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Dis maman, c'est quoi un écologiste ?

©Dương Hữu

C'est quoi, être écologiste ? Pourquoi celles et ceux qui s'engagent pour la défense de l'environnement n'aiment-ils pas toujours être qualifiés de la sorte ? Telle est la question posée par plusieurs articles sur la toile récemment.

La décision récente du gouvernement au sujet du projet d'aéroport de Notre Dame des Landes a donné à plusieurs médias dits "mainstream" l'occasion de se pencher différemment sur les occupants de la fameuse ZAD - "Zone à Défendre", mettant ainsi en avant, un peu différemment, ces militants écologistes souvent vus comme de dangereux militants avec lesquels il est impossible de négocier.

Une habitude : stigmatiser

Cette façon de stigmatiser ceux qui s'engagent pour la défense de la planète est fort répandue. Les qualificatifs vont du gentil "bisounours" au dangereux "ayatollah vert" en passant la célèbre image du bonnet péruvien accompagné du gilet en chanvre et ses non moins assorties vieilles "tatanes"... Autant dire que l'imaginaire est fourni en matière d'écologie, et que le billet intitulé "je ne suis pas une écologiste" posté hier par Camille sur EcoloGirl, fait état du malaise qu'il y a à être perçu par la négative quand on essaye de faire de son mieux.

"Récemment, l’une de mes proches me présentant à une dame d’un certain âge a dit « Camille est une écologiste ». J’ai senti son regard étonné, surpris et bienveillant à la fois. Pourtant j’ai tiqué" explique la jeune femme en s'interrogeant : "Que pouvait signifier ce mot pour cette dame ? M’imaginait-elle envahissant une centrale nucléaire pour protester sur ses failles de sécurité ? Me voyait-elle accrochée à un arbre pendant des jours ? Squattant la ZAD de Notre-Dame des Landes ?" Travaillée par cette réaction, Camille réalise quelques jours plus tard que sa sensibilité à l'écologie ne passe pas tant par une "défense" de la nature et de l'environnement, mais par un sentiment d'appartenance à cette nature : "Je ne suis pas une écologiste, je suis une femme émerveillée par la beauté du monde, la puissance de l'entraide, de l'intelligence collective au service de causes qui dépassent les individus. Je ne suis pas une écologiste, je suis une citoyenne qui a pris conscience du pouvoir qu’elle détient. Par chacune de mes actions, par les choix que je fais pour consommer, manger, me chauffer, me déplacer… En m'informant, en échangeant, en partageant... je peux changer les choses. Je ne suis pas une écologiste, je suis une mère qui ne peut se résoudre à laisser à ses enfants une planète en mauvais état sans rien faire. Je ne suis pas une écologiste, je suis un colibri. Comme dans la légende, je fais ma part. Je ne suis pas écologiste. Je suis une militante du bon sens. Le jour où chacun aura pris conscience qu’il faut remettre le bon sens au cœur de nos actes, je serai plus tranquille. Et si via ce blog ou les événements que j’organise je peux aider à ce réveil des consciences, tant mieux. Quoi qu’il en soit, je continuerai. Je fais ma part et mes enfants et petits-enfants ne pourront pas me reprocher d’être restée les bras croisés à regarder le monde s’étioler" poursuit-elle alors.

Des témoignages touchant

Aussi ce cri du coeur peut-il être mis en parallèle de ce témoignage Gillian Kelly, une anglaise de 73 ans qui dans le Guardian il y a quelques jours témoigne de son engagement écologiste. Ayant participé avec ses enfants et petits enfants à une chaîne humaine pour contester un projet de fraction hydraulique près de BlackPool, au Royaume Uni, elle s'est retrouvée prise en photo en UNE du Guardian et qualifiée d'"activiste": "j'ai presque éclaté de rire ! La probabilité pour que je sois qualifiée était vraiment nulle me concernant" témoigne-t-elle, "en raison de mon âge, mais aussi parce que je n'ai pas tendance à défier les choses ainsi" ajoute celle qui, sensible à ces causes, s'était contentée jusque là de signer des pétitions, d'envoyer parfois quelques courriers de mécontentement, et de s'indigner de certains projets en compagnie de ses amis...

En réalité, comme l'explique Michel Sourrouille, militant associatif historique, à l'origine du réseau Biosphère, "on ne naît pas écologiste, on le devient". Cette affirmation qui a donné le titre de son ouvrage paru fin 2017 aux Editions Sang de la Terre, il explique sous forme d'abécédaire pourquoi il se considère lui-même être "un écologiste imparfait, incomplet, en devenir". Et pourtant indique-t-il dès l'introduction, "nous sommes tous écolos... par définition" en raison de l'interdépendance structurelle de notre condition humaine "avec toutes les autres espèces, les abeilles comme les vers de terre, avec tout ce qui nous entoure, les océans et les nuages, tout ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes."

La nature se défend

Comme le soulignait Bruno Latour sur France Inter vendredi dernier, "le slogan des zadistes ('Nous ne défendons pas la Nature, nous sommes la Nature qui se défend') est formidablement ambigü. On peut imaginer quelque chose d'assez horrible, sorte de proto-fascisme écologique : cette phrase est passionnante car complètement ambivalent" Or l'intéressant dans l'affaire, dans cet événement local, c'est qu'il y a , explique le philosophe "une inversion des rapports usuels, une reconfiguration des biens entre l'intérêt général, que pensent représenter les zadistes et l'intérêt de l'état (avec un déni de démocratie)".

L'essentiel, dans tout cela, consiste à cultiver une autre vision de notre place dans le monde et à travailler une autre façon d'envisager les enjeux planétaires. En ce sens, l'ecologirl Camille a sans doute raison en affirmant être "une militante du bon sens". Non ?