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Total en fait-il assez pour le climat? La parole aux actionnaires

Total en fait-il assez pour le climat? Les actionnaires se prononcent vendredi sur la stratégie du géant des hydrocarbures, qui se renomme TotalEnergies pour marquer sa diversification mais que certains investisseurs pressent d'agir plus vite.

Après des assemblées générales dominées par la question climatique chez ses concurrents Chevron, ExxonMobil ou Shell, la direction du groupe français soumet pour la première fois au vote une résolution consultative sur le climat.

L'AG, qui se tient par vidéo en raison de la pandémie, a débuté à 10H00. Les actionnaires doivent s'y exprimer notamment sur "la stratégie de la société en matière de transition énergétique vers la neutralité carbone et les objectifs en la matière à horizon 2030".

Le groupe souligne ainsi ses efforts pour moins émettre de gaz à effet de serre.

Le PDG Patrick Pouyanné, dont le mandat doit être renouveler pour trois ans, a salué une AG "historique", avec également l'adoption du nouveau nom TotalEnergies. "Elle marque notre volonté collective d'inventer un nouveau Total, une compagnie multi-énergies, acteur majeur de la transition énergétique", a-t-il affirmé.

Total, encore très associé au pétrole, veut ainsi montrer qu'il est aussi très présent dans le gaz et, de plus en plus, dans l'électricité et les renouvelables, qui doivent représenter 20% des investissements cette année.

L'an dernier, onze investisseurs (La Banque Postale, Crédit Mutuel, Meeschaert...) avaient proposé une résolution pour contraindre Total à des objectifs climatiques plus ambitieux.

Combattue par la direction, elle avait alors été rejetée par les actionnaires mais avait tout de même engrangé 16,8% de voix favorables.

Cette fois-ci, Total a pris les devants en promouvant ses objectifs pour 2030 sur le chemin de la neutralité carbone visée en 2050.

S'agissant des produits énergétiques utilisés par ses clients (comme l'essence brûlée dans les voitures), sur un périmètre dit "scope 3", Total s'engage par exemple à ce que les émissions aient reculé dans le monde d'ici 2030 par rapport à 2015.

- "arrêt de l'exploration" -

"On n'est pas du tout en face d'une entreprise en transition", critique pourtant Lucie Pinson, fondatrice de Reclaim Finance, citant ses nouveaux projets de production d'hydrocarbures. Total a par exemple récemment signé des accords pour un gros projet pétrolier en Ouganda.

Plusieurs investisseurs - qui pèsent peu au capital mais sont influents pour certains - ont d'ailleurs annoncé qu'ils voteraient contre la résolution de la direction.

La société de gestion Meeschaert AM s'y opposera ainsi et demande "l'arrêt de l'exploration de nouveaux gisements pétroliers et gaziers".

Cela alors que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) vient de presser le monde d'oublier dès "maintenant" tout nouveau projet d'exploration pour garder le réchauffement sous contrôle.

Le fonds néerlandais Actiam a aussi confirmé à l'AFP qu'il ferait partie des rebelles: "la stratégie n'est pas à la hauteur: le moyen d'atteindre ses objectifs reste flou au vu des rythmes actuels de production et d'investissement dans les énergies fossiles, toujours significativement supérieurs à ceux dans les renouvelables."

Les ONG espèrent 15% de votes négatifs, de quoi marquer au moins une victoire symbolique.

- Sortir plus vite du pétrole -

Par ailleurs, 33 investisseurs de la coalition Climate Action 100+, engagée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, ont écrit à la direction pour lui demander de préciser sa stratégie.

Le déclin de la production d'hydrocarbures "doit commencer avant 2030, en particulier pour le pétrole", soulignent les signataires, qui comptent Axa, Amundi ou HSBC.

Le cas de Total n'est pas isolé: après avoir été longtemps critiquées par les défenseurs de l'environnement, les entreprises du secteur sont désormais sous la pression croissante des investisseurs.

Chez Shell, une résolution en faveur d'objectifs plus ambitieux - et non soutenue par la direction - a récemment obtenu un peu plus de 30% des votes. Sans compter que la justice néerlandaise a exigé de la compagnie qu'elle relève ses objectifs de réduction des émissions.

Les actionnaires d'ExxonMobil et de Chevron ont voté mercredi pour forcer les géants américains à lutter plus énergiquement contre le changement climatique. Un fonds activiste va notamment être représenté au conseil d'administration d'Exxon.

jmi/soe/spi

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