simon Persico, professeur à Sciences-Po Grenoble et au laboratoire Pacte qui y est rattaché. Au-delà du succès des Verts d'EELV aux élections européennes (13,5%), cela s'explique, selon lui, par la force de la "demande sociale" et de la "réalité" du changement climatique. Néanmoins, pour des partis fraîchement convertis, "il est risqué de mettre sur le devant de la scène les thèmes de l'adversaire".

- "Anciens et Modernes" -

Derrière cet intérêt commun pour l'écologie, les visions et les propositions divergent. Ainsi, les Jeunes Républicains, qui se rassemblent ce week-end au Touquet-Paris-Plage (Pas-de-Calais) veulent-ils promouvoir une "écologie pragmatique", "incitative et non punitive", basée sur l'allègement de charges plutôt que sur les taxes. On est loin de la "planification écologique" de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, faite de directives et de contraintes édictées et mises en oeuvre par l'Etat.

L'incitation est aussi la méthode privilégiée par le gouvernement. Edouard Philippe a pris pour exemple "l'économie circulaire, le réemploi, le recyclage": "Il ne s'agit pas de dire que tout le monde doit vivre comme cela, mais que c'est possible et que nous pouvons, avec un certain nombre de textes, avec un certain nombre d'incitations de la part du gouvernement, favoriser ceux qui font ce choix".

Un projet de loi devant favoriser l'économie circulaire pour réduire le gaspillage sera examiné par le Sénat fin septembre, puis par l'Assemblée.

L'ex-Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve, soucieux de "ne pas s'aligner" sur EELV, a tenté jeudi de marier l'écologie à la social-démocratie chère au PS. "Il peut y avoir une grande transition écologique et la possibilité d'une croissance sobre et sûre", a-t-il professé.

L'ancien maire de Cherbourg a aussi partiellement défendu le nucléaire, tout en admettant le principe de sa baisse dans le "mix" énergétique. Sans surprise, il a été qualifié de "Tonton Nuc'" par David Cormand, secrétaire national d'EELV - parti opposé de longue date au nucléaire.

Plus qu'entre une écologie de droite centrée sur les comportements individuels et une écologie de gauche axée sur le collectif, va se jouer dans les prochaines années une "vraie querelle entre Anciens et Modernes, entre ceux qui ont compris avec quoi il fallait rompre et les autres", estime Vanessa Jérôme, chercheuse à l'Université Paris-I et spécialiste d'EELV.

Le point commun de nombre de discours politiques, y compris chez EELV, est de "faire comme s'il n'y allait pas avoir de perdants" lors de la transition écologique, décrypte Simon Persico.

Et l'extrême droite? Le Rassemblement national de Marine Le Pen, arrivé en tête des européennes, n'est pas le plus connu de l'opinion pour ses positions écolo. Et pourtant, prévient Vanessa Jérôme, une "écologie brune, des moeurs et du respect de la nature et de la biologie" pourrait, entre les mains d'une Marion Maréchal, opposer à "l'écologie verte" sa propre cohérence historique.

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