Stellantis redevient bénéficiaire au 1er trimestre, l'Europe reste un point faible

Le constructeur automobile Stellantis est redevenu légèrement bénéficiaire au 1er trimestre, après une année 2025 en très lourdes pertes, sans pour autant rassurer les marchés qui attendent son nouveau plan stratégique le 21 mai.

Le groupe italo-franco-américain a réalisé un bénéfice net trimestriel de 377 millions d'euros, contre une perte de 387 millions un an plus tôt, et maintenu ses perspectives prudentes pour 2026.

Pourtant son cours de Bourse perdait plus de 8% jeudi matin à la Bourse de Paris, qui a sanctionné un résultat net légèrement en dessous des attentes.

Les analystes ne sont pas encore convaincus de la capacité de Stellantis à retrouver des marges solides, notamment en Europe, son gros point faible.

Les ventes du 5e constructeur mondial se sont cependant redressées durant le trimestre, après des pertes de part de marché ces dernières années.

Le chiffre d'affaires trimestriel a atteint 38,1 milliards d'euros, en hausse de 6%, le groupe précisant avoir "comblé les lacunes d'exécution" des années précédentes.

Stellantis a annoncé en début d'année des provisions et charges exceptionnelles de quelque 25 milliards d'euros, passées dans les comptes 2025, pour revoir de fond en comble sa stratégie industrielle et notamment freiner le développement de l'électrique aux États-Unis.

- Plan stratégique -

Il doit dévoiler le 21 mai un nouveau plan stratégique pour démontrer qu'il peut retrouver le chemin de la croissance et faire des choix, alors que la concurrence chinoise, des surcapacités générales en Europe et en Asie et un marché mondial ralenti pèsent sur les marges de tous les constructeurs.

Son concurrent allemand Volkswagen a annoncé jeudi une chute de 28% de son bénéfice net trimestriel.

Précédemment, l'américain General Motors a enregistré une baisse de son bénéfice trimestriel de 5,7%, Mercedes-Benz de 17%, le suédois Volvo Cars, contrôlé par le chinois Geely, un recul de 26% et le chinois BYD un plongeon de 55%. Idem pour les coréens Hyundai Motor (-23,6%) et Kia (-23,5%).

Stellantis, fort de 14 marques européennes et américaines (Fiat, Opel, Peugeot, Citroën, Ram, Chrysler, Jeep...) a déjà annoncé quelques décisions stratégiques ce trimestre, dont l'arrêt programmé de la production de voitures dans son site historique de Poissy (région parisienne) et la suppression de 650 postes d'ingénieurs en Allemagne dans sa marque allemande Opel.

Selon la presse, le groupe envisagerait de donner la priorité à quatre de ses marques (Peugeot, Fiat, Jeep et Ram), ramenant les autres à des marques régionales avec moins de moyens.

Il compte aussi ouvrir ses usines européennes en surcapacité à des partenaires chinois. Un projet confirmé pour le groupe Leapmotor, qui a annoncé qu'il produirait deux modèles dans l'usine Stellantis de Saragosse en Espagne. La presse évoque aussi l'arrivée du constructeur chinois Dongfeng qui fabriquerait dans plusieurs de ses usines européennes, informations non confirmées par Stellantis.

Lors d'un point de presse, le directeur général Antonio Filosa a reporté ses réponses au 21 mai, mais donné quelques pistes. Au sujet d'un choix entre ses marques, il a estimé qu'il fallait "assurer une correcte différenciation" entre elles et "l'efficacité de l'allocation en capital". Sur un partage d'usines avec des groupes chinois, il a rappelé que son "premier objectif était d'augmenter la capacité d'utilisation de [ses] usines européennes".

Enfin, sur l'impact de la guerre au Moyen-Orient, il a souligné qu'en Europe la demande de voitures électriques était en hausse, mais qu'aux États-Unis la hausse des commandes portait sur les hybrides.

- L'Europe "difficile à redresser" -

Le constructeur a redressé ses ventes durant le trimestre, surtout aux États-Unis. En Amérique du Nord, ses ventes ont augmenté de 6% en volume dont +4% aux États-Unis, tirées par sa marque Ram, malgré un marché américain en baisse de 6%. Son chiffre d'affaires net dans la région a progressé de 11%, à 16,1 milliards d'euros pour un résultat opérationnel de 263 millions.

En Europe élargie (UE, Norvège, Royaume-Uni, Suisse), sur un marché en légère hausse, ses ventes ont augmenté de 5% en volume et, en incluant le groupe chinois Leapmotor, dont il distribue les modèles à l'international, la progression est de 8%. Sa part de marché a atteint 17,5% et en incluant Leapmotor 18,1%.

En revanche, le chiffre d'affaires net en Europe élargie ne progresse que de 1%, à 14,4 milliards, handicapé par une politique de baisse des prix, et le résultat opérationnel n'est que de 8 millions d'euros, pour cause de coûts de restructuration.

Selon Michael Foundoukidis, analyste à Oddo, "l'Europe paraît rester la région la plus difficile à redresser". "Les partenariats ne sauraient constituer à eux seuls une réponse suffisante", estime-t-il.

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