Savoie: pas de ski à La Plagne, menacée d'avalanches "exceptionnelles"

"Sous ce beau manteau blanc, il y a un réel danger": face au risque maximum d'avalanches dans les massifs de Savoie jeudi, La Plagne, l'une des plus grandes stations de ski de France, s'est mise entièrement à l'arrêt.

Rafales de vent, gros flocons humides et visibilité quasi nulle: en cette matinée de blizzard, seuls quelques rares piétons se hâtent, baguette sous le bras ou promenant leur chien sous les énormes corniches de neige qui débordent des toits.

D'autres s'efforcent de dégager leurs voitures menacées d'ensevelissement au milieu du ballet des chasse-neiges. Les flocons s'amoncèlent à vue d'oeil sur les télésièges au départ de la station qui se balancent dans le vide, complètement à l'arrêt.

Plus d'1,60 m de neige a été relevé sur la station, située à environ 2.000 mètres d'altitude, et 2 m en haut des pistes à 3.000 mètres.

Le massif de la Haute-Tarentaise (Savoie) dont fait partie La Plagne, est classé en alerte rouge pour toute la journée de jeudi par Météo-France, qui évoque "une situation avalancheuse remarquable, et même exceptionnelle" dans cette zone et près du Mont-Blanc.

- 3e vigilance rouge en 25 ans -

Certaines coulées de neige ont déjà atteint mercredi des fonds de vallées, vers 1.400 m et 1.700 m d'altitude et pourraient menacer des routes, voire des habitations, met en garde le bulletin.

Les alertes rouges pour avalanches sont rarissimes en France avec seulement deux autres occurrences en 25 ans, selon le prévisionniste: les 15 et16 janvier 2013 dans les Pyrénées et les 8 et 9 janvier 2018 en Haute-Maurienne (Savoie).

A La Plagne, les services de déneigement ont été renforcés et les déplacements sont vivement déconseillés.

Les avalanches, "ça peut partir de partout, à tout moment et n'importe où", résume le maire Jean-Luc Boch. "Ca part même sur des talus qui habituellement ne sont pas sensibles". Même en forêt, le danger est présent en raison des risques de chutes d'arbres dues au vent, explique-t-il.

Alors que la saison du ski bat son plein dans les stations alpines en cette période de vacances scolaires, la décision de fermer le domaine ne faisait guère de doute pour lui: "La sécurité prime sur tout le reste. L'économie ne pèse pas lourd quand on a des risques avérés et des risques aussi prononcés", résume-t-il.

Ce n'est que la deuxième fois en douze ans de mandat qu'il prend cette décision, la précédente remontant à avril 2025 à la suite d'une brutale chute de neige de 90 cm.

Si face à l'interdiction de skier, certains touristes décident d'abréger leur séjour, d'autres se font une raison, se rabattant sur le cinéma ou la patinoire. "Ca sort de l'ordinaire", s'amuse Jean-luc Bernon, un touriste stéphanois. Faute de ski, "on fait des igloos, on peut faire d'autres choses avec les enfants. Ca met du piment je trouve !"

D'autres stations comme Tignes, Chamonix ou Courchevel ont elles aussi fermé en toute ou grande partie leurs domaines skiables pour la journée.

- Manteau de neige "très compliqué" -

Selon la préfecture des Hautes-Alpes, vingt-deux personnes ont perdu la vie dans des avalanches en France depuis le début de la saison, pour la plupart depuis janvier, avec notamment un week-end noir les 10 et11 janvier (six décès).

"Nous avons un manteau de neige très compliqué, très instable depuis le début de la saison", explique Luc Nicolino, directeur des pistes de La Plagne.

Si le nombre de morts par avalanches est tendanciellement en diminution sur la durée, il affiche un nouveau pic cette année en raison de la "très mauvaise qualité" de la sous-couche. "C'est une espèce de millefeuille avec beaucoup de couches fragiles cachées", relève-t-il.

"Le problème de la montagne, c'est que le danger est caché par la beauté de nos montagnes. Tout est blanc, tout est immaculé. Mais sous ce beau manteau blanc, il y a un réel danger. Et la belle trace pourrait mal se terminer", résume-t-il.