"Avec 34°C la nuit, impossible de dormir" chez de nombreux habitants d'appartements inadaptés aux canicules et en surchauffe cette semaine. Au point que certains Parisiens fuient chez des amis, de la famille ou à la campagne.
Laure, Marine et Juliette habitent chacune un appartement sous les toits de la capitale, placée en vigilance rouge depuis dimanche. "Dès qu'on est en canicule où la température ne redescend pas en-dessous de 20°C la nuit, c'est insupportable. Il fait vite plus chaud à l'intérieur que dehors", témoigne Marine, 31 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom.
Et ce, malgré tout un tas d'astuces antichaleur: blanc de Meudon sur les fenêtres pour bloquer les rayons du soleil, serviettes mouillées pour se rafraîchir, taie d'oreiller et pyjama au congélateur, serviette réfrigérée sur le sol... Juliette, 30 ans, qui n'a pas non plus souhaité être identifiée, "ne sait plus quoi faire" et n'arrive plus à dormir par "34°C la nuit".
Dans la nuit de mercredi à jeudi, la plus chaude jamais enregistrée en France, la température n'est pas descendue sous 26,4°C à Paris-Montsouris et 27,5°C à Bordeaux-Mérignac, après des pics au-dessus de 40 degrés en journée.
Déjà l'année dernière au moment d'une vague de chaleur en juin, Laure, 32 ans qui a demandé à ce que son nom ne soit pas cité, était "allée (se) réfugier chez (sa) mère à Boulogne-Billancourt, car enceinte de 8 mois", pour échapper à la fournaise de son logement, où le toit mal isolé en zinc emmagasine la chaleur du soleil et la retransmet jour et nuit à l'intérieur.
Désormais avec un bébé de dix mois, elle a cherché une solution de secours "en panique" en voyant les prévisions météo pour cette semaine. "Ce n'est plus que mon confort, c'est vraiment une question de santé".
Après deux jours chez sa mère, elle est partie "en exil climatique" avec compagnon et enfant dans la maison de la grand-mère dans la Meuse, consciente de sa "chance" alors que beaucoup d'autres citadins n'ont pas de plan B face à la canicule.
- "Mode survie" -
Marine aussi se dit "chanceuse d'avoir des amis qui ont spontanément proposé un canapé ou une chambre pour l'héberger".
Juliette a pris l'habitude de s'installer chez son compagnon à chaque vague de chaleur. Mais cette année, elle est particulièrement inquiète pour son chat qui vit très mal la chaleur et "halète, la langue pendue comme un chien".
"Je suis revenue à l'aube ce matin, ce soir je vais rester avec lui, j'ai peur qu'il meurt", angoisse cette directrice d'hôtel.
"Si ça ne tenait qu'à moi je prendrais une chambre d'hôtel climatisée, mais je ne peux pas laisser mon animal. Et il fait chaud chez tout le monde, je ne sais pas où l'emmener", déplore-t-elle.
Marine est elle "en mode survie depuis une semaine" pour économiser son énergie. "Je ne me sens pas en sécurité physique chez moi et ça c'est difficile psychologiquement".
La chargée de ressources humaines a rejoint, comme Laure, le collectif d'habitants "Dernier étage" en quête de solutions. Une membre a d'ailleurs créé une plateforme de demandes et propositions d'hébergement de secours.
"On vit dans notre chair l'accélération du changement climatique. Avant la chaleur n'était pas un enjeu, maintenant c'est une angoisse", relève Laure, qui travaille dans la philanthropie.
Parti lui aussi chez ses parents pour quitter la touffeur parisienne, Loïc Tchernatinsky estime qu'il "y a une différence énorme de température la nuit", de 5°C à 6°C entre la maison familiale dans la forêt proche de Rambouillet (Yvelines) et son appartement situé aux portes de Paris.
"Mon bâtiment date du début du 19e siècle et est en brique", explique-t-il. Un matériau qui retient la chaleur quelques jours mais si la canicule dure, la chaleur finit par rentrer et rester, y compris après la vague de chaleur.
Au milieu des arbres, "on arrive quand même à dormir la nuit", assure le trentenaire, rejoint aussi par ses grands-parents.
A 91 ans et 31 degrés dans leur appartement, "ce n'était plus tenable."