Le groupe Renault publie jeudi ses résultats annuels, avec une perte comptable attendue autour de 9,8 milliards d'euros pour 2025 liée à une révision de la valeur de sa participation de 35% dans le japonais Nissan, mais devrait afficher des ventes en hausse, selon le consensus des analystes.
Cette perte comptable, que Renault avait annoncée le 1er juillet dernier en évoquant un chiffre de 9,5 milliards d'euros, résulte de la fin progressive de l'alliance nouée entre les deux constructeurs depuis 1999, mise à mal par l'arrestation de Carlos Ghosn au Japon fin 2018.
La fin de l'alliance a poussé Renault à recomptabiliser la valeur de cette participation selon le cours de Bourse, sachant que Nissan a prévu une forte perte d'exploitation sur son exercice annuel 2025-2026.
Cette évolution comptable et les mauvais résultats de Nissan se sont déjà traduits par une perte nette de 11,2 milliards d'euros dans les comptes de Renault au 1er semestre.
Même hors impact de Nissan, la situation est difficile pour Renault, dirigé depuis l'été dernier par François Provost, qui avait été nommé directeur général le 30 juillet pour succéder à Luca de Meo parti chez Kering.
Au premier semestre, le constructeur français avait annoncé un bénéfice ajusté, hors impact de Nissan, en baisse de 69% à 461 millions d'euros, notamment à cause d'un marché très compétitif en Europe et malgré des ventes en hausse.
Sur l'ensemble de l'année 2025, les analystes prévoient une hausse du chiffre d'affaires de 2,7%, à 57,7 milliards d'euros, portée par le succès de ses voitures électriques en Europe, en particulier la Renault 5 électrique. Mais la marge opérationnelle, qui sera particulièrement scrutée par les marchés, pourrait afficher une baisse de plus d'un point à 6,3% contre 7,6% en 2024, estiment les analystes.
Une marge rognée par la part croissante des voitures électriques, moins rentables que les voitures thermiques, note UBS, qui prévoit une nouvelle compression des marges du groupe en 2026.
Selon le courtier Oddo, Renault, qui est peu présent en Chine et aux Etats-Unis, est davantage préservé que ses concurrents de l'impact des droits de douanes mis en place par l'administration Trump, de la faiblesse du marché des voitures électriques aux Etats-Unis et de la féroce concurrence sur le marché chinois. Contrairement à Stellantis, qui a annoncé une volte-face dans l'électrique et des charges de 22 milliards d'euros.
Renault a aussi réussi à progresser deux fois plus vite en volume que le marché mondial l'an dernier (+3,2% contre +1,6%) malgré son absence de Chine. Et Renault a gagné des parts de marché en Europe malgré l'offensive des constructeurs chinois, qui s'est opérée essentiellement au détriment des acteurs non-européens et de Stellantis, ajoute Oddo.
Concernant la perspective pour 2026, la marge opérationnelle du constructeur français pourrait encore se réduire, à 5,6% selon Oddo, ce qui constituera néanmoins "une performance très honorable au sein du secteur et qui devrait d'ailleurs être l'une des meilleures en Europe cette année".