A Sophia Antipolis, un nouvel écrin pour accompagner le regain de la technopole

Un temps vieillissante, Sophia Antipolis a retrouvé de l'élan autour de l'IA et de la sécurité, illustré par l'inauguration la semaine dernière d'un nouvel écrin pour couver ses pépites et l'organisation à l'automne du congrès international des technopoles.

Lancé en 1969 sur 2.400 hectares boisés sur les hauteurs d'Antibes, le projet d'une Silicon Valley française était ambitieux. Mais après des débuts prometteurs il a été largement dépassé.

Aujourd'hui, l'ensemble de Paris-Saclay, étendu sur deux départements au sud-ouest de la capitale, écrase la concurrence par le prestige de ses écoles et le foisonnement de ses entreprises avec leurs 430.000 salariés.

Et sur des territoires plus resserrés, la Presqu'île de Grenoble et l'Atlanpole de Nantes font aussi bien que la vénérable azuréenne.

Mais cette dernière résiste, en partie grâce à la création en 2012 du campus de Sophia Tech. Ses blocs rectangulaires avec vue sur mer accueillent aujourd'hui la moitié des quelque 5.500 étudiants de la technopole.

Sur le campus, les étudiants rencontrés par l'AFP, venus de France comme de l'étranger, louent le cadre mais surtout la proximité d'une foule d'entreprises qui comptent sur eux, pour des jobs d'appoint aujourd'hui ou des emplois fixes à l'avenir.

"Comme il y a une dynamique de fertilisation croisée entre l'académique, la recherche et l'entreprise, l'espoir renaît", explique à l'AFP Jean Leonetti (LR), président de la communauté d'agglomération Antibes - Sophia Antipolis (Casa) depuis 2002.

De fait, la technopole est passée de 29.000 salariés en 2010 à près de 45.000 aujourd'hui, de 80 nationalités différentes. Au prix d'embouteillages parfois épiques aux heures de pointe, malgré des lignes de bus efficaces et les efforts de certaines entreprises pour décaler les horaires de travail.

Sophia Antipolis continue de créer en moyenne un millier d'emplois par an et le chiffre d'affaires annuel combiné de ses entreprises dépasse les six milliards d'euros, quasiment au même niveau que le tourisme de la Côte d'Azur.

La proximité de l'aéroport de Nice ou du port de Marseille, la verdure entre mer et montagne ou encore la touche de glamour de l'académie de tennis de Patrick Mouratoglou sont autant d'arguments pour faire venir les entreprises de haute technologie, qui se disputent des profils de salariés souvent recherchés et donc exigeants.

- Soleil, mer et IA -

Mais si l'ambition est d'attirer les grands acteurs du monde entier, elle est aussi de faire naître ceux de demain.

Videtics, start-up créée en 2019 par trois anciens étudiants de Polytech Sophia et spécialisée dans l'analyse vidéo en temps réel par l'IA, a réuni plusieurs millions d'euros d'investissements et participé à la sécurité des JO-2024.

"A Sophia, on gagne du temps parce que l'on rencontre rapidement les bonnes personnes. Entrepreneurs, mentors, partenaires, financeurs...", explique Alan Ferbach, 30 ans, l'un des co-fondateurs.

Dans le même domaine, Axis Communications, groupe suédois de fabrication de caméras de surveillance qui compte près de 5.000 salariés dans le monde, a récemment mis un pied à Sophia Antipolis en rachetant une start-up locale.

"Beaucoup de gens de mon équipe voudraient venir ici", reconnaît Matts Thelin, directeur des activités IA d'Axis et basé à Lund, dans le sud de la Suède. "Ce n'est pas seulement le soleil et la mer, c'est aussi les possibilités de collaboration avec les autres entreprises autour (...). La région regorge d'entreprises très bonnes en matière d'IA".

C'est justement le potentiel de ces échanges qui a guidé la Casa, appuyée par l'Etat, la région et le département, dans la conception du Pôle Alpha, bâtiment futuriste inauguré le 23 janvier et destiné à couver 80 starts-up.

Grâce à ce dynamisme, Sophia Antipolis a été préférée à Dhahran Techno Valley (Arabie saoudite) ou Edmonton (Canada) pour accueillir en octobre le 43e congrès mondial des parcs scientifiques.

"Même si, de temps en temps, les Français ont un peu de retard à reconnaître Sophia Antipolis, sur le plan international, ils ont compris ce qui se passe", assure M. Leonetti.