Clientèle fortunée, routes congestionnées, paysages splendides: malgré une réprobation publique croissante, la Côte d'Azur reste un marché porteur pour le transport en hélicoptère, qui se prépare à la révolution des appareils électriques.
Comme chaque année, les vols vont se multiplier pendant le festival de Cannes, sans pour autant atteindre les pics d'activité enregistrés lors du Cannes Lions, salon international de la publicité fin juin, et surtout les quelque 200 vols le jour du Grand Prix de Formule 1 de Monaco, début juin.
Et tout au long de l'année, les opérateurs assurent des dizaines de vols par jour entre Nice, Monaco, Cannes, mais aussi Saint-Tropez l'été ou Courchevel l'hiver.
La liaison entre l'aéroport de Nice et l'héliport de Monaco est la plus régulière, avec un départ toutes les 30 minutes et 13.000 vols par an en moyenne ces dernières années, selon le décompte de l'aéroport.
"Ca me permet d'être là en temps et en heure, sans aléas, tout en profitant d'un panorama exceptionnel. C'est une parenthèse enchantée, avec un gain de temps", explique Vincent Valat, usager nîmois de 39 ans qui a créé une société de développement stratégique à Monaco.
Sur les vols partagés, le trajet de 7 mn 30 coûte 195 euros pour un passager sans bagage. En taxi, il faut compter une centaine d'euros mais le trajet de 30 mn peut être triplé dans les fréquents bouchons.
Pour autant, tous les clients d'affaires n'ont pas repris l'hélicoptère après la crise du Covid: soucieux de présenter un bilan carbone en baisse, nombre d'employeurs l'interdisent désormais.
Pour l'Alliance BHSM, qui réunit les compagnies Monacair (Monaco), Héli Sécurité (France) et Blade (États-Unis) avec 25 hélicoptères à disposition, le nombre d'heures de vol en 2025 accusait encore une baisse de 17% par rapport à 2019, explique Philippe Willemin, co-PDG de la joint-venture.
Le plus gros contingent de ses clients viennent des Etats-Unis, du Moyen-Orient et de Russie. Mais tous ne sont pas des grandes fortunes ou des stars: "60% ont entre 30 et 40 ans. Ils sont riches mais pas forcément richissimes. Ils viennent passer quelques jours, ils louent une Ferrari, ils prennent l'hélicoptère, ils dépensent beaucoup puis ils repartent travailler", détaille-t-il.
- eVTOL en 2029 -
Ces multiples allers-retours sont relativement tolérés sur la Côte d'Azur, dans la mesure où l'aéroport de Nice comme les héliports de Monaco et Cannes sont gagnés sur la mer, moins dérangeants pour les riverains.
Il en est autrement autour de Saint-Tropez, où sont disséminées des dizaines d'hélistations commerciales ou privées. Si les autorités ont dénombré quelque 4.600 vols autour de la célèbre station balnéaire l'an dernier, Jean-Claude Molho, président de l'association Halte hélico, témoigne surtout de survols incessants l'été, de 8h00 à 21H00, avec seulement une interruption réglementaire de trois heures l'après-midi.
"Après des décennies, le problème des nuisances des hélicoptères ne s'est nullement amélioré sur certains points du golf", regrette-t-il.
Pour l'Alliance BHSM, la solution viendra de l'innovation, et en particulier des taxis aériens électriques à décollage et atterrissage verticaux (eVTOL), développés par Joby Aviation, qui a racheté l'an dernier une partie des activités de Blade.
L'eVTOL de Joby, qui pourrait faire ses débuts commerciaux fin 2026 à Dubaï, "émet 50 fois moins de CO2 et fait 100 fois moins de bruit" qu'un hélicoptère classique, explique M. Willemin.
Compte tenu de l'avancée des procédures d'autorisations, l'exploitation commerciale pourrait débuter en 2028 aux Etats-Unis et l'année suivante au sein de l'Union européenne.
Et l'Alliance BHSM prévoit de faire de la Côte d'Azur un site précurseur, avec un investissement de 30 millions d'euros pour six appareils, sans compter les superchargeurs à installer sur les héliports.
"On ne va pas mettre des eVTOL partout", promet M. Willemin. Et pas question pour l'instant d'élargir à la Côte d'Azur le partenariat annoncé en septembre entre Joby et la plateforme Uber, pour préserver "l'écosystème" mis en place avec les hôtels, les conciergeries, les communes...
Mais si l'expérience azuréenne fonctionne, le groupe prévoit de développer l'offre en Europe: dans les régions de Francfort ou de Milan, entre Naples et Capri, entre Ibiza et Formentara ou dans les îles grecques.