Le directeur de la classification européenne PEGI, qui a récemment annoncé la mise à jour de ses catégories d'âge face aux évolutions du jeu vidéo, met en garde contre les "solutions de facilité" comme la vérification de l'âge pour réguler le secteur, dans un entretien à l'AFP.
À partir du mois de juin, cette nouvelle classification prendra en compte la présence d'achats intégrés, les incitations à jouer ou encore la possibilité de restreindre les messageries au sein d'un jeu pour définir l'âge du public auquel il est adapté.
"Ce processus de réflexion a démarré il y a quelques années", a expliqué le directeur de l'organisme Dirk Bosmans, notamment poussé par les "débats récurrents" autour des questions liées aux "loot boxes" (des "pochettes surprises" virtuelles et payantes proposant un contenu aléatoire) et les mécaniques encourageant les joueurs à se connecter régulièrement.
Toutefois, cette nouvelle grille ne s'appliquera pas aux titres sortis avant juin 2026, même s'ils sont encore très joués comme "Fortnite" ou "League of Legends".
Mais M. Bosmans n'exclut pas que la classification de certains jeux soit réexaminée dans le futur, "en particulier ceux qui reçoivent régulièrement de nouvelles mises à jour".
Introduit en 2003, PEGI demeure le seul système de classification par âge harmonisé au niveau européen, affirme son directeur - à l'exception de l'Allemagne qui dispose de sa propre méthode.
Ce principe d'auto-régulation de l'industrie est appliqué par les principaux constructeurs (Nintendo, Sony et Microsoft), mais aussi par Google sur son magasin d'applications en ligne.
Si Apple dispose d'un système similaire dans son écosystème, la plateforme américaine Steam, qui domine le marché de la vente de jeux sur PC, ne l'a en revanche pas instauré.
- "Pression réglementaire" -
Cette évolution de PEGI s'est aussi faite en partie face à la "pression réglementaire" grandissante au sein de l'Union européenne, a reconnu M. Bosmans, alors que Bruxelles a renforcé ces dernières années sa législation numérique.
En France, la loi interdisant l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux votée fin janvier à l'Assemblée nationale - et qui doit être présentée au Sénat fin mars - concernera également certains jeux vidéo disposant de fonctionnalités sociales en ligne comme "Roblox", a averti le gouvernement.
En cas d'adoption, tous les utilisateurs devront prouver leur âge via des systèmes de vérification dès 2027.
Interrogé sur la possibilité d'appliquer une mesure similaire aux jeux vidéo, le directeur de PEGI appelle à la plus grande prudence face à des technologies qui soulèvent de nombreuses questions en termes de vie privée et de protection des données.
D'autant que, selon lui, la nouvelle classification a été plutôt bien accueillie par les acteurs de l'industrie: "ils comprennent qu'en améliorant le système PEGI, ils sont mieux protégés contre les solutions de facilité ou qui manquent de nuance", a-t-il affirmé.
- Le rôle des parents -
Le président Emmanuel Macron a également annoncé la mise en place d'une commission d'experts chargés d'étudier d'ici fin mai les dangers des jeux vidéo pour la santé mentale des plus jeunes.
En cas de "consensus scientifique" pour dire que l'impact sur les jeunes de certains jeux vidéo "est très mauvais", "peut-être qu'il faudra interdire", a-t-il prévenu.
"Je pense qu'une interdiction ne serait ni nuancée, ni proportionnée", répond M. Bosmans, rappelant que le système PEGI a été mis en place pour éviter une telle mesure au début des années 2000.
"Nous sommes la meilleure alternative à une interdiction", poursuit-il, tout en reconnaissant que "l'application de ces mesures ne fonctionne que si les parents y adhèrent".
"On peut essayer toutes sortes de solutions techniques ou juridiques pour faire respecter les classifications PEGI. Mais si, au final, les parents décident que leur enfant de 13 ans va jouer à un jeu classé 16, cela ne change rien", a-t-il reconnu.
"Penser qu'on puisse y parvenir sans les parents est la plus grande erreur que l'on puisse commettre".
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