Stratégie alimentation-climat: des acteurs de la santé regrettent plusieurs "renoncements"

La Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat, publiée mercredi par le gouvernement après de multiples reports, n'est pas assez ambitieuse, ont regretté plusieurs acteurs de la santé, évoquant des "renoncements" sur la viande ou les aliments ultratransformés.

"On est soulagés que cette stratégie soit sortie, on avait très peur qu'elle soit enterrée", a déclaré à l'AFP Stéphanie Pierre, chargée des questions de santé publique à France Assos Santé, qui rassemble les principales associations de patients. "Mais on attendait une stratégie beaucoup plus courageuse".

Cette stratégie, qui vise à articuler les politiques françaises des prochaines années sur l'alimentation, la santé et l'environnement, a été dévoilée après quelque deux ans et demi d'attente sur fond de désaccords entre les trois ministères concernés.

Ces désaccords concernent notamment la consommation de viande, le ministère de la Transition écologique défendant une "réduction", celui de l'Agriculture privilégiant une "limitation". Le document finalement présenté parle de limitation, n'évoquant une réduction que pour la viande importée.

Le ministère de l'Agriculture était également réticent à cibler les aliments ultratransformés, jugeant les risques insuffisamment définis. Le document final appelle à plus d'études sur le sujet, sans se prononcer pour des mesures dédiées.

Au final, ce sont plusieurs "renoncements", selon Mme Pierre, qui y voit l'influence de "lobbies agroalimentaires" et regrette aussi un manque de volonté pour encadrer la publicité contre la "malbouffe" ciblant les mineurs.

"On peut regretter une frilosité et une timidité sur certains points", renchérit auprès de l'AFP le Pr Serge Hercberg, l'un des pères du Nutri-Score, saluant néamoins "un constat lucide" et certaines "propositions d'intérêt".

Mais il relève aussi des insuffisances sur la viande, et sur la publicité, "pour éviter une surexposition, notamment des enfants, à la promotion d'aliments dont la composition nutritionnelle est défavorable et la consommation excessive délétère".

Concernant la consommation d'aliments ultratransformés, il regrette l'absence "d'un objectif immédiat de réduction", avec "un report d'une prise de décision pourtant dès à présent justifiée en termes scientifique et de santé publique".

Les interlocuteurs de l'AFP insistent également sur le caractère flou et peu chiffré des différentes recommandations, mettant, là encore, en avant le cas de la viande.

"Ils ne parlent que de viande en général, sans dire que ce qu'il faut limiter, c'est la viande rouge et la charcuterie, pas la volaille", estime François Mariotti, professeur de nutrition à l'école AgroParisTech. "Nutritionnellement, ce n'est pas du tout précis".